Bagarre générale à Commune Primat, responsabilités multiples... Un procès renvoyé à l'instruction

Une rixe à Commune Primat survenue en avril dernier débouche sur un procès en comparution immédiate... Or, les avocats de la défense ont convaincu le tribunal de la nécessité d'une enquête plus poussée. Récit.
Marvin et son jeune frère Jordan étaient à nouveau présentés devant le tribunal de Saint-Denis pour des faits de violences en réunion. Le procès, renvoyé en avril dernier en raison de la grève des avocats, était sous tension : un important dispositif de sécurité avait été mis en place au palais de justice.
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Le 3 avril dernier, la Police est contactée pour une intervention dans le quartier de Commune Primat, à Saint-Denis. Une foule de personnes est impliquée dans ce qui ressemble à une bagarre générale. Deux hommes se présentent aux fonctionnaires en expliquant avoir été passés à tabac par deux frères : Marvin et Jordan.
Qui est-ce qui a commencé ?
Qui est-ce qui a commencé ? Cette question, on peut l'entendre dans une dispute entre deux marmailles ou une embrouille avec un collègue. Mais au final, cela n'a que très peu d'importance. Or, dans ce dossier, on l'a vu pendant les débats : cela a toute son importance.
Lorsqu'ils sont amenés sous escorte dans la salle d'audience, Marvin et Jordan, deux frères colossaux, doivent répondre des faits qu'on leur impute. On questionne le plus grand d'abord, Marvin, qui retrace le fil de la soirée du 3 avril. Traînant aux alentours de 21 heures près de l'église du quartier, il narre avoir vu deux voitures s'arrêter et une bande en sortir.
Parmi ces arrivants, les trois victimes dans ce procès. En reconnaissant Marvin, ils l'auraient passé à tabac.
Quelques mètres plus loin, dans un parc, Jordan fait son boulot de médiateur social quand il est prévenu que son grand frère s'est fait agresser. Ni une ni deux, il rejoint l'église à pied et se mêle à la bagarre. Les deux frères ne nient pas avoir donné des coups, mais parlent de légitime défense. Le plus jeune des frères, Jordan, a même reçu un coup de couteau sous le pectoral.
La version des victimes est tout autre : d'après elles (parties civiles dans ce dossier), les deux frères leur sont tombés dessus alors qu'ils rendaient visite à leur grand-mère dans le quartier. Une dizaine d'individus les auraient passés à tabac. Ils désignent Marvin, Jordan et un troisième membre de leur famille comme les responsables.
Des constatations médicales éloquentes
Le résultat de cette rixe débouche sur plusieurs blessés : parmi les parties civiles, deux ont écopé de 60 et 30 jours d'ITT et la dernière de 5 jours. Des chiffres assez conséquents ; l'une d'elles a fini avec le bras emplâtré.
Pour Marvin et son frère, seuls quelques jours d'ITT ont été accordés, tout au plus. Pour ce cas, l'un des deux avocats de la défense va expliquer que le médecin légiste "n'avait pas le temps" pour traiter le cas des deux mis en cause.
Et la procureure va se servir de ce point pour étayer ses réquisitions. Elle explique qu'il est impossible d'établir une chronologie exacte du déroulé de cette rixe, à cause des témoins. En effet, sur tous ceux interrogés, chacun a sa version : soit celle des co-mis en cause et de leur famille, soit celle des victimes. En clair, aucun ne semble totalement objectif...
Passé judiciaire et agression violente
Alors, faute de témoignages sur lesquels s'appuyer, on déroule le procès. Les avocats de la partie civile plaident en premier : on parle du passé de Marvin (plusieurs condamnations, dont une pour violences) et du futur procès de Jordan pour des violences en réunion afin de caractériser les faits.
Selon eux, à l'origine de cette bagarre, il y a un conflit larvé entre les deux familles "rivales". Pour preuve, les certificats médicaux éloquents qu'ont reçus leurs clients. La procureure abonde dans leur sens : elle relate la violence de cette agression et appuie sur la responsabilité de Jordan et Marvin.
Elle requiert à l'égard de ce dernier 30 mois de prison et la révocation de son précédent sursis à hauteur de 6 mois. Pour Jordan, son petit frère, une peine de 24 mois dont 12 mois assortis d'un sursis probatoire est requise.
La défense obtient le retour à l'instruction
L'avocate de Jordan déplore que son futur procès soit évoqué durant cette audience, la robe noire rappelant que la présomption d'innocence prévaut en France. Ensuite, elle met en avant le parcours de son client : jusqu'ici inconnu de la justice, il occupe un emploi et est inséré dans la société.
Elle évoque par ailleurs le fait que les responsabilités doivent être partagées : en effet, elle avance que Jordan a lui aussi reçu un coup de couteau et qu'il est également victime dans ce dossier. Des violences réciproques donc, et non une agression à sens unique.
Une ligne sur laquelle son confrère va s'appuyer au cours de sa plaidoirie. Représentant Marvin, la robe noire avance que les deux frères ne sont pas les seuls responsables dans cette bagarre générale. Il s'interroge sur la présence des parties civiles à Commune Primat le soir des faits. Selon l'avocat, leur présence n'avait rien à voir avec une visite chez mamie à 21 heures... Mais avec une expédition punitive.
Alors, la question de qui est-ce qui a commencé prend tout son sens... Une question à laquelle le tribunal n'a pas pu répondre ce lundi 11 mai. Le président décide donc de renvoyer l'audience à l'instruction. Une décision que ne pas partage pas la procureure.
Ainsi, Jordan et Marvin se retrouvent libres en attendant une date pour un nouveau procès.


