A propos de la grève du Gol
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Pour réclamer une dotation ferroviaire, le président de la Région Paul Vergès n’a pas hésité à déclarer que c’est l’Etat qui avait pris la décision d’arrêter le "p’tit train lontan", affirmation reprise par le "chœur des vierges" du collectif "nou vé nout Tram- train". C’est faux, c’est le Conseil général de l’époque qui avait pris cette décision et pour deux raisons.
La première économique. Ce train qui utilisait une voie étroite (écartement des rails :1m ) avait été mis en service par une société privée. La liaison St-Denis – St-Pierre a été livrée en 1887, mais dès 1888, cette liaison ferroviaire étant déficitaire, le Conseil général avait dû la subventionner. Dans les années 50, le matériel ayant vieilli, il fallait le remplacer. Or, en France, la SNCF dont le réseau et le matériel avaient été en grande partie détruits par la deuxième guerre mondiale, les avait modernisés (wagons plus grands, locomotives à vapeur remplacées par le diesel) mais, pour la voie normale (écartement des rails : 1,43 m). Pour avoir ce matériel, il fallait que la Réunion refasse toutes les voies et dépense beaucoup d’argent.
La deuxième est politique. Le train servait au transport des passagers, mais aussi à celui des sucres de l’usine au Port. Le syndicat des cheminots était inféodé au Parti communiste qui décida un jour que les sucres de telle usine sucrière ne seraient plus transportés par le train. Devant ce diktat et cette menace sur l’économie, le Conseil général décida d’arrêter ce train déficitaire et de consacrer l’argent à la modernisation du réseau routier. Ainsi chacun pourrait acheter sa voiture ou son camion et organiser librement ses déplacements et le transport des marchandises à travers l’île.
Certains diront "quel rapport avec la grève du Gol" ? La lecture des journaux leur apporte une réponse éloquente : 60.000 abonnés se sont retrouvés dans le "fé noir" et chacun peut s’imaginer les conséquences sur la vie familiale, le stockage des produits alimentaires dans les frigos et congélateurs ; l’alimentation en eau potable des communes de St-Louis, St-Pierre, Entre-Deux, St-Joseph, St-Philippe, St-Paul etc… a été perturbée ; le travail dans les hôpitaux, les restaurants, les hôtels, les entreprises a été saboté , le brassage des cannes s’est arrêté mettant en difficulté les planteurs. A un moment où l’ambition de la Région est de faire de la Réunion un exemple de développement durable en remplaçant l’énergie fossile par l’électricité fournie par les énergies renouvelables, pour alimenter le tout électrique : Tram- train, bus, automobiles, camions et j’en passe et des meilleurs, il serait bon que des règles soient établies pour imposer aux fournisseurs d’électricité privés qui participent au service public, un service minimum en cas de grève. Dans le cas contraire on risque de revivre le motif politique de la suppression du P’tit train longtemps et l’autonomie énergétique de la Réunion ne restera qu’un vœu pieu. Rappelons pour mémoire qu’EDF ne produit que 40% de l’électricité consommée à la Réunion. Les 60% restants sont achetés aux centrales thermiques du Gol (25%) et de Bois Rouge.
Dr G. GERARD


