Sainte-Suzanne : Sarah Assama ne sera pas remplacée au poste de première adjointe... "Le respect aurait dû se faire avant", rétorque l'élue

Le conseil municipal de Sainte-Suzanne devra se prononcer mercredi sur le maintien ou non de Sarah Assama dans ses fonctions d'adjointe. En cas de non-maintien, son poste ne sera pas pourvu jusqu'à la fin du mandat annonce la majorité. Une "marque de respect", selon le cabinet du maire, à laquelle l'intéressée répond que "le respect aurait dû se faire avant".
Tout est parti du conseil municipal du 15 juillet. Ce soir-là, au terme de longs débats autour de la nouvelle répartition des subventions aux associations, Sarah Assama avait choisi de s'abstenir, se démarquant du reste de la majorité. Une décision que la première adjointe avait ensuite présentée dans une tribune comme un vote personnel, motivé notamment par la volonté de prévenir "toute situation de conflit d'intérêts, réelle ou apparente".
Interrogée en amont, l'élue avait pointé un problème de "méthode" quant aux arbitrages réalisés concernant l'enveloppe allouée aux associations, sans remettre en cause sa "fidélité" envers le maire et sa majorité.
Quelques semaines plus tard, le groupe majoritaire décidait d'en "tirer les conséquences". Par arrêté du 3 août, le maire Alexandre Laï-Kane-Cheong a retiré, pour rappel, à Sarah Assama ses délégations en qualité de première adjointe. La majorité avait alors assuré que cette décision ne constituait pas une "sanction", évoquant notamment les difficultés que pourrait poser l'activité d'infirmière libérale de l'élue lors de certaines décisions municipales.
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Dans le même temps, le groupe lui redisait son "entière confiance".

Une autre rupture au CCAS
Entre-temps, les relations se sont également tendues au Centre communal d'action sociale (CCAS) où Sarah Assama a démissionné de son poste de première vice-présidente.
Dans un communiqué diffusé à l'issue du conseil d'administration du CCAS, la majorité avait fait part de sa "stupeur" face à cette décision. Elle rappelait que lors de la réunion du groupe majoritaire du 23 juillet, le maire et les élus avaient choisi de distinguer "les différentes instances et de renouveler leur confiance" à Sarah Assama en tant que vice-présidente du CCAS, sans remettre en cause son mandat ni, selon eux, "sa volonté d'œuvrer pour l'action sociale" des habitants.
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La majorité s'interrogeait alors ouvertement sur ce départ, évoquant un possible "rétropédalage en matière d'engagement affirmé" ou sur des "décisions personnelles faites par conviction". Elle pointait également l'absence de Sarah Assama lors de ce conseil d'administration et, plus largement, ce qu'elle qualifiait "d'énième absence aux instances de travail et instances délibérantes".
Une lecture que ne partage pas l'intéressée. Sarah Assama assure de son côté n'avoir jamais reçu les délégations qui devaient accompagner ses fonctions de première vice-présidente du CCAS : "Je n'ai jamais eu de délégation de signature et je n'étais pas associée aux décisions, ce n'était qu'un titre".
Un vote à main levée mercredi
L'affaire va désormais connaître une sorte d'épilogue institutionnel mercredi prochain lors du conseil municipal. Le premier rapport porte précisément sur le "maintien ou non du premier adjoint dans ses fonctions". Après le retrait de ses délégations, le Code général des collectivités territoriales impose en effet au conseil de se prononcer sur le maintien de Sarah Assama dans ses fonctions d'adjointe sans délégation.
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Le vote aura lieu à main levée, à moins qu'un tiers des membres du conseil municipal ne fasse la demande d'un scrutin secret. Ce qui nécessiterait que des membres de la majorité rejoignent ceux de l'opposition (le conseil compte 39 membres dont 26 pour le groupe majoritaire).
Une chose est sûre : en cas de non-maintien, le poste occupé jusqu'ici par Sarah Assama deviendra vacant.

