Accident à Saint-Louis : le conducteur relaxé malgré le décès de la victime

Le tribunal correctionnel de Saint-Pierre vient de relaxer un homme de 26 ans qui avait provoqué un accident, dont la victime est décédée des suites quelques mois plus tard. Le procès s'était tenu le 27 janvier dernier pour blessures involontaires. Il a finalement été relaxé des faits ce mardi.
C'est le 5 juillet 2024 que le drame s'est produit devant le Burger King de Saint-Louis. Aux alentours de 20h30, Jérémy* quitte le rond-point du Gol pour se rendre sur la RN1 en direction de Saint-Pierre pour travailler. Alors qu'il passe devant le fast-food, il prend son accélération avant de voir au dernier moment Louis*, qui traversait quelques dizaines de mètres après le passage piéton. Il n'a pas le temps de l'éviter et le choc a été violent.
Louis souffre d'un traumatisme crânien sévère et d'un traumatisme thoracique. Il se verra prescrire 90 jours d'ITT, mais surtout, il a dû subir une trachéotomie et est devenu totalement dépendant de sa famille.
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Le 15 novembre 2024, le père de Louis remarque que le tube de la trachéotomie est sorti de son orifice. Il appelle les secours, mais les premiers arrivés ne sont pas formés à cet acte médical. Il décède dans l'ambulance. Quelques mois après, sa mère meurt, emportée par le chagrin.
Deux bières au cœur des débats
Du côté de Jérémy, les témoins dans le Burger King et les traces de freinage sont formels : il ne roulait pas vite. Le test pour les stupéfiants est négatif, mais son taux d'alcoolémie est de 0,3 g par litre de sang, soit en dessous de la limite légale de 0,5 g. Il indique avoir bu deux bières avec un ami entre 17h et 19h.
L'avocat de la partie civile va mettre en doute ce test d'alcoolémie. “L'accident est à 20h30 et le test a été effectué à deux heures du matin. On devrait être plus proche de 1 g. S'il n'avait pas été sous l'état d'un empire alcoolique et s'il avait été maître de son véhicule, il aurait pu éviter l'accident.” Il demande que le procès soit requalifié en homicide involontaire.
Même si elle a commencé par s'excuser pour“avoir manqué de rigueur”, la procureure a rappelé “qu'on ne pouvait pas écarter les circonstances aggravantes durant l'instruction, puis revenir dessus. 0,3 g d'alcool par litre de sang, ça n'est pas délictuel. Il conduisait à une allure modérée.” Elle demande la relaxe.
“C'est le fruit du hasard et de la malchance”
“Ce jour-là, il avait bu deux bières. C'est en dessous du taux légal. Donc la loi estime que ça n'atteint pas sa capacité à éviter l'accident. Les enquêteurs n'ont pas relevé d'indice de signe d'alcoolémie, donc l'alcool doit être évincé des débats. Tout simplement, c'est la définition d'un accident, cela aurait pu arriver à n'importe qui”, argue Me Guillaume Albon pour la défense.
Il ajoute que le lien direct entre l'accident et le décès ne peut pas être totalement établi. “Peut-être que c'est la faute des secours ? Peut-être que c'est parce qu'il avait continué à fumer ? Peut-être qu'il a lui-même arraché son tube malencontreusement ? Il y a un enchaînement de circonstances. C'est le fruit du hasard et de la malchance. C'est pourquoi je vous demande la relaxe.”
La décision avait été mise en délibéré à ce mardi 24 février. Le tribunal a relaxé Jérémy, mais a reconnu la famille de Louis comme partie civile. Les dédommagements seront décidés lors d'un renvoi sur intérêt civil.
*Prénoms d'emprunt


