Anticor : « Soyez en capacité de détecter l’atteinte à la probité pour la dénoncer »

Lundi, l’association Anticor a entamé sa tournée dans l’océan Indien avec une conférence organisée à l’université de La Réunion. Devant un parterre d’une cinquantaine de participants, la vice-présidente a fait un petit tour d’horizon des actions menées mais aussi et surtout de la marche à suivre pour susciter des vocations de lanceurs d’alerte.
Anticor boucle son tour de France anti-corruption dans l’océan Indien. Après avoir sillonné 45 départements de l’hexagone, l’association est à pied d’œuvre à La Réunion avant de poursuivre ses interventions de sensibilisation à Mayotte. Ainsi, lundi soir, la vice-présidente d’Anticor au plan national a tenu une conférence à l’université de La Réunion devant un parterre d’une cinquantaine de personnes.
L’occasion pour Elise Van Beneden, présente aux côtés de Jean-Emile de Bollivier, de livrer quelques chiffres clés comme le montant astronomique du coût de la corruption en France qui atteint la bagatelle de 120 milliards d’euros, selon un rapport du parlement européen datant de 2016. Et la tendance n’est pas à l’amélioration. Par exemple, l’agence française anti-corruption note que « les pratiques corruptives ont progressé de 50% entre 2016 et 2024. »
« Des élus locaux qui peuvent se comporter comme des barons »
La situation est plus spécialement critique dans les départements ultra-marins sur fond d’insularité, de précarité et de ressources contraintes « avec des élus locaux qui peuvent se comporter comme des barons », souligne Elise Van Beneden. Dans les Outre-mer, le nombre d’infractions oscille entre 1,5 et 4,1 pour 100.000 habitants quand elle est en moyenne de 1,1 dans l’hexagone. Elle caracole en tête aux Antilles et à Mayotte avec une fourchette comprise entre 2,5 et 5,5 pour 100.000 habitants.
Face à ce fléau national auquel nombre d’élus en France, et plus particulièrement à La Réunion ou à Mayotte, participent sans retenue, l’association Anticor s’est structurée petit à petit depuis sa création en 2002. Forte de 10.300 adhérents au dernier comptage, elle rappelle qu’elle est engagée dans 148 procès. Les actions menées devant la justice par l’association en qualité de partie civile représentent 80% de son activité.
« Il faut que la population se sente concernée »
Il s’agit d’affaires où des agents publics, des fonctionnaires et des élus de la République sont mis en cause, soupçonnés d’atteinte à la probité. « Il faut que vous soyez en capacité de détecter l’atteinte à la probité pour la dénoncer », a rappelé Elise Van Beneden. D’où la nécessité pour l’association de procéder à la sensibilisation des citoyens, potentiellement témoins de délits financiers présumés. « Il faut que la population se sente concernée », a-t-elle encore insisté.
La vice-présidente d’Anticor rappelle que l’association compte sur les lanceurs d’alerte et les journalistes d’investigations. Une dernière catégorie il est vrai fournie au plan national mais en voie de disparition au plan local où la collusion avec les clans politiques est trop fréquente. Parmi les principales infractions concernées figurent la corruption, le trafic d’influence, la prise illégale d’intérêts, le favoritisme et/ou le détournement de fonds publics, punissable de peines de prison allant de cinq à dix ans de prison.
Anticor « ne regarde pas la couleur politique des personnes visées »
Même si le sujet n’a été qu’effleuré au cours de l’échange - Anticor étant présente au procès mais pas en qualité de partie civile - la dernière affaire en date mettant en scène les délits de favoritisme et de corruption à La Réunion concerne le Sidelec avec la condamnation de Maurice Gironcel et de son DGS. La vice-présidente a rappelé au passage que l’association « ne regarde pas la couleur politique des personnes visées par nos plaintes ».
Rappelant que Anticor « ne fait pas d’enquête mais essaie de monter des dossiers consistants », Elise Van Beneden fait état du lancement d’une plateforme de vérification des marchés publics qui permet de détecter si une collectivité a recours de façon récurrente à un même prestataire.
De nouveaux outils pour traquer les anomalies
Un outil qui a la possibilité de suivre les avenants dans les deux ans suivant l’attribution d’un marché pour repérer d’éventuelles anomalies quant au seuil limite de dépassement d’un appel d’offres. Idem encore pour pointer des prix supérieurs à ceux du marché.
En cette période de campagne électorale pour la course aux municipales, Anticor est particulièrement vigilante. Elle traque les éventuels retours d’ascenseur liés au financement de tel ou tel candidat sortant. D’autres outils sont encore dans les cartons comme « la détection automatique d’anomalies dans la comptabilité des mairies ». De nouveaux moyens techniques qui augureront peut-être de jours meilleurs dans un avenir qui reste sombre en matière de probité.
Contact : Faire un signalement auprès d’Anticor par la rubrique « contact » sur le site : www.anticor.org


