Revenir à la rubrique : Courrier des lecteurs

Plus jamais ça

Ecrit par zinfos974 – le mardi 18 juin 2013 à 17H58

Madagascar est piétinée par les puissances étrangères. Madagascar est piétinée par des politiciens malgaches sans foi ni loi. Madagascar est piétinée par des magistrats félons. Madagascar est piétinée par les militaires qui ont rendu cela possible et qui continuent de maintenir Andry Rajoelina au pouvoir. La terre des ancêtres est désacralisée (very hasina). La nation malgache est déshonorée (afa-baraka). Le peuple malgache est martyrisé.

CECI NE DOIT JAMAIS PLUS SE REPRODUIRE !

L’énumération des responsables de cette tragédie laisse déjà entrevoir que les méthodes utilisées dans le passé pour sortir Madagascar des situations difficiles ne sont plus de mise.
La preuve : cela fait plus de quatre ans que ça dure, et les élections libres, transparentes, équitables, qui devaient ramener à l’ordre constitutionnel sont de moins en moins envisageables. Quoi d’étonnant à cela ? A-t-on jamais vu des délinquants, ou pire, des criminels, mettre fin à leurs délits et crimes sans que « force reste à la loi » ? La seule force qui aurait pu mettre les militaires putschistes ainsi que leurs maîtres malgaches et étrangers hors d’état de poursuivre leur œuvre de destruction aurait été une autre force militaire légaliste et patriote. En l’absence d’une telle force organisée, aucune loi ne peut se faire respecter. Et encore moins des accords politiques.
Ainsi, faute d’avoir pu stopper les militaires putschistes, le droit international et les principes démocratiques n’ont pas pesé lourd face aux manoeuvres visant à chasser Marc Ravalomanana du pouvoir.
De même, l’application hautement sélective par Andry Rajoelina et consorts des dispositions de la Feuille de route s’explique uniquement par l’appui que leur apportent les militaires à leur solde et à celle de la France.
Il est toujours nécessaire pour le principe – et cela est important – de dénoncer ces manœuvres, mais nous devons savoir que cela ne sera jamais suffisant pour les faire cesser : il faudra trouver un moyen de neutraliser le bras armé des putschistes.
Sur le plan diplomatique, du fait de la trahison d’un certain nombre d’ambassadeurs sans scrupules, les légalistes n’ont pas été non plus en mesure d’opposer à la France une diplomatie efficace, alors que Paris a utilisé au maximum toutes les armes diplomatiques à sa disposition - ses réseaux au sein de l’Union Africaine, la COI, l’OIF- pour retarder les sanctions internationales, affaiblir leur mise en œuvre, et appuyer, jusqu’à une période très récente, la recherche d’une reconnaissance internationale par Andry Rajoelina.
Là encore, les conventions internationales et les principes démocratiques dont se gargarisent les Occidentaux, la France en tête, n’ont pas pesé lourd. Il nous faut ainsi admettre que la SADC n’a manifestement pas encore les moyens de protéger véritablement ses Etats membres des manœuvres d’une puissance comme la France. Il nous faudra donc trouver un autre moyen de nous en protéger.

IL SEMBLERAIT QUE LA FRANCE AIT MAINTENANT TROUVE UN POULAIN PLUS PRESENTABLE QU’ANDRY RAJOELINA.

Inspiratrice du putsch de 2009, coach efficace d’Andry Rajoelina quand cela l’arrangeait qu’il renie ses signatures de Maputo et d’Addis Abbeba, la France fait semblant de découvrir aujourd’hui que l’homme est un menteur et « le somme » de tenir sa promesse de ne pas se porter candidat aux présidentielles. Quelle farce !
Et avec une malhonnêteté qui ne prend même plus la peine de se cacher, Paris qui a pesé de tout son poids diplomatique pour que l’article 20 de la Feuille de route prévoyant le retour de tous les exilés, y compris Marc Ravalomanana, ne soit pas respecté, veut maintenant mettre dans le même sac la candidature de Lalao Ravalomanana et celle d’Andry Rajoelina. Alors que la candidature de ce dernier avait été déposée hors délai en plus d’être le fruit d’une trahison de sa parole, tandis que la citoyenne Lalao Ravalomanana avait été illégalement empêchée depuis plus d’un an de rentrer dans son pays, ce qui motive le non respect du temps de présence de six mois avant le dépôt de sa candidature.
Tout montre que la France persiste dans sa politique impérialiste et qu’elle reste déterminée à imposer son poulain à la tête de la Grande Ile. Il nous faudra bien alors trouver une parade à cette soif d’hégémonie.

MAIS POUR RESISTER AUX ATTAQUES EXTERIEURES, IL FAUDRA D’ABORD QUE MADAGASCAR GUERISSE DE SES MAUX INTERNES.

Il faudra la débarrasser de ce qui la mine et la livre, affaiblie, à la voracité des étrangers.
La débarrasser tout d’abord et impérativement des magistrats corrompus.
Il ne faudra reculer devant aucune mesure, y compris la plus extrême, pour nettoyer le corps des magistrats. Car la Justice doit être l’ultime protection, l’ultime recours du simple citoyen face à l’oppression, celui des entreprises face aux abus de l’administration, celui des institutions de l’Etat face aux coups de force. C’est une condition sine qua non de la guérison du pays et d’un nouveau départ.

La débarrasser aussi de ces « politiciens » qui prolifèrent pendant les périodes troubles.
Ces politiciens seraient incapables de bien gérer un Fokontany, mais leur appétit imbécile et dangereux pousse à briguer des responsabilités nationales au sein des différentes institutions de l’Etat. Une loi intelligente et sensée sur les partis politiques, leur fonctionnement et leur financement aiderait à leur élimination, l’arme la plus efficace pour leur élimination définitive étant la diffusion systématique et la plus large possible de leurs nombreuses casseroles. La société civile a un rôle important à jouer dans cette diffusion.

