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Chronique d'un désastre prévisible

Ecrit par Omarie – le lundi 23 décembre 2024 à 12H32

Courrier des lecteurs.

Dans un rapport présenté le 8 mars 2006 devant l'Assemblée nationale, la Commission d'information sur la situation de l'immigration clandestine à Mayotte, dressait un état des lieux catastrophique à tous les niveaux en relevant de nombreuses problématiques au-delà de celle liée à ladite immigration. Ce rapport très détaillé préconisait un certain nombre de mesures et de précautions au vu de l'ampleur et de la complexité des problèmes à résoudre : "coexistence de deux types d'état civil : celui de droit commun d'une part, et un état civil musulman, peu conciliable avec le précédent d'autre part. Disons-le clairement : la République ne peut pas vivre sans un état civil crédible et fiable" (René Dosière, président de la commission). Aucune lisibilité sur le foncier (éléments du cadastre incomplets ou inexistants). Manque d'infrastructures pour l'assainissement, l'accès à l'eau potable et l'électricité. Nécessité d'éradiquer l'habitat insalubre, de rénovation et de mise en conformité du bâti, de réorganisation des services publics, de renforcement des moyens et d'équipements en matière de santé, d'éducation, de sécurité, etc.

Le rapport mentionne également le travail des clandestins (beaucoup moins nombreux à l'époque) employés par des gens de la "classe aisée" mahoraise, avec la "complaisanse" d'élus et d'administratifs. Il évoque aussi l'impact direct ou indirect de la situation de Mayotte pour La Réunion.

Ce rapport édifiant (cf, lien ci-dessous) montre combien les pouvoirs décisionnels sont déconnectés de la réalité des territoires ultramarins et de Mayotte en particulier.

https://www.assemblee-nationale.fr/12/rap-info/i2932.asp

Il s'avère que les préconisations de la commission n’ont pas ou très peu été prises en compte. Nombre d'entre elles auraient dû inciter l'État français à la plus grande prudence quant à ses intentions pour l'avenir de Mayotte et, en tout cas, à régler un certain nombre de priorités en amont, avant d'aborder l'étape définitive du processus de départementalisation. La suite ne s'est pas fait attendre. Mayotte obtient le statut de département en 2009 par référendum organisé sur décision de Nicolas Sarkozy. Et puis, elle est retombée dans l'oubli jusqu'aux évènements qui ont précédé la première opération Wuambushu en 2023, venus la rappeler au bon souvenir de la Patrie.

Et voilà Chido qui s'invite, raflant tout sur son passage. Il est impossible d'arrêter un météore, mais il est tout à fait possible de se prémunir contre le danger qu'il représente en prenant des dispositions bien à l'avance pour limiter les dégâts et surtout, protéger au maximum la population. Cela s'appelle "anticipation". Normalement, les aspects liés aux risques météorologiques et aux conditions climatiques exigent que des normes spécifiques soient appliquées à la construction de logements, de bâtiments publics, d'infrastructures routières, etc. Ils devraient être intégrés depuis longtemps dans un plan d'aménagement du territoire. Mais, il faut croire que rien n'est "normal" à Mayotte. À voir l'état de l'île aujourd'hui, on a l'impression que rien n'a été fait ou sinon, pas grand-chose. Mayotte a vécu dans la pauvreté et le dénuement. Aujourd'hui, elle apparaît dans sa nudité entière. Image triste et choquante d'un bout de terre (française ?) qui n'est pas au bout de ses peines, je le crains.

Les questions se bousculent : défaillance ? Négligence ? incompétence ? indifférence ? Ou tout à la fois ? À chacun (gouvernants, élus, administratifs, et autres) qui a participé à la gestion de ce territoire à un moment donné de s'interroger sur ses propres responsabilités.

Il serait intéressant de savoir combien la France a déjà investi en financements pour Mayotte (depuis au moins la départementalisation) et à quoi cet argent a été utilisé ? Idem pour le Fonds social européen. Lecteur, lectrice, si vous avez la réponse, merci de la partager.

Aujourd'hui, l'île est dévastée. Le bilan est lourd. Le chantier, colossal. La facture le sera également, mais la plus douloureuse se paie en pertes humaines. Sachant que dans ce type de catastrophe, les plus démunis, les "sans domiciles"... sont aussi les plus exposés, on peut s'attendre à un bien plus grand nombre que celui approximatif qui a été annoncé.

La saison cyclonique ne fait que démarrer. Il faut souhaiter que les prochains météores épargnent l'île. Il n'y a pas (ou moins) de "fatalité", lorsque des décisions mûrement réfléchies, et en toute connaissance de causes, sont prises pour le futur. En espérant que désormais, Mayotte soit considérée et traitée comme un département français à part entière.

Omarie

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