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“Airbags tueurs Takata” : BMW Réunion mis en examen pour un conducteur grièvement blessé en 2020

Ecrit par Eric Lainé – le vendredi 25 juillet 2025 à 19H31

Rebondissement dans l'affaire des “airbags tueurs Takata” à La Réunion. En mars dernier, le distributeur de BMW, Leal Réunion, a été mis en examen pour blessures involontaires par violation manifestement délibérée d'une obligation de sécurité ou de prudence avec ITT de plus de trois mois. En mai 2020, Sébastien, 35 ans, avait été très grièvement blessé par l'explosion de l'airbag de sa BMW série 3, lors d'une sortie de route au Tampon.

Plus de cinq ans se sont écoulés depuis que Sébastien a été victime de l'explosion de l'airbag Takata qui équipait sa BMW série 3. Et il faut bien reconnaître qu'il n'est toujours pas tiré d'affaire. Dans le courant du mois d'août, le Portois doit subir une nouvelle intervention chirurgicale. “J'ai déjà subi de multiples opérations mais il y a encore eu des complications. Depuis plusieurs mois, je ne respire plus qu'avec une seule narine. La cloison nasale s'est rétrécie puis bouchée”, explique-t-il. Au plan médical, il est bien conscient de ne pas être à l'abri “de mauvaises surprises à venir”.

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Sa santé est son principal, mais pas son unique sujet de préoccupation, dans cette affaire qui promet de s'étirer dans le temps. Sébastien indique “n'avoir toujours pas été indemnisé” après cinq ans d'un âpre combat judiciaire mené aux côtés de son avocate. Contactée elle aussi par Zinfos974, Me Céline Cabaud ne souhaite pas faire de commentaire car “je suis tenue au secret de l'instruction”, rappelle-t-elle. “Malgré tout, je ne peux que me réjouir de la mise en examen de Leal Réunion au terme d'un long combat judiciaire qui est loin d'être terminé”, poursuit le conseil avant d'ajouter à l'instar de son client : “Je m'étonne cependant que la victime n'ait toujours pas été indemnisée en dépit des nombreuses démarches faites en ce sens.”

Problème de fichier clients

Pour sa part, la société Leal Réunion ne désarme pas, loin s'en faut. Ses avocats ont initié un recours devant la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Saint-Denis pour que le distributeur de la marque BMW puisse bénéficier du statut de témoin assisté. La direction réfute pour l'essentiel la part de responsabilité qui pèse sur ses épaules depuis la mise en examen de Leal Réunion par un juge d'instruction saint-pierrois, le 27 mars dernier. 

L'actuel distributeur de la prestigieuse marque allemande s'appuie sur les efforts réalisés après le rachat de la franchise BMW pour reconstituer son fichier clients bien qu'il en fut privé par le groupe Caillé farouchement opposé à cette reprise, intervenue en octobre 2013. “Le coeur du débat est de déterminer si Leal Réunion avait les moyens et la possibilité de mettre en oeuvre une campagne de rappel avant l'accident intervenu en mai 2020”, posent les avocats du distributeur. Car outre le défaut de communication des fichiers clients détenus par l'ancien distributeur, Leal Réunion fait observer que le conducteur accidenté n'était pas l'acquéreur initial du véhicule.

Quid de la responsabilité de l'Etat et de BMW AG ?

Les avocats soulignent alors qu'il “y a un vrai sujet avec la mise en cause de la responsabilité de l'Etat du fait de la difficulté d'accès aux fichiers des cartes grises par le SIV”. Ils n'excluent pas non plus que la responsabilité du constructeur BMW AG soit engagée dans cette procédure puisque les alertes et la mise à disposition de nouveaux airbags sont intervenues tardivement. Néanmoins, il est factuellement avéré que BMW AG a procédé à une campagne de contrôle des airbags conducteur le 20 novembre 2019. Soit plus de cinq mois avant l'explosion de l'airbag Takata qui a failli coûter la vie à Sébastien sur une route de Bérive au Tampon. 

Les blessures de Sébastien suite à l'explosion de l'airbag de sa BMW

Les courriels font état d'une première puis d'une seconde alerte destinées à Leal Réunion, émises les 4 décembre 2019 et 7 avril 2020. Une campagne d'alerte du distributeur, à défaut d'être en capacité de changer les airbags défectueux sur le champ, aurait-elle pu éviter à Sébastien d'être très grièvement blessé ? La question reste posée. En tout cas, la gestion de la crise Takata par BMW, dont il est question ici, est d'autant calamiteuse que la firme allemande avait lancé une première campagne de rappel... en 2014.

La chronologie d'une gestion calamiteuse

Dans une dépêche de l'Agence France Presse (AFP) datée de juillet 2014, il est fait état qu'elle “concerne les exemplaires d'une ancienne génération de BMW série 3 (E46) produite entre mai 1999 et août 2006”. On précise à l'époque qu'il “s'agit d'une mesure de précaution volontaire pour minimiser le risque d'ouverture anormal de l'airbag”. Les mots sont faibles quand on sait que la révélation du scandale des airbags meurtriers par les autorités américaines remonte justement à l'année 2014. 

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Entre 2015 et 2017, les campagnes de rappel se multiplient à travers le monde, comme par exemple au Japon en 2016 où BMW rappelle près de 110 000 véhicules. Surtout, il ne fait déjà plus mystère que les airbags Takata font des ravages en explosant allant jusqu'à semer la mort dans leur sillage. Pour ce qui est de la mise en examen de Leal Réunion, il n'est pas inutile de rappeler que derrière les formules juridiques et les batailles d'experts, à coups de textes de loi, de chiffres et de dates, se cache un drame humain.

Des blessures dévastatrices

Le bilan médical de Sébastien à l'issue de son hospitalisation fait état d'un “traumatisme crânien avec hémorragie frontale, d'un traumatisme facial massif avec fractures multiples, notamment de la mandibule, du rocher droit. Déchirure du pavillon de l'oreille et fracture de la paroi antérieure du conduit auditif ayant provoqué son comblement...” Sans compter le choc émotionnel, les conséquences au plan psychologique et les blessures physiques qui ont durablement affecté sa vie privée et son avenir professionnel à seulement 35 ans. Et ce combat judiciaire qui remue sans cesse le couteau dans la plaie.

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