Bébé écrasé au Port : Le tribunal ne retient pas la faute du conducteur

Le 5 juillet dernier au Port, il est 13 heures lorsque la police intervient dans une station service en raison d'un accident. Un conducteur a roulé sur un enfant de 2 ans alors qu'il quittait la station. L'enfant était avec sa mère et son frère lorsqu'il est sorti de la boutique en courant et trébuché devant le véhicule du prévenu. Le conducteur est passé à deux reprises sur l'enfant, ne s'arrêtant que parce qu'il a entendu son frère crier et faire de grands signes. Il sera contrôlé positif aux stupéfiants, spécifiquement à la cocaïne. Il est ensuite placé en garde à vue puis déféré au tribunal en vue d'une comparution immédiate. La première audience est renvoyée au 19 aout et lui, placé sous contrôle judiciaire.
À la barre, le prévenu reconnait les faits et la consommation de cocaïne. Pour autant, il se retranche derrière des problèmes familiaux et pécuniaires. Comme il l'indique, "ce jour-là, je n'allais pas bien, ça fait deux ans que ça dure. Je me suis arrêté à la station pour acheter une bouteille d'eau, je connais cette station par cœur, j'y passe trois fois par jour. Je n'ai pas vu l'enfant, c'était impossible de le voir. J'ai senti quelque chose, mais je croyais avoir roulé sur une canette de coca. Je me suis arrêté quand j'ai entendu crier dernière moi". "L'enfant était habillé avec un t-shirt jaune et un short rouge, comment ne l'avez-vous pas vu, il était juste devant votre capot ?", demande la présidente. "Aujourd'hui c'est le petit garçon qui m'inquiète", répond le prévenu.
"Quand on prend de la cocaïne, on croit que tout va bien"
La problématique et l'enjeu de cette audience, réside, bien entendu, sur la prise de cocaïne du conducteur qui affirme en consommer depuis une année. Pourtant, en 2021, il a été interpellé au volant sous alcool et, déjà, sous cocaïne. Cette fois, il avait eu de la chance, car le parquet reconnait lors de cette audience ne pas l'avoir poursuivi à cette époque, faute de personnel. Autre interrogation du tribunal, comment le prévenu, en proie à de grosses difficultés financières, fait-il pour se payer un produit à 150 euros le gramme à La Réunion. Malheureusement, le tribunal n'aura pas de réponse à ce sujet qui est soigneusement éludé par le prévenu qui n'aura pour seule explication à sa consommation : "Quand on prend de la cocaïne, on croit que tout va bien".
"Un accident ça peut arriver, mais il roule deux fois sur mon petit garçon"
Présente à l'audience, la maman de l'enfant a tenu à s'exprimer. Comme elle l'explique en pleurs à la barre, "un accident ça peut arriver, mais il roule deux fois sur mon petit garçon. Quand on passe sur une boite, on s'en rend compte, pour moi, il n'était pas en état de conduire. S'il n'avait pas été sous stupéfiants, il aurait peut-être vu mon enfant, mais surtout, il ne serait pas passé deux fois sur lui. Aujourd'hui, mon fils a peur de tout". Même ton de la part de la partie civile qui estime que l'infraction est constituée et indique que les parents ne sont pas ici pour obtenir de l'argent, mais pour obtenir justice. "Cet enfant ne peut plus courir, sauter ou même jouer. Il est atteint d'un stress post-traumatique important. Ce que les parents veulent, c'est que ce monsieur comprenne et arrête", conclut la robe noire qui demande un renvoi sur intérêts civils.
"Ce ne serait pas arrivé s'il n'avait rien eu dans le sang"
"En 2023, 672 accidents étaient en lien avec la consommation de stupéfiants, ce qui, je vous le rappelle, constitue une circonstance aggravante", rebondit la procureure qui poursuit, "il est dans une station service et aurait dû vérifier de manière accrue les dangers potentiels, mais la prise de stupéfiants entraine une diminution des réflexes et du champ de vision". Le parquet ajoute pour ses réquisitions que "ce ne serait pas arrivé s'il n'avait rien eu dans le sang. Il chevauche le corps de cet enfant à deux reprises, il n'était pas en capacité de s'arrêter dès la première percution", conclut la magistrate qui requiert 15 mois de prison dont 10 avec sursis probatoire, une amende de 300 euros pour la conduite sans assurance et une suspension de permis de 9 mois.
"Ce sont des réquisitions injustes et je déteste l'injustice. Je vous dis le fond de ma pensée. Il faut qu'il y ait un coupable, car il a consommé des stupéfiants", répond la défense. "La question est de savoir s'il y a une faute de négligence ou d'inattention. Je ne veux pas accabler la maman, mais quand on est dans une station avec deux enfants, comment est-ce possible de laisser ses enfants sortir alors qu'on est dans le magasin. Il y a une vidéo qui montre les circonstances, moi qui ne bois pas et ne me drogue pas, aurais-je pu l'éviter ? Il surgit et n'est pas dans son champ de vision, il ne savait pas qu'il y avait un enfant en dessous parce qu'il n'a pas vu cet enfant", plaide la robe noire qui demande la relaxe pour les faits de blessures involontaires.
Après délibération, le tribunal estime qu'il n'a pas assez d'éléments pour statuer sur une faute d'inattention ou une négligence et prononce une requalification des faits en conduite sous stupéfiants. Aux vues des antécédents du prévenu qui a deux mentions à son casier judiciaire pour conduite sous l'empire d'un état alcoolique et violences en état d'ivresse, prononce une peine de 12 mois de prison avec sursis probatoire, 9 mois de suspension de permis et 300 euros d'amende majorée de 50% pour alimenter le fonds de garantie. Il devra se soumettre aux obligations de soins, de travail et d'indemniser les parties civiles.