Il faudra enfin la débarrasser de la menace d’autres putschs.
Faire en sorte que les soldats ayant goûté à la mutinerie et à l’argent facile ne récidivent pas, quitte à prendre des mesures extrêmes, à la mesure du danger que représenterait un putsch pour le pays. Une telle menace devrait être traitée au même niveau de risque qu’une attaque par un ennemi extérieur, et sanctionnée par la peine capitale comme un acte de guerre envers la nation. Faire en sorte donc que les militaires soient empêchés de récidiver, mais aussi repenser la mission et l’organisation de l’armée.

TOUT CELA EST POSSIBLE. DIFFICILE MAIS POSSIBLE.

Il y faudra une volonté politique inébranlable de la part de ceux qui dirigeront le pays après les truands actuels.
Il faudra que ces dirigeants soient confortés dans leur démarche par le soutien du peuple, et plus particulièrement en ce qui concerne la prévention d’un putsch. Ce soutien du peuple devra s’exprimer directement, publiquement, chaque fois que nécessaire, même en dehors des consultations électorales. Mais cela suppose que le parti politique ambitionnant de diriger le pays dans ces conditions entreprenne une véritable révolution dans les pratiques hélas en vigueur à Madagascar depuis 1960 : il devra mettre en pratique une véritable démocratie interne par le biais d’une véritable décentralisation et d’une délégation de responsabilité au niveau des régions et des communes. La communication interne du parti devra se faire de façon continue du sommet vers la base mais aussi de la base vers le sommet. C’est l’unique moyen de former des militants convaincus en remplacement des mercenaires qui remplissent les locaux pendant les périodes électorales. Ces citoyens informés et engagés formeront une garde efficace contre toute atteinte aux intérêts de leur pays. Comme les Algériens qui luttaient pour leur libération, décrits par Frantz Fanon dans Les damnés de la terre, ils se sentiront « propriétaires » de leur sol et de leur sous-sol.

LES CONVOITISES SUSCITEES PAR LES RESSOURCES DONT MADAGASCAR REGORGE CONSTITUENT ET CONSTITUERONT UNE MENACE POUR SON INDEPENDANCE ET POUR SA POPULATION, COMME L’A MONTRE LE COUP D’ETAT DE 2009.

Ses conséquences néfastes sur la nation malgache, sur l’Etat malgache, sur la vie quotidienne du peuple malgache, sur le futur des jeunes générations, ainsi que le risque d’autres putschs dans le futur, exigent une politique nationale et un mode de gouvernement en rupture complète avec les pratiques depuis 1960.
Nous vivons dans un monde brutal. Les différentes puissances, celles qui dominent actuellement, les anciennes qui ne se consolent pas d’être relégués au rang de puissance secondaire, les nouvelles qui émergent, rivalisent d’avidité et ne nous feront pas de cadeau. Nous devons prendre acte de cette réalité.
Nous devons aussi prendre acte que la brutalité est aussi la nôtre : des Malgaches ont osé utiliser les armes de guerre importées de l’ex URSS par Ratsiraka, plus récemment de Belgique et du Royaume-Uni par Andry Rajoelina, contre d’autres Malgaches.
Aussi devons-nous avoir la lucidité et le courage de conclure de tout cela que nous devons nous adapter. Que notre manière d’être vis-à-vis des étrangers doit évoluer. Que notre vivre ensemble sera marqué à jamais par le trauma que nous subissons actuellement. Que notre Fihavanana doit en conséquence trouver de nouvelles formes d’expression qui excluront toute faiblesse envers les étrangers prédateurs, envers les magistrats corrompus, envers les politiciens héritiers de Rasanjy prêts à vendre leur pays, envers les militaires qui seraient tentés de porter atteinte à l’Etat.

RUPTURE DANS NOS MENTALITES. RUPTURE DANS NOTRE MODE DE FONCTIONNEMENT. RUPTURE DANS NOTRE MODE DE GOUVERNER.
Rupture dans nos mentalités, cela veut dire ne pas subir, mais comme Frantz Fanon nous y invite, vivre, décider, faire, écrire notre histoire. (Voir notre Lettre n°100 consacrée à Frantz Fanon)
Rupture dans notre mode de fonctionnement, cela veut dire prendre en compte toutes les réalités du monde tel qu’il est, et non tel que nous le supposons ou le rêvons.
Rupture dans notre mode de gouverner, cela veut dire redonner la parole au peuple pour libérer sa force et s’appuyer sur celle-ci. C’est la seule force qu’un pays comme le nôtre puisse opposer à l’impérialisme extérieur comme aux menaces intérieures, mais elle est une imbattable une fois mobilisée.
Ces ruptures ne se feront pas sans déchirement, sans opposition qu’il faudra vaincre, sans des décisions graves qu’il faudra prendre sans états d’âme pour le salut du pays.

Le prix à payer sera élevé pour ceux qui seront chargés de laver Madagascar de ses souillures et de veiller à sa guérison. Pour ce « nettoyage des écuries d’Augias », il faudra sacrifier des intérêts personnels, des amitiés, des liens familiaux, peut-être des vies.

Mais quel que soit le prix à payer, il ne sera pas trop élevé s’il préserve Madagascar de ce qu’on lui fait subir aujourd’hui !

Plus jamais ça !

Les Inconditionnels de Madagascar,
À l’Ile de la Réunion

 

Etiquettes :

Dans la même rubrique

0💬
Tri :