Pas de premier adjoint jusqu'à la fin du mandat
Contrairement à ce qui avait été annoncé dans un premier temps, la majorité ne compte pas élire un nouveau premier adjoint.
Le rapport soumis aux élus propose explicitement de "ne pas pourvoir au remplacement du poste ainsi devenu vacant". Le nombre d'adjoints au maire passerait ainsi de dix à neuf, sans qu'un autre élu ne récupère le titre de premier adjoint.
Et selon le cabinet du maire, cette situation n'aurait pas vocation à être provisoire : la majorité entend aller jusqu'au terme du mandat sans premier adjoint.
Une "marque de respect", selon le cabinet
Un choix pour le moins inhabituel, alors que le scénario initial était beaucoup plus classique. "On s'était orienté vers la solution qui semblait la plus classique et ce à quoi on s'attendait tous", reconnaît Louis Laï-Kane-Cheong, directeur de cabinet du maire. Autrement dit : procéder à l'élection d'un successeur.
Mais après discussion, c'est le groupe majoritaire qui aurait fait le choix de ne pas aller dans cette direction. Sarah Assama n'était pas présente lors de cette réunion, mais avait été invitée, précise le directeur de cabinet.
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Pour Louis Laï-Kane-Cheong, laisser vacant le poste constitue une "marque de respect" envers Sarah Assama et une façon de lui redire sa "confiance". Il évoque même l'image d'un "deuil" pour expliquer cette décision : plutôt que de remplacer immédiatement celle qui occupait la fonction depuis le début du mandat, la majorité préfère laisser son siège vacant.
Une décision qui constituerait, selon lui, une preuve supplémentaire que le retrait de ses fonctions n'est pas une "sanction".
Une possibilité permise par le Code général des collectivités territoriales, qui prévoit qu'en cas de vacance d'un poste d'adjoint, le conseil municipal peut procéder à la désignation d'un nouvel adjoint, mais il n'impose pas systématiquement de remplacer l'adjoint dont le poste est devenu vacant.
"Le respect aurait dû se faire avant"
Interrogée sur le choix de ne pas nommer de nouveau premier adjoint, Sarah Assama se montre peu sensible au symbole avancé par la majorité. "Ça ne me fait ni chaud ni froid. C'est le respect de la population qui m'importe. Je n'ai pas besoin d'un titre, je marche la tête haute dans Sainte-Suzanne", réagit l'élue.
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Quant à la "marque de respect" mise en avant par le cabinet du maire pour justifier le maintien vacant du poste, Sarah Assama laisse entendre que le mal est déjà fait. "Le respect aurait dû se faire avant, en apprenant dès le 22 juillet par les médias qu'on me retire mes fonctions de première adjointe alors que le groupe majoritaire s'est réuni le 23 juillet… Le maire annonce qu'il me destitue pour me protéger, mais fait dans le même temps une vidéo pour me recadrer."

La bataille se déplace sur les indemnités
L'indemnité jusqu'ici attachée aux fonctions de première adjointe (950 euros) ne disparaîtrait pas pour autant : l'enveloppe correspondante sera répartie entre les 15 conseillers municipaux délégués, comme le prévoit le rapport soumis mercredi aux élus.
Sarah Assama demande que le vote sur son maintien dans ses fonctions soit dissocié de celui concernant cette nouvelle répartition des indemnités. Une demande également formulée par Daniel Alamélou.
Dans un courrier adressé au maire, le conseiller municipal d'opposition demande que le rapport soit scindé en "deux délibérations distinctes" : d'un côté, le retrait de la qualité de première adjointe et, de l'autre, "l'augmentation des indemnités des conseillers municipaux de la majorité".
Daniel Alamélou fait valoir que le rapport de nomination des adjoints concerne l'élection ou la désignation politique des élus ainsi que l'attribution de leurs fonctions, tandis que le rapport sur les indemnités détermine le budget et les taux financiers alloués à ces charges dans le cadre d'une enveloppe globale. Deux choses distinctes selon lui nécessitant deux votes.
Sarah Assama voit dans cette redistribution de l'enveloppe indemnitaire une façon de « flatter » les élus de la majorité et, en creux, de conforter leur vote... Elle rappelle qu'une première hausse des indemnités avait déjà été votée en avril et affirme s'y être opposée : "Il y a déjà eu une hausse des indemnités votée en avril contre laquelle j'étais opposée, raison de mon absence."
Reste une première étape : les élus devront d'abord trancher le sort de Sarah Assama au sein de l'exécutif municipal. Mais en cas de non-maintien, son écharpe, elle, ne changera pas d'épaules.
Un nouveau "test" pour la majorité.


