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"Je n’avais pas la bonne manière de changer les couches" : un jeune couple de Saint-Paulois jugé pour de multiples fractures sur un nourrisson

Ecrit par Gignoux Sébastien – le mercredi 27 mai 2026 à 11H39

Parents d’un nourrisson présentant trois fractures à l'âge de seulement trois mois, un couple de Saint-Paulois était jugé pour violences aggravées sur mineur. Les deux jeunes nient les faits et plaident la maladresse.

Avec leur visage juvénile, leurs cheveux longs et leurs piercings, les deux prévenus d'une petite vingtaine d'années ont tout l’air de deux lycéens un peu perdus dans la salle d'audience. Convoqués devant le tribunal correctionnel de Saint-Denis mardi 26 mai, ils doivent pourtant, en tant que père et mère de famille, répondre de faits de violences aggravées sur leur deuxième enfant, un nourrisson âgé d’à peine trois mois à l’époque.

Crâne, tibia et côtes fracturés

L’affaire débute avec un signalement du centre hospitalier Ouest Réunion (CHOR) le 25 janvier 2024, après le deuxième passage aux urgences d’un bébé d’à peine trois mois. La première fois, en tout début d’année, son père avait amené la petite fille avec une fracture du crâne. La deuxième, le 19 janvier, le nourrisson présente une importante fracture du tibia. A cette occasion, les médecins découvrent une fracture ancienne au niveau d’une côte, remontant vraisemblablement aux toutes premières semaines de vie de l’enfant né fin novembre.

"Tombée du lit"

Pour la fracture du crâne, le père, qui était seul présent dans la chambre cette nuit-là, explique qu’il s’est « endormi dans le lit avec le bébé » et que celui-ci est « tombé ». Pour les autres blessures, la mère va d’abord nier toute violence, ne s’expliquant pas comment ces fractures ont pu se produire.

Au bout de plusieurs mois, un médecin expert émet des doutes sur les explications des parents, évoquant notamment pour le tibia « un violent mouvement de torsion. » L'ITT du nourrisson est fixée à 100 jours.

Devant le tribunal, évoquant « les premiers mois de vie horribles » du bébé, les deux jeunes parents plaident toujours la maladresse.  « Je n’ai jamais levé la main sur mon enfant » dit le père, 25 ans. « Peut-être que je n’avais pas la bonne manière de changer les couches et que j’avais des gestes brusques », avance la mère, 22 ans, détaillant un contexte familial perturbé à l’époque sur fond d’alcool et de dépression. « Vous savez, à cet âge-là le squelette d’un nourrisson est très élastique, il faut y aller fort pour briser des os », observe une assesseure.

"Vérité trop dure à dire"

Les explications des prévenus ont du mal à convaincre également l’avocate de l’ARAJUFA, l’association qui se porte partie civile pour l’enfant. « Peut-être que la vérité est trop dure à dire. On aurait pu vous accorder le bénéfice du doute si c’était votre premier enfant, mais c’est déjà la deuxième petite fille. Il y a beaucoup de parents qui ont une vie difficile mais qui ne sont pas pour autant violents avec leurs enfants », souligne Me Diane Marchau, demandant de nouvelles expertises pour connaître les conséquences à long terme sur la santé du bébé, placé en famille d'accueil.

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Pour la procureure, « le fait d’aimer ses enfants ne suffit pas toujours à empêcher les violences : la charge mentale, la fatigue, les pleurs. Là, on a des lésions très graves, qui ne correspondent pas aux explications des parents qui ont d’ailleurs tardé avant de consulter. C’était des gestes agressifs et violents. » Des peines mixtes de 18 et 12 mois de prison dont six mois avec sursis probatoire sont requises, ainsi que le retrait de l’autorité parentale.

"Le dossier de l'immaturité"

Pointant certaines lacunes du dossier, Me Fabian Gorce plaide la relaxe de ses clients, ou à tout le moins une requalification des faits en blessures involontaires. « C’est surtout le dossier de l’immaturité. Elle a eu son premier enfant à 17 ans, le 2e à 19 alors qu’ils sont en couple depuis l’âge de 15 ans » note l’avocat, rappelant qu’à l’époque, « toute la petite famille vivait à quatre dans une chambre. » Pour trancher dans ce dossier complexe, le tribunal a mis sa décision en délibéré au 30 juin prochain.

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