Débattre à la télévision, une exigence
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L'épopée de Thierry Robert à la Préfecture aura eu au moins un mérite: faire prendre conscience aux citoyens des insuffisances de l'information télévisée pour peu que l'on n'y introduise pas le débat, faisant ainsi le lit au populisme. Le député n'a rien inventé; d'autres avant lui ont créé des événements et misé plus sur la perception d'images chargées d'émotion que sur l'examen des réalités.
En matière de débat, les Réunionnais sont loin d'être bien servis par les deux grandes chaînes de télévision, et la démocratie locale en pâtit: les citoyens ont alors tendance à se cantonner dans des schémas préétablis alors que les réponses sont complexes, ou alors refusent carrément de se mêler de la chose publique, pérennisant ainsi un système qui enfante des mouvements moutonniers contraires d'une élection à l'autre.
S'en tenir au seul journal télévisé pour informer, c'est faire vite et serrer de près le sensationnel pour capter et fidéliser une clientèle. C'est l'instantanéité de l'information qui prime, et l'absence de contradicteurs, d'experts sur le sujet et de journalistes spécialisés de la presse écrite renforce encore plus la langue de bois de l'invité, acteur et metteur en scène. Non seulement l'événement n'est pas valorisé dans toutes ses dimensions, mais pis encore le journaliste de service se croit obligé de ressortir les questions que sa rédaction a préparées, quitte à ce que les dernières soient in fine en porte-à-faux. Il ne reste plus au téléspectateur qu'à se plonger dans la presse écrite du lendemain pour mieux découvrir tous les éléments du sujet, et l'enjeu politique qui s'y rattache .
Mais il faut du temps pour lire les articles, et de l'énergie pour conduire jusqu'au bout la réflexion. Pour autant, l'importance de l'écrit ne s'estompe pas. Mais des débats réguliers doivent compléter les classiques journaux télévisés (voir "C dans l'air"ou les débats quotidiens sur LCI ou I télé, où des journalistes de la presse écrite apportent leurs expériences), où il n'y a qu'à écouter les uns et les autres pour se construire une opinion. Rien n'est plus formateur pour le citoyen, qui pourrait même devenir demandeur en anticipation (le nouvel acte de décentralisation, et le futur conseiller territorial, etc.).
L'objectif n'est pas de servir uniquement les fanas des matchs, mais d'en mettre suffisamment à la portée des téléspectateurs pour que chacun y puise selon ses besoins: conforter une position (la sauvegarde de l'activité surf); se remettre en question (la refondation du PCR; l'Université); renvoyer tous les partis dos à dos (les fuites en avant face aux évaluations transparentes et indépendantes des politiques locales); cerner un doute (les résistances au non-cumul des mandats); écarter une thèse tout en reconnaissant l'authenticité et la sincérité de son promoteur (la mer n'appartient pas à l'homme), etc. C'est dire que l'on n'arrête pas d'apprendre à s'interroger; et que "si vous ne faites pas de politique, d'autres le font à votre place".
Le débat à la télévision ne doit pas être seulement réservé aux périodes électorales, il fait partie de la culture démocratique, le citoyen étant au-dessus de l'électeur. On n'y entre pas facilement, il n'y a qu'à voir comment l'essentiel de la politique se résume à de la pure tactique électorale, fût-elle très habile.
Aimé LEBON, Bois-de-Nèfles Saint-Paul


