Cérémonies d’exorcisme à Trois Bassins : Sylvio Fruteau condamné pour travail dissimulé

Sylvio Fruteau, exorciste non reconnu par l’évêché, a été condamné ce mardi pour travail dissimulé. Deux fois par semaine, l’homme de 71 ans organise chez lui, à Trois-Bassins, des cérémonies de guérison. Poursuivi pour des violences, notamment sur un mineur, et blanchiment, il a été relaxé pour ces deux derniers faits.
Crâne rasé, longue barbe grise, tee-shirt blanc avec des photos de lui sous d’immenses statues de Marie, pantalon cargo bleu marine couvert d’étoiles mais aussi d’inscriptions : "Quand je parle, je fais reculer les enfers", "Fils du Saint-Esprit", "Guerre des étoiles" ou encore, sur le mollet droit, "Jusqu’à la dernière goutte de sang, je combattrai le mal".
L’homme de 71 ans a voulu donner le ton, mais a tout de suite été freiné par la présidente du tribunal : "Vous n’êtes pas là pour faire du prosélytisme et nous ne sommes pas aux États-Unis, on ne jure pas sur la Bible."
Des cérémonies d’exorcisme dénoncées
Les pendules remises à l’heure, Sylvio Fruteau peut s’expliquer sur les faits qui lui sont reprochés. L’un de ses anciens adeptes dénonce des violences. Mal dans sa peau, le jeune homme avait commencé à fréquenter les cérémonies organisées à Trois-Bassins par l’intermédiaire de sa copine de l’époque. Il décrit notamment des scènes d’exorcisme durant lesquelles il aurait été attaché et frappé "pour enlever le mal dans son corps".
Son petit frère, âgé de 12 ans au moment des faits, s’est également constitué partie civile par le biais de l’Arajufa. L’adolescent décrit les cérémonies auxquelles il participait et raconte comment il devait aider à tenir son frère lorsqu’il se débattait. Il indique également avoir été mordu durant l’une de ces cérémonies. Les deux victimes étaient absentes à l’audience.
Le père et la mère des deux victimes assistaient également aux cérémonies chez Sylvio Fruteau. Le père avait commencé à les fréquenter après avoir pris connaissance d’un article du JIR révélant une enquête visant le guérisseur. Celle-ci avait été ouverte après le signalement du père d’une jeune fille adepte de Sylvio Fruteau, qui avait notamment commencé à installer des posters du guérisseur dans sa chambre et à asperger la pièce d’eau bénite. Cette précédente enquête avait finalement été classée.
Me Soizic Panefieu, pour la partie civile, insiste toutefois sur certaines similitudes entre les éléments qu’elle contenait et les faits dénoncés par la famille : les photos à placer dans chaque pièce de la maison pour éloigner le mal, l’isolement…
Jusqu’à 200 personnes aux cérémonies
Les cérémonies se tiennent deux fois par semaine, le mercredi et le dimanche très tôt le matin. Comme lors d’une quête, des paniers sont passés parmi les fidèles. "Chacun donne ce qu’il veut en remerciement des guérisons, mais ces dons sont de plus en plus rares", affirme le septuagénaire.
Les remerciements peuvent également prendre la forme d’achats de statues et de plaques. Depuis plus de 30 ans, le jardin de Sylvio Fruteau s’est ainsi progressivement rempli d’imposantes statues, dont certaines peuvent coûter jusqu’à 1.200 euros.
Le septuagénaire raconte avoir eu une révélation à l’âge de 39 ans. Selon lui, Dieu l’aurait directement missionné pour mettre en place ces cérémonies.
Les surveillances réalisées durant l’enquête attestent de cérémonies pouvant attirer jusqu’à 200 personnes. Lors de la perquisition, plus de 25.000 euros en liquide ont été retrouvés à son domicile. Les investigations bancaires ont également montré que le guérisseur percevait de l’argent par chèques, notamment pour des cérémonies réalisées à distance, explique-t-il. L’homme disposait par ailleurs de 45.000 euros sur ses comptes bancaires.
À la barre, Sylvio Fruteau nie toute forme de violence mais reconnaît les sommes engrangées. "Pour tirer un esprit, c’est un travail, on ne joue pas avec." Excommunié, il assure qu’il ne savait pas qu’il "fallait déclarer les zafer bondié", se défendant ainsi des accusations de blanchiment et de travail dissimulé.
"Le droit à l’erreur" invoqué par la défense
Avant de devenir guérisseur, Sylvio Fruteau a fait l’armée, est rentré à La Réunion, a coupé de la canne et enchaîné les petits boulots. Il a toujours été solitaire. Son casier judiciaire est vierge. Père d’une fille et grand-père de plusieurs petits-enfants, il ne les voit quasiment jamais.
Son expertise psychiatrique établit un "délire chronique non schizophrénique avec des idées de grandeur" et évalue sa dangerosité à 3 sur 9.
À l’instar de Me Panefieu pour la partie civile, la procureure fait part de son inquiétude quant à la poursuite de cette activité. Le guérisseur aurait, selon elle, pu ou dû être poursuivi pour abus de faiblesse ou abus de vulnérabilité. Faute d’éléments probants, la représentante du ministère public ne peut toutefois que demander la relaxe concernant les violences.
La procureure a également tenté de faire requalifier le blanchiment de fraude fiscale en blanchiment simple. Elle a requis 12 mois de prison avec sursis simple et 20.000 euros d’amende, ainsi que l’interdiction définitive d’exercer l’activité en lien avec l’infraction.
"À La Réunion, terre de syncrétisme religieux, on ne se contente pas de nos escrocs locaux, on les fait aussi venir", pose en préambule de sa défense le bâtonnier Georges-André Hoarau.
Ne restant finalement que le travail dissimulé et le blanchiment reprochés à son client, la robe noire demande "la relaxe pure et simple", invoquant, à l’instar d’un ancien ministre des Finances publiques, "le droit à l’erreur".
Le tribunal a reconnu une altération de son discernement. Le guérisseur écope de six mois de prison avec sursis pour travail dissimulé et est relaxé pour les faits de violences et de blanchiment. Il lui est interdit d’exercer son activité de guérisseur, sauf à la déclarer. Les 25.000 euros retrouvés à son domicile ont été saisis.


