Revenir à la rubrique : Faits divers

Agressions sexuelles sur mineurs : L'auteur de neuf faits ressort libre du tribunal

Des faits particulièrement glauques étaient jugés ces dernières semaines dans la cadre de l'audience correctionnelle du tribunal judiciaire de Saint-Denis. Un homme de 61 ans était accusé d'avoir agressé sexuellement 9 enfants entre 1989 et 2004. Deux autres victimes étaient concernées, mais pour elles, les faits sont prescrits. Ce vendredi, le coupable a quitté le tribunal libre à l'issue du délibéré.
Ecrit par Régis Labrousse – le vendredi 4 octobre 2024 à 10H00
Les familles étaient médusées par la décision du tribunal. Le condamné est reparti libre (DR)

La salle d'audience numéro 1 de tribunal judiciaire de Saint-Denis est particulièrement remplie ce mardi 20 septembre pour l'audience collégiale de correctionnelle. De nombreuses femmes arborant le même t-shirt sont assises les unes à côté des autres avec un message on ne peut plus clair : "Je n'étais qu'une enfant", dans le dos, et "Pour que la honte change de camp", sur le devant. Elles ont toutes déposé plainte contre Jean-Philippe K. pour des faits d'agression sexuelle et d'attentat à la pudeur avec violence sur mineur de moins de 15 ans. Elles avaient, pour la plupart, entre 3 et 5 ans au moment des faits. Tout part d'une plainte en 2022 de l'une d'entre elle qui, après avoir perdu son conjoint tragiquement, a décidé de parler. Sa parole libérée a incité les autres femmes à s'exprimer sur ce qu'elles avaient également vécu du même bourreau. Certaines sont sœurs, d'autres sont cousines, mais font toutes partie d'une même famille, directement ou par alliance.

"Je n'ai rien fait à ces enfants-là"

À la barre, interrogé par le président, le prévenu maintient ses déclarations de garde à vue : "Moi, je n'ai jamais fait des affaires comme ça, je ne comprends pas", lance le sexagénaire. Même si elles s'y attendaient, on peut lire la détresse et le désarroi sur le visage des victimes. Malgré les détails et les explications du président sur les faits relatés par les victimes, rien n'y fait, l'homme persiste et signe : "Je n'ai rien fait à ces enfants-là". Selon lui, tout aurait commencé contre lui quand il a commencé à fréquenter les témoins de Jéhovah. De son côté, la femme du mis en cause prêtant "n'avoir entendu parler de rien", allant jusqu'à parler d'un "complot". Pour autant, l'expertise psychiatrique des victimes est claire et conclut : "Aucune tendance particulière des victimes à l'affabulation".

Invitée par le président, une des victimes choisit de venir à la barre pour lire une lettre écrite par toutes, commençant par : "À toi, le prédateur caché, je n'étais qu'une enfant. J'ai grandi en étant rongée de l'intérieur, tu m'as volé mon enfance. Aujourd'hui, nous ne voulons plus avoir honte à ta place". Face à ces déclarations poignantes et on ne peut plus explicites, le prévenu reste de marbre et ne souhaite pas s'exprimer. L'avocat des parties civiles rebondit, reprenant gravement une des phrases rapportées par les victimes en audition : "Je vais te faire péter le petit grain", lance la robe noire, ajoutant : "Ce n'est pas quelque chose qui s'invente quand on est une enfant. Ça me donne envie de vomir. C'étaient des enfants de 3, 4, et 5 ans qui sont de sa propre famille", fustige l'avocat qui conclut : "Aujourd'hui, vu que vous n'allez pas reconnaitre, il faut que vous entendiez le mal et la destruction que vous avez engendrés. L'heure des comptes est arrivée, il faut assumer".

"Neuf victimes sur une période de 15 ans où il sévit dans un cadre familial"

"Il s'agit d'une série de faits à l'égard de neuf victimes sur une période de 15 ans où il sévit dans un cadre familial", rebondit la procureure, qui poursuit : "Elles ont été victimes les unes après les autres, enfermées dans le silence". Anticipant une probable stratégie de la défense, le parquet attaque sur le volet des preuves : "On va vous parler des preuves de l'autre côté de la barre, mais vous avez les paroles des neuf victimes plus les témoignages des témoins. Tous les récits sont circonstanciés, inscrits dans le détail et marqués par tout ce qui entoure les faits d'agression sexuelle". La magistrate fustige le prévenu qui a "toujours choisi le bon moment pour agir par effet de surprise", insistant sur "l'incapacité des victimes à pouvoir réagir". Le parquet requiert une peine de 6 ans de prison avec mandat de dépôt, considérant que "malgré l'absence de casier, ce sont des faits extrêmement graves".

"Il est toujours compliqué d'évoquer et de traiter ces dossiers, car ils sont emplis d'émotion", répond Me Jean-Christophe Molière en défense d'un ton soutenu. La robe noire met en avant son "impression que ces dossiers balaient tous les droits des prévenus comme la présomption d'innocence", et d'insister : "Les émotions prennent le dessus sur le droit dans cette procédure qui ne contient que des auditions de témoins qui sont devenues des éléments de preuves". Selon la défense, "le parquet doit fournir des preuves et aurait dû faire des investigations plus poussées pour étayer les propos des victimes", estimant qu'il avait été érigé "des déclarations comme des preuves". La robe noire insiste avec vigueur sur le fait qu'"avoir X victimes ne devient pas un élément de preuve", avant de conclure : "Je ne fais qu'appliquer le Code pénal, rien ne peut remplacer une preuve et, à ce jour, rien n'a été présenté pour dire qu'il a commis ces faits. Pas de preuve, c'est une relaxe".

Après en avoir délibéré, le mis en cause a été condamné à 3 ans de prison dont 2 avec sursis. La peine ferme sera vraisemblablement aménagée par le juge d'application des peines. L'homme est reparti libre du tribunal à l'issue du prononcé de sa peine devant des familles médusées et déçues.

Dans la même rubrique

0💬
Tri :