Aéroport Roland Garros : Thomas Dubus démissionne quatre mois après la révélation de soupçons de conflit d’intérêts

Vendredi, Thomas Dubus a annoncé sa démission de ses fonctions de président du directoire de l’aéroport Roland Garros. Son départ, effectif ce jour à 18 heures, intervient quatre mois après les révélations de Zinfos974 sur des soupçons de conflit d’intérêts à l’occasion du renouvellement du marché de sûreté d’un montant de 88 millions d’euros.
Thomas Dubus ne sera pas resté bien longtemps à la tête de l’aéroport Roland Garros. Malgré 25 années d’expérience dans le secteur aéroportuaire — notamment à la présidence du directoire de l’aéroport de Strasbourg, à la direction des opérations de Paris-Orly et à la direction d’exploitation de Paris-Beauvais —, le successeur de Guillaume Branlat à La Réunion fait déjà ses valises. Vendredi, il a annoncé son départ aux 300 membres du personnel de l’aéroport qui gèrent un flux annuel de 1,4 million de passagers.
Une information que le conseil de surveillance de l’aéroport a formalisé au moyen d’un communiqué interne, précisant que Thomas Dubus avait « présenté sa démission, avec effet ce lundi 7 septembre en fin de journée ». Une réunion devrait avoir lieu dès mardi pour mettre en place « une organisation transitoire pour assurer la continuité de la gouvernance », est-il précisé. A ce propos, le conseil de surveillance est confiant puisque, dit-il, « notre entreprise dispose de fondamentaux solides, d’équipes engagées et de toutes les compétences nécessaires pour poursuivre sereinement ses missions au service de ses passagers et du territoire de La Réunion ».
Un marché de sûreté à 88 millions d’euros
Tout le monde le sait en interne. La démission de Thomas Dubus, un an seulement après son arrivée à la présidence du directoire de l’aéroport Roland Garros, ne doit rien au hasard. Elle intervient quatre mois seulement après les révélations de Zinfos974 quant à des soupçons de conflit d’intérêts liés à l’appel d’offres concernant le renouvellement du marché de sûreté de l’aéroport pour un montant total de 88 millions d’euros sur huit ans. Une sérieuse épine dans le pied pour celui qui avait pris la tête de cette société anonyme détenue à 60 % par l’État, le 1er septembre 2025.
Sur les huit candidats qui avaient répondu présents à cet appel d’offres comprenant quatre lots, tous avaient passé avec succès l’étape de pré-sélection qui comportait une visite sur site pour prendre la mesure de l’ampleur de la tâche mais aussi pour en apprécier les contraintes au plan technique. Il ne restait plus qu’à apporter la touche finale au cahier des charges techniques (CDCT) dans l’élaboration duquel le président du directoire s’était beaucoup investi personnellement.
Soupçons de conflit d’intérêts
C’est à ce stade qu’un problème de taille avait été mis au jour. Il s’est avéré que, parmi les trois candidats de dimension nationale qui ont pris part à la phase de sélection, figurait la société Wo Group, créée en mars 2025 et dirigée par l’ex-direction managériale de Securitas Aviation. Or, il se trouve que la compagne de Thomas Dubus, promue responsable adjointe Sûreté et Sécurité Publique à l’aéroport Paris-Beauvais quand il en était lui-même le directeur d’exploitation, avait assuré la visite sur site lors de la phase de pré-sélection pour le compte de Wo Group.

Confronté en interne à une sérieuse mise en garde, Thomas Dubus avait annoncé son retrait de la procédure d’appel d’offres. Une mesure jugée un peu light par sa garde rapprochée qui penchait pour un retrait pur et simple de la candidature de la société employant sa compagne. L’affaire avait donné lieu à des discussions animées sans que Thomas Dubus n’infléchisse sa position.
La société représentée par sa compagne se retire…
Sollicité en avril dernier par Zinfos974, Thomas Dubus ne voyait « pas du tout » de quoi il s’agissait dans un premier temps. Visiblement embarrassé, il indiquait finalement « ne pas vouloir communiquer là-dessus » avant d’ajouter : « Dès lors que la décision sera rendue, les candidats pourront la contester s’ils estiment qu’il y a ce genre de conflit. » Finalement, la société Wo Group avait retiré sa candidature peu de jours après la parution de l’article de Zinfos974.
Quant au marché de sûreté à 88 millions d’euros sur huit ans, il est toujours en cours de traitement… En attendant, les sociétés RAS et OSR, attributaires des précédents lots, ont obtenu une rallonge de quelques mois. Le temps pour la direction de l’aéroport d’achever une procédure d’appel d’offres devenue délicate à traiter.


