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Pour l'avocat de la Sfer : "EDF a une responsabilité énorme dans ce dossier"

Il est arrivé tardivement dans ce dossier, à la mi-octobre. Dépêché par Bruno Cohen, le patron de la Sfer, alors en plein tourmente médiatique et commerciale, l'avocat Julien Turczynski s'exprime pour la première fois sur cette affaire. C'est lui qui a conseillé à la Sfer de demander une procédure de sauvegarde. Depuis la métropole, il fait le point sur les nombreuses affaires qui ont mis la société spécialisée dans l'installation de centrales photovoltaïques dans la tourmente. Pour l'avocat, ce qui compte, c'est "l'avenir de de l'entreprise".
Ecrit par zinfos974 – le vendredi 30 novembre 2012 à 10H08

Zinfos : Deux informations judiciaires ont été ouvertes par le parquet, pouvez-vous faire un point là dessus ?

Julien Turczynski : Une plainte contre X a été déposée par une trentaine d'exploitants de centrales photovoltaïques, qui est actuellement en cours d'examen. Mais à ce jour, il  n'y a rien de retenu contre Monsieur Cohen et la Sfer. Une autre information judiciaire a été ouverte et concerne la TVA. L'enquête a été confiée à une brigade métropolitaine et il s'agit d'un débat très technique. Il y a un contentieux en cours avec l'administration fiscale. La Sfer a reversé la TVA au fur et à mesure de ses encaissements. Le débat porte sur le fait de savoir si la TVA doit être remboursée sur l'encaissement, soit le remboursement du crédit vendeur des exploitants, ou sur l'intégralité de la facture (depuis l'achat de matériel).

Votre client a-t-il été entendu ou convoqué ? Dans quel état d'esprit se trouve Bruno Cohen ?

Non, il n'a pas été entendu, ni convoqué. C'est un battant. Il ne se laisse pas démonter et se concentre sur son objectif de sauver son entreprise. Car l'objectif est là : il faut sortir la Sfer de l'ornière. Avec les administrateurs judiciaires, nous allons renégocier notre passif. Nous allons installer un maximum de centrales le temps que durera la procédure de sauvegarde afin de retrouver la confiance de nos clients. Et la Sfer s'oriente vers le développement de nouvelles activités. On ne veut plus faire de défiscalisation. La Sfer va développer des activités dans l'éclairage public et industriel, qui constitue déjà 30% de son marché actuel. On estime qu'il sera majoritaire d'ici six mois.

Pourquoi cette stratégie ?

La loi sur sur la défiscalisation Girardin Industriel a été rabotée au maximum. Il n'y a donc plus beaucoup d'avenir dans la défiscalisation de particuliers. Le marché n'est pas très porteur. D'autre part, la plupart des bâtiments industriels devront à l'avenir être autonomes en énergie. Là il s'agit d'un secteur porteur.

Des plaintes ont été déposées par les exploitants, regroupée sous l'association de Pascal Puchalski, la Cipres ? Le groupe Sfer peut-il être inquiété ?

La motivation de cette association et de celui qui est à sa tête est pitoyable. C'est n'importe quoi ! D'ailleurs, leur plainte ne repose que sur des non-dits. Tout cela tend à essayer de démontrer que Monsieur Cohen est un personnage peu recommandable. Mais en tant qu'avocat, je ne suis pas inquiet. C'est un épiphénomène qui ne donnera rien. La Sfer est le plus gros créancier des exploitants. Ils ont tout intérêt à ce que la Sfer se porte bien. Les exploitants qui ont porté plainte sont des gens manipulés par des organisations parasitaires. Il paye ses avocats comment Monsieur Puchalski ?

Il faut remettre l'entreprise sur les rails, permettre aux exploitants d'exploiter leur centrale. Si la Sfer continue, ils vont être protégés car leur crédit vendeur avantageux continuera. La disparition de la Sfer serait catastrophique pour les exploitants et pour tout le monde. Les expoitants se retrouveraient endettés et sans revenus. Et qui s'occuperait de la maintenance, des assurances, qui va négocier le tarif de l'électricité avec EDF ?

Mais certains exploitants disent qu'ils risquent de perdre leur maison, qu'ils doivent de l'argent au RSI...

Il faut savoir que les exploitants n'ont jamais payé un demi centime à la Sfer. Ils ont un crédit vendeur qui s'étale de 20 à 25 ans et qui est très avantageux. Un contrat qui leur permet de revendre de l'électricité et de toucher 15 à 20% du prix racheté. Le RSI, ils le payent comme tout travailleur indépendant et il ne s'agit pas de fortes sommes. Mais en échange, ils touchent de l'argent. Par ailleurs, Bruno Cohen a déjà pris l'engagement de ne pas saisir les maisons de ces gens là si cela tournait mal. Les gens qui affirment cela ont une méconnaissance des contrats. Monsieur Puchalski fait les poubelles ! Son objectif n'est pas neutre ! Les exploitants sont dans une situation embêtante car ils ne pensaient pas payer le RSI. Mais ils le paient au minimum.

