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L’enquête sur le décès par overdose d’un passeur confirme que des organisations criminelles internationales s’implantent à La Réunion

Ecrit par Eric Lainé – le lundi 20 avril 2026 à 14H23

La mort par overdose d’un Montpelliérain sur un vol Paris – La Réunion en janvier 2025, révélée à l’époque par Zinfos974, a débouché sur le démantèlement d’un vaste réseau international de trafic de cocaïne entre San Francisco, New-York, Tahiti et notre île.

L’enquête débute le 26 janvier 2025 quand un passager de la compagnie French Bee est découvert sans vie sur son siège alors que l’appareil est en plein vol, à proximité de Djibouti. Sur l’instant, les autres voyageurs sont avisés que le malheureux a fait un malaise consécutif à une crise d’épilepsie suivie d’un arrêt cardiaque. Le drame contraint alors l’avion à faire une escale imprévue à Djibouti.

Mais les autorités suspectent déjà que le décès de Jonathan, un artiste de 40 ans originaire de Montpellier, n’est pas naturel. Il aurait massivement ingéré des ovules de cocaïne en acceptant de jouer le rôle de mule pour se rendre à La Réunion. Comme nous l’apprend le Midi Libre dans sa livrée du 16 avril dernier, cette affaire a débouché sur une vaste enquête des policiers montpelliérains qui ont fait tomber tout un pan d’un réseau structuré de trafic de cocaïne entre San Fransisco, New-York, Tahiti et donc La Réunion.

Mort par overdose avec 77 pochons de cocaïne dans le corps

Lors de l’autopsie du corps du passeur, il a été retrouvé pas moins de 77 pochons de poudre. La drogue, conditionnée de façon amateure dans des préservatifs, a laissé filtrer suffisamment de cocaïne au point que cet homme, père de trois enfants et chanteur de Gospel, a succombé à une overdose.

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Les investigations des policiers permettent d’établir que Jonathan avait déjà effectué d’autres allers-retours entre Paris et La Réunion mais aussi à destination de Tahiti. Entendus, ses proches racontent qu’il était lui-même gros consommateur de cocaïne au point d’avoir une ardoise conséquente auprès de ses fournisseurs. C’est ainsi qu’il aurait accepté de servir de mule auprès des trafiquants installés en Ile-de-France.

Enquête à Montpellier avec le concours des policiers new-yorkais

Pas folles, les têtes d’affiche ont pris la fuite à l’étranger dès que la nouvelle est revenue à leurs oreilles. A Montpellier, le parquet, très réactif, a ouvert en urgence une information judiciaire pour « trafic de drogue, homicide involontaire, administration de substance nuisible ayant entraîné la mort, blanchiment et traite des êtres humains », détaille encore le journaliste de Midi Libre.

De fil en aiguille, d’autres mules sont identifiées, notamment avec le concours des policiers new-yorkais. