Tromelin mais point trop !

Il fallait le faire et ils l’ont fait ! Tout un chacun a pu contempler dans les gazettes bourbonnaises du 16 crt, une photo où l’on voit Monsieur le Ministre Fran-çais des Tropiques et de la Périphérie réunis, Victorin Lurel à l’état civil et au gouver-nement, déclamer un beau et vibrant discours devant une douzaines de pékins en grand blanc et une paire de cameramen de service, sur une île indocéanienne déserte appelée Tromelin dont l’appartenance à la France a toujours été, par ailleurs, con-testée par les riverains. Mais cela on ne doit pas le dire. Le caillou corallien ne figure pas non plus dans le Robert .Dans notre ordinateur non plus. Parce que Monsieur Robert et ses acolytes ignoraient que ce tas de coraux flotte sur du pétrole. Quand ils le sauront, l’entrée consacrée à Tromelin ne sera jamais trop tromelinée.
La Croisière Cause
Dans son panégyrique marin, sous le souffle vivifiant du grand large, debout sur son tapis magique de vingt-cinq mètres carrés-( Pourquoi un tapis ? Le corail était-il trop rude ?)- dressé sur les trois-quatre hectares de sable et de coraux en guise d’estrade, Monsieur le ministre a trompété de fort belles paroles aux quatre vents de l’océan et de la planète. Il a célébré le courage des esclaves malgaches abandonnés jadis sur ce talus corallien pour la prospérité de l’empire. On ne voit pas trop ce que cet éloge à de pauvres hommes que la nation que lui, Victorin, représente, avait jadis condamnés à vivre dans l’enfer d’un îlot invivable apporte à la solution de nos problèmes qui, il est vrai, ne sont que périphériques donc épiphénoménaux. Il est vrai qu’un discours sonore aux mânes des esclaves trépassés ne coûte rien si ce n’est que la dépense rondelette engagée pour cette croisière festive relevant de l’impérialisme obsolète du siècle dernier. Au moins vingt pour cent de ce que Cahuzac a planqué à Singapour. Le président pourrait toujours lui tendre la sébile pour couvrir les frais de l’épique expédition. Au fait, pourquoi ne pas offrir cette somme à la pauvre –(au sens étymologique)- «Walou*» Najat-Belkacem qui ne nage pas dans l’opulence avec seule-ment cent mille euros d’un patrimoine pas beurré sur tranche. –( Comment peut-on être ministre de La France en étant si pauvre ? Ou inversement)- Ces esclaves donc, ayant été sacrifiés pour la grandeur de l’empire et il est juste qu’un ministre un peu descendant d’affranchis et venu d’outre-océan, s’honore de réparer les horreurs du passé. Paris n’a pas d’argent pour assurer quelques emplois aux Réunionnais mais il en dispose à bonne proportion pour envoyer pérorer un missus domicus avec cortège, ban et arrière-ban, sur un tas de corail avec des crabes, des goélands et des frégates pour auditeurs bénévoles. Voilà du patrimoine fichu en l’air pour la gloire de personne et dont les crustacés et les volatiles du coin s’en moquent éperdument. Les mânes des malgaches y sacrifiés également. Nous aussi pareillement.
Pauvre Mais Impériale
Par ces temps de dette himalayenne incompressible, d’austérité et de restric-tions purgatives imposées aux six coins de l’hexagone et aux quatre points cardinaux de la planète-(pour nous atteindre)-, l’on peut toujours regretter ce gaspillage de pure com. internationale. Mais il ne le faut pas. Il était primordial que la France fît enten-dre aux voisins rapaces que le tacon de corail est sa propriété intangible et inaliéna-ble et qu’elle n’entend pas le partager et encore moins le céder. Cependant il y a com-me un hic. Paris n’a-t-il pas, depuis une décennie, envisagé de signer un accord de « gestion administrative et économique commune » avec la République Mauricienne, accord qui, la semaine dernière, a fait hurler le nationalisme colonial de Marine Le Pen ? Laquelle Marine-(qui n’est pas ultramarine et qui a dû souffrir de voir des mili-taires blancs se taper, sous le cagnard, le discours officiel d’un « minoritaire non eu-ropéen »)- n’a pas hésité à officialiser, il y a quelques semaines, son soutien au célèbre délinquant politique –(et peut-être financier…s’il détient un compte off-shore), Gaston Flosse, en proclamant sans état d’âme qu’il valait mieux une démocratie coloniale pourrie que l’indépendance des TOM du Pacifique. En somme, de l’extrême gauche à l’extrême droite, « l’insulomanie » de la France est une tare bien ancrée. Ici nous nous devons de sou-ligner en gras que les EUA, première superpuissance mondiale dans tous les domaines y compris dans celui des massacres de civils à la pelle, ne possède pas de Ministre d’outre-mer –(avec ou sans « s »)-ni même quelque chose comme « les Etats Unis D’ou-tre-mer » à comparer à la « France d’Outre-mer » de Hollande. C’est ce qui fait la diffé-rence entre une superpuissance et une puissance supérieure ! La nation étasunienne contrôle cependant une grosse poignée de confettis de par le monde, surtout dans le Pacifique. Mais on voit mal le Président Obama envoyer son Secrétaire d’Etat pérorer à Bikini ou à Eniwetok pour commémorer les faits d’armes de ses GI à Guadalcanal ou à Corregidor lors de la SGM. L’Africain Américain –(c’est ainsi qu’en France on désigne désormais un Black américain) sait que si le ridicule ne tue pas physiquement, il peut être moralement meurtrier. Au fait ! Tansyon dovan le fra ! Il faut être prudent car, sur le territoire de la République Française, on est passible de poursuites judiciaires et de sanctions pénales si on ose appelez un Noir réunionnais un « Africain français ». Il ne faut pas confondre Washington et Saint-Denis et un Black américain avec un Cafre péi. Et Victorin, il est quoi lui ?
