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De la polémique à l’Élysée : le retour très français de Mémona Hintermann-Afféjee

Ecrit par Lény-Huayna Tible – le jeudi 21 mai 2026 à 17H32
Photo d'archives

Après la polémique née de ses propos sur CNews, Mémona Hintermann-Afféjee réapparaît au cœur d’une cérémonie hautement symbolique autour de la mémoire de l’esclavage. Invitée par Emmanuel Macron pour les 25 ans de la loi Taubira, jeudi 21 mai, l’ancienne journaliste réunionnaise rappelle malgré elle combien les figures ultramarines françaises restent complexes, politiques… et impossibles à enfermer dans une seule case.

Les ironies politiques ressemblent (très) souvent à des scénarios écrits un peu trop finement. Début avril, Mémona Hintermann-Afféjee se retrouvait au cœur d’une vive polémique après son passage sur CNews début avril autour de l’affaire Bally Bagayoko, nouveau maire LFI de Saint-Denis en Seine-Saint-Denis.

"Des nièces très, très, très noires et des neveux très, très, très blancs"

Venue défendre la chaîne à l’antenne, elle a rejeté toute lecture raciste des propos initiaux, s’appuyant sur son histoire personnelle. "Moi, je n'ai aucun problème, de ma famille, j'ai toute la galaxie des couleurs, vraiment, des nièces très, très, très noires et des neveux très, très, très blancs, forcément c'est notre histoire commune à La Réunion", a-t-elle déclaré.

Avant de poursuivre en évoquant son regard sur l’évolution du pays : "Donc j'ai l'image de la France, il y a 50 ans (…) mais cette France-là, mais qu'est-ce que vous en avez fait ?"

Refusant toute accusation, la journaliste a ensuite lancé : "On va me dire que je suis raciste ? Mais venez ! Venez me dire que je suis raciste !" avant d’ajouter une phrase qui a particulièrement fait réagir : "Si on ne peut pas aujourd'hui évoquer l'homo sapiens à propos d'une personne noire, mais on est devenu dingue, ça veut dire que c'est interdit !"

Lire aussi : "Créole jusqu’au bout des ongles" : comment Mémona Hintermann-Afféjee tente de déplacer le débat après la polémique

À La Réunion, ses propos avaient déclenché une onde de choc, jusqu’à pousser certains responsables politiques à réclamer le débaptisage du lycée portant son nom.

L’ancienne grande reporter, née au Tampon dans une famille pauvre et métissée, avait tenté ensuite de déplacer le débat, parlant d’une identité réunionnaise "créole jusqu’au bout des ongles", dans des justifications largement commentées sur l’île.

Contraste

Et puis, quelques semaines plus tard, la voilà invitée par Emmanuel Macron à l'Elysée aux cérémonies marquant les 25 ans de la loi Taubira, jeudi 21 mai, 18h (heure de Paris), ce texte historique qui fit de la France le premier pays au monde à reconnaître la traite et l’esclavage comme crime contre l’humanité.

Le contraste de l’époque ?

Car Mémona Hintermann-Afféjee occupe depuis longtemps une place particulière dans le paysage français. Réunionnaise, musulmane devenue catholique, ancienne figure du journal télévisé, ex-membre du CSA, grande reporter passée par les guerres et les terrains de crise, elle appartient à cette génération de personnalités ultramarines longtemps célébrées comme symboles d’intégration républicaine.

Mais en 2026, les lignes ont changé.

Lire aussi : Après la polémique sur Bally Bagayoko, maire LFI de Saint-Denis, le dérapage de la Réunionnaise Mémona Hintermann-Afféjee sur CNews

Les débats sur l’identité, l’antiracisme, la représentation ou les fractures sociales sont devenus beaucoup plus inflammables. Et la moindre phrase prononcée sur un plateau de télévision peut désormais vous faire basculer en quelques heures du statut d’icône consensuelle à celui de personnalité contestée.

L’invitation présidentielle, elle, ressemble presque à une tentative de rééquilibrage, mais silencieux.

Car la commémoration des 25 ans de la loi Taubira dépasse largement le cadre mémoriel. Depuis plusieurs semaines, France Télévisions, les institutions culturelles et l’État multiplient documentaires, débats et événements autour de l’histoire de l’esclavage et de ses héritages contemporains.

Complexité française

Dans ce paysage, la présence de Mémona Hintermann-Afféjee n’a rien d’anodin. Elle rappelle aussi son propre parcours, celui d’une enfant réunionnaise issue d’une histoire familiale traversée par les fractures coloniales, sociales et culturelles de l’île.

Et peut-être, aussi, une certaine complexité française.

Lire aussi : Polémique après les propos de Mémona Hintermann-Afféjee sur CNews : le député Philippe Naillet demande que le lycée change de nom

Car la République adore parfois ses figures tant qu’elles restent symboliques. Mais elle devient beaucoup plus inconfortable lorsque ces mêmes figures parlent, débordent, dérapent ou refusent d’entrer parfaitement dans les nouvelles grilles idéologiques.

Au fond, c'est LA contradiction très française.

En quelques semaines, Mémona Hintermann-Afféjee aura été tour à tour accusée, défendue, critiquée, soutenue… puis réinvitée au cœur du récit national autour de la mémoire de l’esclavage.

Comme si la France ne savait jamais vraiment quoi faire de ses figures complexes.

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