Le cabinet Diane accuse la Sfer d'avoir fait circuler de faux documents (PV de livraison, production de factures et date de mise en raccordement). Qu'en pensez-vous ?

On est dans la quatrième dimension ! Il s'agit d'un problème lié à la date de livraison. Pour bénéficier de la défiscalisation, le matériel doit être livré et branché avant le 31 décembre. Certains branchements n'ont pas été faits. Ce n'est pas la faute de la Sfer mais d'EDF, qui a eu jusqu'à huit mois de retard pour certains clients. Encore une fois, si j'étais inquiet au niveau pénal je n'aurai pas obtenu la sauvegarde de l'entreprise. Si les juges avaient eu un doute, ils ne nous auraient pas accordé cette procédure. Vous verrez bien le résultat dans quelques mois !

La guerre entre Monsieur Cohen et le cabinet Diane, qui n'est d'ailleurs qu'une officine de fond de cour, n'a aucune importance. Tout ceci n'est que gesticulations. Dans ce dossier il n'y a pas que des gentils d'une part et des méchants de l'autre. Ils régleront leurs comptes le moment venu mais pour le moment, j'ai demandé à Monsieur Cohen de ne plus intervenir à ce sujet. Ce qui compte, c'est l'avenir de l'entreprise.

Monsieur Cohen a également lui aussi réglé ses comptes avec le cabinet Diane et Monsieur Puchalski...

Monsieur Cohen est un être humain comme les autres. Et il n'était pas conseillé du tout. La victimisation de la part de Diane et de sa part à lui ne sert à rien. Monsieur Cohen n'était pas entouré de manière extraordinaire...

 

La Sfer a été placée en procédure de sauvegarde. Où en est-on ?

Pendant la période de sauvegarde, les dettes sont gelées. Il y a une période d'observation qui est accordée à l'entreprise pendant laquelle la société doit démontrer au juge sa capacité à se redresser. Le tribunal a nommé deux administrateurs judiciaires, qui vont nous acompagner dans les négociations avec les administrations fiscales et avec EDF. Nous avons un actif de 120 millions d'euros de créances de clients, étalées sur une longue durée, nous avons 25 millions de stocks et nous avons un passif de 80 millions d'euros. Nous avons un passif inférieur à notre actif. Mais il faut augmenter notre actif.

Et il faudra bien qu'un jour les administrateurs judiciaires mettent les SNC, les exploitants et la Sfer en face. Il faut que ça se finisse par un accord. Je suis persuadé qu'on trouvera un accord avec tout le monde. La réalité économique rattrape tout le monde. Il faut calmer le jeu.

Bruno Cohen avait évoqué une renégociation avec EDF sur le rachat du tarif d'électricité. Est-ce toujours d'actualité ?

La Sfer est en pourparlers avec EDF pour obtenir un tarif décent d'électricité. Les administrateurs judiciaires et nous mêmes allons essayer d'obtenir des avantages. Nous savons qu'EDF a une responsabilité énorme dans ce dossier. La renégociation doit être profitable à la Sfer, aux exploitants et aux SNC. Cette négociation dépend de la valeur de nos contrats. On ne fait pas dans la mendicité. C'est parce que nous avons analysé les contrats que nous savons les fautes qu'a commise EDF. Tout cela est préparé très minutieusement.

A vous écouter, on a l'impression que le plus dur est passé pour la Sfer...

Non, le plus dur reste à venir. Il faut que l'entreprise obtienne à nouveau la confiance de ses clients. La Sfer a été démolie d'un point de vue marketing. Nous avons une totale confiance envers les administrateurs judiciaires avec lesquels nous sommes en contact permanent. Il faut réussir notre pari. Remonter la pente d'un point de vue commercial, retrouver la confiance des fournisseurs de centrales photovoltaïques, retrouver la confiance des partenaires économiques. C'est ça le plus dur. Nous avons un point d'étape du plan de sauvegarde le 9 janvier 2013, à 14h. Il s'agit pour la Sfer d'un rendez-vous très important que nous préparons, mon cabinet et les administrateurs judiciaires.

Une confiance renouvelée passe-t-elle par la quête de nouveaux partenaires ?

Si à terme notre passif est restructuré et que les créances sont valorisées, des partenaires financiers comme les "capital risques" peuvent intervenir dans ce type de société. Car ce qui a fait mal à la Sfer, c'est d'abord la fin de la défiscalisation et les incompétences des uns et des autres.

 

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