Courrier des lecteurs

La diaspora indienne de Madagascar et de la Réunion au coeur de l'Histoire de l'océan Indien francophone

On identifie, pour des raisons fonctionnelles, les Indiens Karanas par le terme « Indopakistanais ». Leurs ancêtres étaient en effet, originaires d’une région, qui est à la frontière de l’actuel Pakistan et de l’Inde. A l’époque, cette différenciation n’apparaissait pas, puis-qu’on parlait plutôt de « l’Empire des Indes anglaises qui comprenait le futur Pakistan et l’Inde, tous les deux, nés en 1947, sans oublier, le Pakistan oriental né en 1972, plus connu sous le nom (Bengladesh) ». Ces Indiens, qui étaient des sujets britanniques, sont de confession musulmane. Toutefois l’identité culturelle dominante reste quand même de tendance hindouiste. Les décombres de ces maisons (la maison Soundera par exemple), en ruine sont visibles à l’entrée du village d’Ambanoro. Signalons aussi que pour les In-diens de confession musulmane, une mosquée a été construite en 1870, dans le même village de Marodoka. Cette mosquée, marque d’un Islam modéré sur une terre africaine, est aussi visible. Elle a été totalement abandonnée depuis 1952, date à laquelle les derniers Indiens installés à Hell-Ville, ont migré vers cette ville, qui allait devenir le centre d’animation économique, commerciale et politique de l’île de Nosy-Bé.

La route, qui relie Hell-Ville à Ambanoro, s’est désagrégée avec le temps. Elle est difficilement praticable. Ambanoro ou Marodoka reste donc assez isolé. Des communautés descendantes des africains swahilies y vivent, pratiquement en autarcie. On met presque une heure dans une vieille Renault 4L pour effectuer 6 ou 7 kilomètres. Il faut patienter en écoutant les bruits des boulons desserrés, et des amortisseurs usés, sans oublier les secousses qui vous font remonter l’estomac à la gorge, et les intestins dans le crâne ! Tout est adaptable. C’est le règne de la débrouillardise. Comme le disait Lavoisier, « Rien ne se perd, rien ne se créée, tout se transforme ! ».

Quant à Nosy-Bé, il est à souligner aussi qu’avant 1840, cet espace insulaire portait les noms de Sada et ensuite de Vario Bé. Aux XIIème et XIIIème siècles, Marodoka (ou Ambanoro) était établi comme comptoir arabe et centre de traite et trafic d’esclaves. Habitée, principalement par les Sakalavas Bemihisatra, la ville de Marodoka devint une ville cosmopolite car des Arabes, des Africains (Makoas) et des Indiens y cohabitaient. Après Marodoka, Nosy-Bé avait transféré sa capitale à Tafondro qui était aussi le fief des tribus Antakarana ou Zafimbola-fotsy. Le prince Kozobe succéda à la reine Ambary (1609-1639) ancêtre éponyme et fondateur du royaume Antakarana. Après sa mort, sa fille aînée la reine Soanaomby et son fils, le prince Andria-maitso (1639-1689), ont pris la relève. Le roi Andrianampela a régné de 1689 à 1692. Le village qui était le centre commercial et économique, restait jusqu’en 1840, la petite localité d’Ambanoro en-core appelée Marodokany.

Le reste de l’île n’était encore pas, ou très peu exploitée. Marodoka demeurait l’endroit où arrivaient les boutres. Ce village était le poumon économique de l’île au XIXème siècle. Une population de tendance religieuse musulmane dominait et domine toujours dans ce village. De nombreuses mosquées (certaines sont encore fréquentées, d’autres sont abandonnées ou détruites par des personnes peu soucieuses de la mémoire des Ancêtres et du patrimoine), témoignent d’ailleurs de cette effervescence liée aux va-et-vient des boutres arabes, comoriens et indiens.

MANU.KDE

Vive nout l'amour