Édouard Philippe face à Zinfos974 : "Je ne suis pas en compétition pour être élu père Noël, mais pour être élu président de la République"

En déplacement à La Réunion, Édouard Philippe a accordé une interview à Zinfos974. Présidentielle, vie chère, octroi de mer, narcotrafic, contrats aidés ou mobilité des jeunes : l’ancien Premier ministre expose sa vision pour la France et revient sur les principaux défis auxquels l’île est confrontée.
Édouard Philippe ne compte pas multiplier les promesses pour séduire les électeurs. Interrogé par Zinfos974 à l'issue de son déplacement à La Réunion, le maire du Havre assume une ligne qu’il présente comme exigeante, quitte à déplaire.
« Je ne suis pas en compétition pour être élu père Noël. Je suis en compétition pour être élu président de la République. Donc, je dis ce que je crois bon pour le pays, même quand c’est difficile, même quand ça n’est pas agréable », affirme-t-il.
Sans chercher, selon lui, à se démarquer artificiellement des autres prétendants, l’ancien Premier ministre revendique une candidature fondée sur sa personnalité et ses convictions. « J’essaie d’être moi-même, de dire aux Françaises et aux Français ce que je propose pour notre pays », explique-t-il, évoquant son ambition de construire une France « plus grande, plus belle, plus libre, plus juste, plus solidaire, plus puissante ».
Il souligne également avoir été le premier candidat déclaré à se rendre à La Réunion : « Ça compte. »
Une réponse directe à Huguette Bello
Au micro de Zinfos974, Édouard Philippe répond également aux critiques formulées par Huguette Bello sur son bilan à Matignon. Il rappelle notamment la recentralisation du financement du RSA à La Réunion et les travaux engagés sur l’octroi de mer.
Lire aussi : Édouard Philippe à La Réunion : le PLR rappelle son bilan à Matignon
« Je ne dis pas que tout a été fait et je ne dis certainement pas que tout a été bien fait », reconnaît-il. L’ancien Premier ministre met toutefois en avant l’organisation du premier référendum d’autodétermination en Nouvelle-Calédonie, qui s’est déroulé, selon lui, dans des conditions « exceptionnelles ».
Il renvoie ensuite la présidente de Région à son soutien à Jean-Luc Mélenchon. Selon lui, le projet porté par le leader de La France insoumise conduirait le pays à une impasse « financière, économique et internationale ».
« Chacun assume ce qu’il est, et c’est ça qui organise la campagne électorale », résume-t-il.
La congestion routière et la vie chère en points noirs
Pour sa deuxième visite dans l’île, Édouard Philippe dit avoir été une nouvelle fois marqué par la beauté de La Réunion et par son vivre-ensemble, qu’il juge « unique en France ».
Son constat comporte aussi un versant beaucoup plus critique. Il pointe notamment la congestion routière, décrite comme un « coma circulatoire », ainsi que la vie chère.
« Je ne crois pas qu’il y ait une mesure qui fasse baisser les prix à elle seule. Sinon, probablement, elle aurait déjà été prise », estime-t-il.
Il avance plusieurs pistes, comme renforcer la concurrence, développer la production locale, notamment agricole, améliorer la transparence sur les prix et les marges, mais aussi réformer l’octroi de mer.
Édouard Philippe souhaite que le produit de cette fiscalité continue de revenir « totalement et exclusivement » aux collectivités réunionnaises afin de financer le développement du territoire.
Davantage de moyens contre le narcotrafic
Le développement du trafic de stupéfiants constitue un autre sujet d’inquiétude. Après avoir accompagné une patrouille de la BAC territoriale à Saint-Denis, l’ancien Premier ministre affirme avoir mesuré l’évolution du phénomène.
« Il y a deux ans, on en parlait beaucoup moins. Aujourd’hui, on sent bien que le développement du trafic est très fort », observe-t-il.
Édouard Philippe réclame des sanctions plus sévères contre les vendeurs et les trafiquants, ainsi que davantage de moyens pour les forces de l’ordre. Il propose notamment de renforcer les capacités de contrôle au Grand Port maritime grâce à des équipements plus performants pour inspecter les conteneurs.
Il estime par ailleurs que « l’élément le plus faible de la chaîne sécuritaire aujourd’hui, c’est la justice ». À la répression doit cependant s’ajouter, selon lui, un important travail de prévention. Il salue à ce titre les initiatives réunionnaises destinées à sensibiliser la population aux conséquences de la consommation de stupéfiants.
Une position assumée sur les contrats aidés
Sur l’emploi, Édouard Philippe défend également la diminution du nombre de contrats aidés décidée lorsqu’il était à Matignon. Une mesure impopulaire qu’il continue de juger nécessaire.
« Avec les contrats aidés, il faut vraiment faire attention à ne pas tomber dans une forme d’organisation de la précarité et de la sous-employabilité », prévient-il.
S’il reconnaît les efforts demandés aux communes réunionnaises, il considère préférable de favoriser le retour vers un emploi durable plutôt que de maintenir des dispositifs susceptibles, selon lui, de priver leurs bénéficiaires de perspectives professionnelles.
« Il ne faut pas partir parce que c’est la seule issue »
L’ancien Premier ministre aborde enfin la mobilité des Réunionnais. Il ne remet pas en cause l’intérêt d’une expérience en dehors de l’île, mais refuse que le départ soit présenté comme la seule voie possible pour réussir.
« Les voyages forment la jeunesse et partir, ça n’est jamais mauvais. Mais il ne faut pas partir parce que c’est la seule issue », souligne-t-il.
Édouard Philippe insiste aussi sur la nécessité de permettre le retour des Réunionnais ayant étudié ou travaillé ailleurs.
« Il y a beaucoup de Réunionnais qui ont bien réussi, qui aimeraient pouvoir rentrer et qui ont parfois du mal à le faire. Il faut améliorer les deux parties de l’équation », affirme-t-il.
À ceux qui doutent qu’une élection présidentielle puisse se gagner avec un discours exigeant, il répond en revendiquant sa conception de la politique : « Je pense ce que je dis, je dis ce que je pense. Et l’intérêt d’une compétition électorale, c’est qu’à la fin, les Français tranchent. »


