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"Je me suis fait avoir" : arrêtée à Gillot avec 1 kg de cocaïne dans des baskets, la mule conteste mais prend trois ans ferme

Ecrit par S.G. – le jeudi 21 mai 2026 à 07H04

Interpellé mercredi 8 mars à l’aéroport Réunion Roland-Garros avec 1 kg de cocaïne dissimulé dans des baskets, un voyageur en provenance d’Orly affirme qu’il transportait ces chaussures pour une connaissance, sans savoir ce qu’elles contenaient.

« C’était pour rendre service », affirme le prévenu. « Une mauvaise foi persistante », réplique le parquet. Interpellé à son arrivée à l’aéroport Réunion-Roland Garros en possession de 1.047 g de cocaïne, un chauffeur-livreur originaire d’Evreux doit répondre de faits de trafic de stupéfiants et association de malfaiteurs à la barre des comparutions immédiates ce mercredi 20 mai.

Le 8 mars dernier, l’homme de 35 ans arrivé de Dakar après un changement à Orly est ciblé par les douanes pour une fouille de ses bagages après qu’une masse suspecte a été repérée aux rayons X. Dans la valise, deux paires de baskets retiennent l’attention des fonctionnaires. Sous les yeux du passager, une douanière les démonte et trouve dans chaque chaussure quatre pochons de poudre blanche. Plus d'un kilo de cocaïne pure à 70 %.

Pas de billet retour et amis "fantômes"

« Je me suis fait avoir », affirme le prévenu. « J’ai rencontré un nommé Aziz au Sénégal en regardant la Coupe d’Afrique des Nations. Comme je venais ensuite voir des amis d’enfance à La Réunion, il m’a demandé de ramener ces chaussures pour un ami à lui. Je ne savais pas ce qu’elles contenaient, elles étaient dans leur emballage, sans rien d’alarmant », assure-t-il au tribunal.

Lire aussi : Arrêtée à l’aéroport Roland-Garros, la mule transportait de la cocaïne dans les semelles de chaussures

Mais le parquet pointe les nombreuses incohérences de son histoire. Le suspect, qui a beaucoup varié dans ses déclarations aux policiers, n’a pas payé son billet d’avion lui-même, ses amis réunionnais sont « des fantômes sans numéro de téléphone », et il n’a semble-t-il pris aucune disposition pour son séjour, pas plus que de billet de retour.

"Ça sent de ouf, j’ai le seum"

Et puis, sa messagerie Snapchat laisse entrevoir des agissements suspects. Son « ami » du Sénégal lui a envoyé la photo d’un hôtel dionysien réputé pour être le point de chute de nombreuses mules. Plusieurs messages échangés au moment même de la fouille à l’aéroport laissent clairement penser aussi que le voyageur savait ce qu’il transportait. « Ils ont trouvé ? », demande son contact. « Ça sent de ouf, j’ai le seum », répond la mule. « Dis que tu ne savais pas », enchaîne le mystérieux interlocuteur.  

De précédents messages accompagnés de photos d’armes à feu, notamment un pistolet Beretta avec le prix de vente à 2600 euros, inquiètent également le parquet. « De la drogue, des armes, un prévenu qui voyage beaucoup, cela fait craindre un réseau structuré », estime la procureure en requérant quatre ans de prison ferme.

Déjà plus de 25 mules en 2026

« Mon client dément fermement avoir eu connaissance de ce qu’il transportait, et on ne voit pas son intérêt à le faire. Monsieur est inséré, a un travail, deux enfants, pas de dettes. Il y a un doute raisonnable qui doit profiter au prévenu », plaide son avocate, Me Julie Boyer.

Après délibéré, le tribunal ne souscrira pas à la version du transporteur, condamnant ce dernier à la peine de trois ans de prison ferme, assortie d’une interdiction du territoire réunionnais pour une durée de trois ans et d’une amende douanière de 152.000 euros correspondant à la valeur de la marchandise.

Alors que 52 mules avaient été arrêtées à l'aéroport de Gillot en 2025, un record, ce sont déjà plus de 25 de ces convoyeurs de drogues diverses qui ont été appréhendés en seulement cinq mois en 2026.

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