"C’était infernal" : face aux nuisances olfactives, les Brasseries de Bourbon sommées de prendre des mesures

En raison des nuisances olfactives constatées par les riverains depuis l'année dernière, le préfet vient d’enjoindre les Brasseries de Bourbon à prendre une série de mesures de mise en conformité dans l'exploitation de sa station de traitement des effluents aqueux. Avec notamment l'installation de capteurs et la création d'un registre pour les riverains.
"Relents d’égouts", "une odeur d’œufs pourris", "on aurait dit de l’ammoniac"… Presque tout au long du deuxième semestre 2025, habitants du Bas-de-la-Rivière ou travailleurs des entreprises installées dans le quartier ont vécu des moments très pénibles, l’air régulièrement saturé d’une odeur pestilentielle.
"Pendant un temps c’était devenu infernal. On arrivait le matin au bureau, ça sentait même à l’intérieur. Mais pour les gens qui habitent là, ça devait être encore pire", témoigne mercredi 10 mars cette employée d’une société installée sur le Quai Ouest.
"On ne pouvait plus ouvrir les fenêtres"
"À l’époque, on ne pouvait plus manger dehors ou juste ouvrir les fenêtres. Il y avait comme une odeur de cabinet permanente, de midi jusqu’au soir, et la nuit aussi", se souvient Jean-Pierre, habitant du quartier depuis toujours.
"Pour les enfants aussi c’était compliqué, on ne pouvait même plus ouvrir la fenêtre pour aérer tellement l’odeur était forte", confirme Ibrahim, un père de famille résidant du Quai Ouest.
Des nuisances olfactives attribuées assez vite aux Brasseries de Bourbon, qui venaient à l’époque de mettre en fonctionnement leur station de traitement des effluents aqueux, c’est-à-dire de ses déchets liquides.
"Beaucoup mieux depuis avant Noël"
"C’était une horreur, mais ça va beaucoup mieux depuis la fin d’année dernière", nuance cependant l'une des membres de l’association Petit Colibri, qui participe à un atelier de couture dans un immeuble voisin. "Maintenant, dès qu’ils nettoient les boues, l’usine nous prévient par texto qu’il va y avoir des odeurs, mais cela dure beaucoup moins longtemps", précise cette dame.
"Depuis avant Noël, ça ne sent pratiquement plus et on peut faire les grillades dehors", reprend Jean-Pierre. "Ils ont été très corrects, le directeur est passé nous voir plusieurs fois pour s’excuser, et ils ne nous ont pas laissés dans cette odeur", affirme-t-il.
"En juin-juillet l’an dernier, il me semble, c’était l’enfer. Mais maintenant c’est nettement mieux", confirme Yann Michel, directeur de la Nouvelle Carrosserie Dionysienne toute proche de l’usine. "Ils nous préviennent quand ils interviennent, ça a dû arriver une fois ou deux depuis le début de l’année", explique-t-il.

Un registre pour les habitants
Mais en dépit des améliorations constatées par les riverains interrogés, la préfecture vient de publier un arrêté en date du 6 mars et portant modification des conditions d’exploitation des installations des Brasseries de Bourbon. Elle fixe une liste de mesures à réaliser dans des délais contraints, tant pour l’évaluation de nuisances que pour y remédier.
Ainsi, les BDB devront, dans le délai d’un mois, mettre en place une plateforme permanente de recueil des signalements des odeurs, accessible à tout moment et gratuitement pour tous les riverains.
Ensuite, les Brasseries de Bourbon ont deux mois pour mener une étude de "la zone d’impact du panache des odeurs", tenant compte des conditions de ventologie du secteur, et ce de jour comme de nuit.
Une évaluation du risque sanitaire requise
Elles devront aussi, dans un délai de six mois, réaliser une évaluation du risque sanitaire des substances des émissions olfactives et, dans un délai de trois mois, présenter une étude technico-économique pour se positionner sur l’installation de nouveaux capteurs de mesures dans l’air ambiant, sur site et autour de l’usine, "permettant de mieux identifier certaines substances odorantes, tel l’hydrogène sulfuré généré par les installations."
Enfin, les Brasseries de Bourdon disposent de quinze jours pour établir et transmettre à l’inspection des installations classées pour l’environnement une procédure de gestion des opérations dites "sensibles" tenant compte du retour d’expérience des incidents survenus depuis août 2025.
Faute de mise en conformité dans les délais imposés, l’exploitant, qui doit réaliser ces études et analyses à ses frais, s’expose à des sanctions administratives. Contactées, Les Brasseries de Bourbon n'ont pas souhaité réagir pour le moment.
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