Filière canne : Bruno Robert appelle les Réunionnais à “faire bloc” derrière la "filière historique"

A l’issue de la commission permanente du Département ce mercredi, organisée à la mairie de Bras-Panon, l'élu bénédictin, conseiller départemental, planteur à Sainte-Anne et ancien président des Jeunes agriculteurs a livré un véritable plaidoyer en faveur de la filière canne, en réponse aux inquiétudes liées à l'ouverture du capital de Tereos mais aussi à certains faux-procès faits à la filière.
Conseiller départemental, vice-président de la Cirest, ancien président des Jeunes Agriculteurs et planteur à Sainte-Anne, Bruno Robert a insisté sur la nécessité de défendre collectivement une filière qu’il juge structurante pour l’agriculture réunionnaise.
“C’est un sujet grave et tous les élus font bloc derrière les planteurs”, a-t-il déclaré, en référence au vote ce mercredi à l'unanimité lors de la commission permanente d'un rapport en lien avec l'ouverture du capital de Tereos océan indien.
“La canne n’est pas l’ennemie de la diversification”
Bruno Robert voit dans la possibilité de voir Tereos devenir demain un actionnaire minoritaire une manière de “se désengager après trois années compliquées marquées par une baisse des tonnages”.
Insistant sur l'importance de la filière dans le modèle agricole et économique de l'île, il s'adresse à l'opinion publique, appelant "les Réunionnais à faire bloc derrière la filière historique"
Face aux critiques récurrentes visant une canne jugée trop omniprésente, il rappelle qu’elle n’est pas incompatible avec la diversification agricole, bien au contraire.
“Un hectare de canne en moins, ce n’est pas automatiquement un hectare de diversification en plus”, insiste-t-il.
Il dresse les contours d'un modèle agricole réunionnais "construit autour d’un équilibre où la canne constitue le socle permettant le développement des autres productions végétales et animales. Un modèle qui a permis à La Réunion de produire jusqu’à près de deux millions de tonnes de canne, tout en atteignant 50 % d’autosuffisance dans l’élevage et 70 % dans les fruits et légumes".
La preuve de l'importance de la canne comme pilier de la diversification à ses yeux : "Depuis 3, 4 ans que la canne a des difficultés, les autres filière sont aussi en déclin, entraînées par la faiblesse de la filière canne".
“La canne n’est pas l’ennemie de la diversification mais son pilier”, martèle l’élu.

Plus de 12 000 ha en friches
Pour Bruno Robert, le principal frein au développement des autres filières n’est pas le manque de terres disponibles pour la diversification. Il rappelle que les friches agricoles suffiraient à couvrir les besoins de développement de l’ensemble des filières à l’horizon 2030.
Selon des estimations notamment présentées lors des états-généraux de la canne, les besoins de développement agricole d'ici 2030, canne comprise, sont d’environ 8 000 hectares, alors que les surfaces en friche dépassaient déjà les 12 000 hectares en 2021.
Et leur taille ne fait qu'augmenter. À Saint-Benoît, le dernier décompte de la Safer fait état de près de 800 hectares en friche, en majorité d’anciennes terres cultivées en canne aujourd’hui abandonnées.
L’élu estime au passage que les mesures actuelles ne sont pas suffisamment incitatives pour pousser les propriétaires à vendre ou à remettre leurs terrains en culture.
“Tereos est libre de partir, mais proprement”
L’ancien président des Jeunes Agriculteurs estime que les difficultés de la filière canne ne relèvent pas d’un problème financier mais surtout d'un manque de réponses techniques, notamment concernant les molécules herbicides autorisées, laissant les exploitations à la merci des mauvaises herbes.
Concernant l’ouverture du capital de Téréos Océan Indien, Bruno Robert estime que l’industriel est libre de se retirer, mais à certaines conditions.
“Téréos est libre de partir, mais qu’il le fasse proprement, dans le respect des fonds publics débloqués pour la filière et avec l’objectif de pérenniser la filière”, affirme-t-il.
Il rappelle qu’au moment de la vente de Quartier Français, en 2010, il avait déjà plaidé, à la tête des Jeunes Agriculteurs, pour une entrée des planteurs au capital. Une proposition à laquelle, souligne-t-il, “la CGPER s’était opposée à l’époque”.
Pour un "ancrage local"... aussi revendiqué par Tereos
Un appel réitéré ce matin pour un "meilleur partage des bénéfices entre planteurs et industriel", rappelant qu'en métropole "les betteraviers sont coopérateurs au sein de Tereos".
L'occasion de plaider pour un ancrage encore plus local de l'argent de la filière, "pour que les bénéfices restent demain à La Réunion".
Un dernier point sur lequel Tereos ne dit pas le contraire. Pour rappel, dans sa réponse à Zinfos974, l'industriel avait assuré ne pas envisager de se "désengager" de La Réunion, plaidant pour un "ancrage local" de la filière, jugé "essentiel à son avenir".
"L’enjeu serait de renforcer le rôle des actionnaires locaux via la diversification de la détention du capital des Sucreries de La Réunion, ceci en l’ouvrant à des acteurs économiques locaux ou nationaux, pour en conforter la pérennité à terme", poursuivait l'industriel.
On attend désormais la suite.


