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Alcool péi : Une fiscalité locale très réduite qui permet d’inonder le marché

Dans les territoires ultramarins, là où tout coûte plus cher que dans l'Hexagone, le prix du gramme d’alcool déroge à la règle.
Ecrit par S.F. – le mercredi 24 juillet 2024 à 06H06

Les Réunionnais sont de grands consommateurs de bières et de spiritueux, majoritairement des rhums et dérivés issus de la filière canne.

Côté bières, la production, largement dominée par le groupe Bourbon qui produit la bière Dodo, représentait 370.000 hl en 2017.

Côté spiritueux, La Réunion est le plus grand producteur de rhum industriel parmi les DOM, selon l’Office de développement de l’économie agricole d’outre-mer (ODEADOM).

Sur les 60.000 tonnes de mélasse co-produites en 2017, 67% ont été utilisées pour la production de rhums par trois distilleries de l’île, à savoir Rivière du Mât, Savanna (Chatel) et Isautier. Ce sont au total 30.000 hlap (hectolitre d'alcool pur) de rhum qui ont été mis sur le marché à La Réunion en 2017.

Ces produits locaux, à haute teneur en alcool, et dont les conséquences sanitaires d’une consommation excessive sont désastreuses, bénéficient d'une fiscalité particulière, réservée aux DOM lorsque ces produits sont vendus sur place. Ces produits sont 6 fois moins taxés que leurs homologues hexagonaux.

Les accises, impôts indirects sur les boissons alcoolisées, sont fixés à 871,01€/hlap pour les rhums des DOM dans l'Hexagone contre 38,11€/hlap pour les rhums des DOM dans les DOM. La CSS-Rhums (cotisation sécurité sociale) est fixée à 559€/hlap en métropole, contre 0,4€/hlap dans les DOM.

A noter que le rhum est aussi quasi-exclusivement le seul alcool produit localement qui est exporté, pour une valeur de 19,4 millions d’euros (chiffres 2017 de l’ODEADOM).

 

“Nous allons étudier ce dossier”...

 

L’alignement de la fiscalité locale sur la fiscalité nationale et l’interdiction totale de promotion pour ces boissons alcoolisées sont sur la table depuis bien longtemps.

La problématique alcool, majeure dans notre région, pour être mieux contrôlée nécessite un engagement plus important et une meilleure coordination des différents services de l’Etat entre eux et avec les collectivités territoriales mais aussi une mobilisation politique et citoyenne face à des lobbies qui demeurent particulièrement influents en faisant valoir leurs intérêts au détriment de la santé publique”, indiquait le Docteur Mété dans l’édito du bilan de santé publique France de janvier 2020, qui alertait également sur la continuité des actions de lutte contre la surconsommation d’alcool et leur résistance aux différentes alternances de responsabilité.

En visite sur l’île en novembre 2022, l’ancien ministre de la Santé, François Braun, disait vouloir “conduire une politique plus agressive” en matière de lutte contre les addictions.

Nous allons étudier ce dossier sur la fiscalité avec les élus de la nation, avec le département et voir comment on peut avancer. Les ravages que fait l’alcool sur l’île de La Réunion ne sont plus acceptables”, avait-il déclaré, sans pour autant faire de promesse.

“Ce projet est sur la table et il y a des parlementaires réunionnais qui sont volontaires pour avancer sur ce sujet”, soufflait le directeur de l’ARS à l’occasion de la signature de la charte pour lutter contre les consommations à risque d'alcool, qu’il considérait comme “un premier kilomètre” franchi en matière de lutte contre les addictions.

A l’image de l’organisation faite autour de la santé mentale, le directeur de l’ARS souhaite par ailleurs la création d’une communauté territoriale de lutte contre les addictions. Celle-ci permettrait de définir les priorités et mener des actions coordonnées.

Un an et demi après le passage de Braun, soit le 16 avril dernier, cette révision de la fiscalité de l'alcool faisait encore l'objet d’un groupe de travail organisé par la sous-préfète chargée de la cohésion sociale et de la jeunesse. Affaire à suivre, donc.

En visite sur l’île en avril, Aurore Bergé a découvert la spécificité péi et les incidences des consommations excessives dans les violences faites aux femmes. Là-dessus, elle a déclaré : "C’est une discussion que j’ai commencé à avoir ici, mais c’est une discussion que l’on doit avoir avec d’autres ministères, le ministère de l’Agriculture, le ministère de l’Economie et des Finances. Mais je pense qu’il faut pas tout mélanger, quand on parle de taxation, c’est uniquement pour mieux réguler. Si jamais demain on choisissait cette voie-là, c’est-à-dire d’augmenter les taxes, on voit bien que ce n’est pas ça qui va venir priver de revenu des agriculteurs”.

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