Pour poursuivre notre propos, nous savons que la France ne cèdera pas Tro-melin aux Mauriciens-(qui ont bradé les Chagos aux British parce qu’on ne comptait pas de Malbars parmi les Chagossiens expulsés) comme elle ne cèdera jamais Clipper-ton au Mexique ! D’abord parce que cet îlot figure dans le Robert comme partie inté-grante de l’Empire même s’il est inhabité et pas plus grand que notre karo kann. En-suite à cause de ses millions de crabes rouges. Il n’y a aucune perspective de pétrole ou de nodules autour de ce récif de corail mais s’y attache une histoire tragique qui montre que seul l’homme peut atteindre un degré de cruauté que même les Lycaons d’Afrique ignorent. Un vapeur y ayant fait naufrage aux temps jadis, les rescapés se crurent sauvés en atterrissant sur cet atoll encore recouvert de guano. Mal leur en prit. L’un des hommes parmi les survivants, se servant d’une arme, élimina allè-grement ses compagnons d’infortune, sauf un dont il fit son esclave, puis se fit dictateur, enfin se constitua un harem avec les femmes et leurs filles rescapées qui s’y trouvaient. Elles tentèrent vainement d’éliminer leur bouc commissaire autoproclamé mais, comme toujours chez les femmes en matière de libération, elles échouèrent. C’est leur karma. Il leur a fallu attendre des années avant que les autorités impériales françaises ne se souviennent du naufrage et ne les délivrent enfin de leur bourreau sexuel. A partir de cette tragédie, on voit bien le Ministre Victorin Lurel y aller décla-mer son panégyrique l’adresse et en mémoire de ces pauvresses blanches avec pour auditoire toujours quelques pékins en grand blanc, des crabes rouges, des goélands bigarrés et des frégates noires. Et certainement quelques requins bleus qui infestent les côtes de l’îlot de toute éternité. Le tout financé par les amendes que Cahuzac ne manquera pas de payer au fisc français.
Le Couronnement d’Un Méritant
Le temps est venu de franciser le nom de Clipperton qui sonne mochement an-glo-saxon. Victorin n’est pas de la promotion Voltaire, mais Hollande, en récompense à ses services impériaux, devrait donner son nom à récif corallien. « Ile Victorine », voilà qui plairait à Marine ! En attendant le Président doit nommer son ministre croisiériste à la tête d’une mission d’éradication du Chlordécone, ce pesticide-fléau qui empoi-sonne un cinquième des terres et des rivages de la Guadeloupe pour sauver la babane et qu’il a allègrement ignoré quand il était président de la Chambre d’Agriculture de ce bled. Il y en a pour dix générations. A 8.500 euros indexés par mois….
Mes Yeux Dans tes Yeux
Conclusion périphérique: Cahuzac a menti à la France les yeux dans les yeux. Il a dut rendre son tablier. Et le Président de la France, n’a-t-il pas publiquement menti à cette même France quand il lui a fait, les « yeux dans les yeux, la bouche en cœur et le verbe gaullien » des promesses qu’il savait ne pas pouvoir tenir au cours de son quinquennat ? Y a plus de moral, mon bon Monsieur ! Allé, rann nout larzan, don !
Joseph J. A. Varondin
* Walou : en arabe maghrébin signifie « rien ».


