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Albert Ramassamy: "Jusqu'en 1998, il y avait le PCR et les forces de la départementalisation"

Tous les jeudis, jusqu'aux élections municipales de mars 2014, la rédaction de Zinfos974 vous propose de voyager dans les méandres d'anciennes municipales, de vous replonger dans les campagnes électorales d'antan et de revivre quelques anecdotes grâce aux interviews d'ancien élus ou maires de la politique réunionnaise.
Ecrit par zinfos974 – le jeudi 27 février 2014 à 09H44

Notre rubrique "Hier en campagne" s'arrête aujourd'hui sur Albert Ramassamy. Ancien fer de lance du maintien de la départementalisation à la Réunion aux côtés de Michel Debré, Albert Ramassamy a combattu pendant de longues années la volonté du Parti communiste réunionnais et de son chef, Paul Vergès, de diriger notre île vers l'autonomie. Aujourd'hui, Albert Ramassamy revient pour nous sur son passé de militant et d'élu, mais également sur sa vision de la politique en 2014.

 
Zinfos974: Pouvez-vous revenir sur votre parcours politique à la Réunion ?

 
Albert Ramassamy
: Je me suis retrouvé à la tête du Syndicat national des instituteurs, c'était en 1959 après avoir adhéré au SFIO (Section française de l'internationale ouvrière). Un syndicat à l'époque entre les mains des communistes et qui ne servait qu'à dénoncer le colonialisme et prôner l'indépendance de la Réunion (…). S'en suit un combat pour imposer le statut de Département.

Je suis entré en guerre à l'intérieur du syndicat pour éliminer cette tendance communiste, mais j'ai dû partir, car nommé professeur dans un lycée en métropole. Là, on me contacte pour que je retourne à la Réunion afin de reprendre le syndicat et faire face à la propagande communiste. Ce combat syndical avait avant tout une portée politique, celle d'empêcher l'autonomie de la Réunion.

Puis Michel Debré, alors ancien Premier ministre sous De Gaulle, vient me voir et m'offre un poste de suppléant sur sa liste pour les législatives partielles de 1963. Cela ne correspondait pas à mes orientations, néanmoins je décide de lui apporter de l'aide sur le plan du combat pour le maintien de la départementalisation avec l'ARDF (Association Réunion Département Français).

 

Après je me suis présenté en tant que candidat du FGDS (Fédération de la gauche démocrate et socialiste, parti créé par François Mitterrand) pour les législatives en 1967. Mais à Paris, on a vu d'un mauvais œil mon soutien à Michel Debré et on m'a apporté un soutien très timide (Albert Ramassamy n'est pas élu ndlr). En 1983, avec l'aide de la fédération socialiste qui s'était regroupée à travers trois petites communes de l'île (Sainte-Rose, Saint-Benoît et Petite-île), je me présente aux sénatoriales. La droite vote pour moi en reconnaissance de nos anciens combats communs. 
 
En 1992, je ne suis pas renouvelé dans mon mandat.
 
Comment se décomposait le paysage politique de l'époque ? 
 
Jusqu'en 1998, il y avait une bipolarisation des forces politiques à la Réunion. D'un côté le PCR (Parti communiste réunionnais) et les forces de la départementalisation. Cela a pollué le paysage politique. A chaque consultation, le parti communiste rassemblait près de 30% des voix ce qui empêchait en face toute division dans les autres partis. Nous étions en lutte contre l'autonomie.

Jusqu'en 1998, le candidat PC était celui de l'autonomie. Après, il y a eu l'union des forces de gauche. Les socialistes se sont unis avec le PCR sur des listes communes avec, à leur tête, Paul Vergès. Il a été décidé qu'à cette époque je n'avais plus ma place sur les listes. Les socialistes m'ayant lâché, la droite m'a accueilli mais ce n'était pas dans ma culture de me retrouver dans les rangs de celle-ci.

Est-ce qu'il y a une anecdote marquante, un fait de campagne qui vous revient en mémoire ? 
 
A l'époque, pour avoir sa candidature, il fallait faire une grande déclaration d'intérêt, celle du maintien de la départementalisation. Mais le Parti socialiste refusait de faire ce genre de déclaration, par peur d'être taxé de colonialiste à Paris. Je me rappelle qu'en 1967 (année de la législative où Albert Ramassamy est candidat pour le FGDS ndlr), un congrès des socialistes se tient à Madagascar.

A l'époque, deux émissaires de Paris se sont rendus sur place mais ont refusé dans un premier temps de venir à la Réunion (en raison du soutien affiché d'Albert Ramassamy à Michel Debré en 1963 ndlr). Après discussions, ils décident de venir. Je les accueille à Saint-Denis, mais j'ai en face de moi des personnes très froides et qui ne communiquent pas. On a senti qu'ils étaient dans l'obligation d'être là.

Après leur passage par Saint-Denis, ils se rendus au Tampon et là, c'est le choc. Pour la première fois, ils voient des blancs avec les pieds nus. Ce n'était pas l'image renvoyée de la Réunion en métropole. Ils ne pouvaient plus dire qu'Albert Ramassamy était vendu aux colonialistes. Je me rappelle encore leurs paroles : "Il y a des blancs avec les pieds nus. Avant de s'occuper des blancs du Québec, De Gaulle ferait mieux de venir ici". Mais De Gaulle ne savait pas, car il avait été trompé par Paul Vergès. Le combat a été très difficile à cause de tout ça. 
 
Qu'est-ce que vous pensez de la campagne électorale aujourd'hui ? 

 
Je regrette qu'aujourd'hui nous n'ayons plus la notion de parti politique. Pour moi, la démocratie ne fonctionne qu'avec la notion de parti. C'est dans cet appareil où l'on apprend à se former et à défendre des dossiers. Aujourd'hui les candidats ne savent plus faire de discours et sont bons uniquement à faire du porte à porte et s'entourer de leur contact.

Ce "métier" est devenu tel que ceux qui pourraient apporter grandement à la politique rechignent à y entrer. Pour beaucoup d'entre eux, la politique est devenue malsaine. Il faut arrêter le "colonage" politique en se disant que l'UDI a une parcelle, le PS a une parcelle, l'UMP a une parcelle et le Modem aussi. La Réunion se meurt de ce colonage (…) Aujourd'hui, Paris demande des propositions, mais aucun responsable local n'est capable de le faire car il est impossible de les réunir. Ce n'est pas Paris qui va le faire, Victorin Lurel n'a pas le temps pour ça (…). Tous nos élus se trouvent dans leur tranchée, baïonnette au fusil pour contrer leurs amis et non leurs adversaire (…) Où va-t-on ? 
 
Pour vous est-ce qu'un homme ou une femme politique se dégage du paysage local ? 
 

Plusieurs noms me viennent à l'esprit. Didier Robert (président de Région) peut avoir l'étoffe à condition d'avoir un grand parti derrière lui. Il y a aussi Patrick Lebreton (député-maire de Saint-Joseph) ou encore Jean-Jacques Vlody (député PS du Tampon).

Retrouvez [ici]urlblank:http://www.zinfos974.com/Municipales-2014-des-enjeux-exceptionnels_a68566.html le premier article de notre rubrique "Municipales, la chronique du lundi" qui retrace les enjeux exceptionnels de cette élection de mars 2014.

 

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