Canne : une campagne “exceptionnelle”, dans le mauvais sens du terme

C’est avec l’envie de rapidement tourner la page d’une campagne qui s’annonce comme l’une des pires jamais connues que la coupe a débuté ce mardi matin pour le bassin de Bois-Rouge. Le tout sur fond de tensions persistantes autour de l’accord devant être signé vendredi par l’interprofession.
Une campagne déjà en demi-teinte, mais jusqu’à quel point ? C’est avec l’envie de rapidement être fixés sur l’étendue des dégâts, mais aussi de rapidement tourner la page en espérant un rebond dès l’an prochain, que les plus de mille planteurs du bassin de Bois-Rouge ont débuté leurs livraisons ce mardi.
Les premiers chargements ont rapidement confirmé la tendance négative, avec des tonnages en baisse de 30 à 50 %, alors que la récolte de l’an dernier était déjà la pire jamais connue avec environ 1,2 million de tonnes récoltées.
Selon les premières estimations du CPCS, ça pourrait être encore pire et la récolte plonger pour la première fois sous la barre du million de tonnes broyées. Sur le bassin de Bois-Rouge, le tonnage attendu est de 430 000 tonnes, contre 591 000 tonnes l’année dernière.

"Des morceaux de cannes"
« Ce ne sont pas des cannes, mais des morceaux de cannes qu’on a du mal à récolter, mais on le savait », confirme le président de la CMU de Bois-Rouge, Isidore Laravine.
Face à des tonnages médiocres, l’usine a dû s’adapter. Pour la première fois, les livraisons se font du lundi au jeudi, et non jusqu’au samedi matin. « L’usine va devoir traiter des cannes de moindre qualité, plus difficiles à broyer, ce qui nous oblige à tourner plus lentement », détaille Marc Thierry, responsable du pôle canne de Bois-Rouge.
C’est pour éviter des arrêts de broyage que les livraisons sont concentrées en début de semaine. Le broyage se fera, lui, du mardi au vendredi, une fois un stock suffisant atteint.
Un bilan sera fait dans un mois pour modifier ou non les conditions de cette campagne, « exceptionnelle, mais pas dans le bon sens ».
Qui s’en souvient ? En 2017, l’usine de Bois-Rouge avait traité plus d’un million de tonnes de cannes… Une autre époque. Ce mardi, un peu plus de 3 000 tonnes devaient être réceptionnées. L'usine espère atteindre 5 500 tonnes par jour.
Ce qui n’empêche pas les investissements de se poursuivre : le système de diffusion de l’usine, « cœur de l’extraction », a été totalement rénové pour un coût d’un million d’euros par l'industriel. Le laboratoire de l’usine assure par ailleurs désormais les analyses de Pente-Sassy et de La Mare.
Un appel lancé pour vendredi
Dans le Sud, une fois les essais usine terminés, la campagne doit débuter lundi prochain, sur un mode identique aux campagnes précédentes.
D’ici là, les représentants des planteurs et de l’industriel doivent se retrouver une nouvelle fois en CPCS pour valider les propositions signées la semaine dernière.
C’est toujours non pour l’UPNA, qui avait quitté la table de la dernière réunion. Son président, Dominique Clain, a rencontré plusieurs dizaines de planteurs au Gol lundi, en présence d’élus de la FDSEA. Ce dernier espère toujours modifier l’accord : « C’est toujours non pour toucher aux reliquats des planteurs, aucun planteur ne doit être redevable avec un prix garanti à 30 euros », continue-t-il de marteler. Le syndicat a lancé un appel pour un rassemblement vendredi devant les fenêtres du CTICS pour "demander le recalcul" de l'accord.

"Un accord équitable"
Contacté, le président de la FDSEA, Stéphane Sarnon, se dit également toujours contre sur le fond, en précisant ne pas avoir lui-même signé le document vendredi dernier : « Téréos doit mettre plus sur la table, il faut du 50/50 ». L’agriculteur du Sud espère faire évoluer la position de l’industriel dans les prochains mois, en rappelant que les comptes se font en fin de campagne. Le syndicat ne compte pas pour autant se mobiliser davantage : "C'est un moment difficile pour tout le monde et il ne faut pas oublier que 70% de la coupe se fait encore manuellement, il faut commencer pour que tout soit livré en fin de campagne".
Co-président du CPCS côté industriel et directeur agricole de Téréos, Florent Thibault appelle tous les signataires de vendredi dernier à honorer leur engagement, pris de façon « pensée ».
Lire aussi : Canne : un accord au bout du suspense, la campagne débute mardi dans l’Est, le 28 juillet dans le Sud
Il évoque un accord « équitable, pour que chacun retrouve des conditions de campagne normales, en utilisant le surplus d’argent dégagé par le cyclone Garance pour qu’il serve à compenser les effets du cyclone ».
Et de rappeler que le cyclone a aussi des conséquences pour l’usinier : « La solidarité ne peut pas toujours être dans le même sens. Si le cyclone a des effets indiscutables sur les planteurs, c’est aussi moins de sucre et de produits à vendre pour l’industriel, qui se retrouve dans la même difficulté ».




