"Ansanm nou lé paré" : qui se cache derrière le nouveau prix territorial de la résilience ?

Vendredi 30 janvier, à la préfecture de La Réunion, l’antenne locale de l’Association française pour la prévention des catastrophes naturelles et technologiques (AFPCNT) a reçu le prix territorial de la Journée nationale de la résilience. Une reconnaissance "officielle" pour un travail de fond mené au plus près du terrain, dans un territoire où faire face aux risques naturels relève autant de l’expérience collective que de l’engagement citoyen, du vivre-ensemble.
Dans les salons de la préfecture, ce vendredi 30 janvier, les mots résonnent avec une densité particulière. Ici, la résilience n’est pas un concept importé, encore moins un slogan administratif. "Le mot de résilience n’est pas un mot creux, c’est un mot très concret. C’est une réalité profonde, une réalité historique, une réalité sociale", rappelle le directeur de cabinet du préfet, Vincent Bernard-Lafoucrière, lors de la cérémonie. À La Réunion, ajoute-t-il, elle est même "une autre facette de ce que l’on appelle ici le vivre-ensemble". Le décor est planté.
Et à La Réunion, la résilience ne s’est pas imposée par le haut, mais s’est plutôt forgée dans l’expérience et la répétition des épreuves. Cyclones, inondations, submersions ou risques volcaniques ont façonné une société habituée à faire face collectivement. Cette culture du risque est d'abord une manière de faire société, un prolongement du vivre-ensemble réunionnais, où l’anticipation et l’entraide priment sur l’attente.
"La Réunion a quelque chose à enseigner au reste du territoire national"
C’est cette culture de la résilience, patiemment construite et sans cesse réactivée, que l’État a choisi de saluer en décernant le prix territorial de la Journée nationale de la résilience à l’AFPCNT Réunion. Son président, Danilo Hoarau, est venu recevoir la distinction au nom d’une équipe modeste par la taille, mais centrale dans l’animation du tissu associatif et citoyen de l’île. "Les Réunionnais sont très résilients, confirme-t-il, ils ont l’habitude des catastrophes, des cyclones, des inondations, de la mer, et il fallait structurer cette capacité et se remettre en question pour mieux agir."
Car sur ce "confetti au milieu de l’océan Indien", exposé aux cyclones, aux pluies intenses, aux crues, aux mouvements de terrain et au risque volcanique, soit une bonne partie du spectre des risques naturels, la préparation ne peut être laissée aux seuls professionnels. "La sécurité civile, c’est évidemment l’affaire de professionnels, mais pas seulement. La sécurité civile, c’est vraiment l’affaire de tous", insiste le représentant de l’État.
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Depuis 2022, la dynamique réunionnaise est frappante : 15 projets labellisés lors de la première Journée nationale de la résilience, 24 en 2023, 33 en 2024, et 50 pour 2025. "Ces chiffres disent quelque chose de l’identité de ce territoire, de son histoire", souligne le directeur de cabinet, allant jusqu’à affirmer que "La Réunion a quelque chose à enseigner au reste du territoire national".

Le projet récompensé, intitulé "Ansanm nou lé paré" - ensemble, nous sommes prêts - s’appuie sur une évidence locale : la force du monde associatif. Près de 15.000 associations et plus de 100.000 bénévoles irriguent les communes de l’île. Encore fallait-il, comme le souligne l’État, "outiller cette force sociale pour qu’elle soit le vecteur de pénétration de la culture du risque dans toutes les strates de la société".
Un "trésor" qu'il faut partager
C’est précisément ce à quoi s’attelle l’AFPCNT Réunion. "Ateliers interassociatifs dans plusieurs communes, guides pratiques, canevas simples pour anticiper les coupures d’électricité ou organiser l’entraide" : la méthode privilégie l’opérationnel. "La qualité, c’est d’écrire ce que l’on dit et de faire ce que l’on écrit", résume Danilo Hoarau. "Quand il n’y a plus de courant, on ne peut plus vérifier sur un ordinateur. Un écrit, c’est une mémoire, un repère, un réflexe."
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Pour le président de l’antenne réunionnaise, cette distinction est avant tout collective. "C’est une fierté et une reconnaissance pour le travail des bénévoles. Je ne suis pas tout seul. Tous les partenaires institutionnels ont travaillé main dans la main pour que ce projet voie le jour." En clair, il s'agit d'aller vers les associations, de structurer leurs pratiques, de transmettre des outils accessibles. "Cette manière d’aller vers les associations, de partir de ce qu’elles font déjà et de leur donner des outils simples, c’est là que la résilience devient concrète."
Au représentant de l'Etat de conclure : "Dans une île comme La Réunion, la résilience n’est pas un luxe. C’est notre trésor. Un trésor qu’il faut partager et faire fructifier."


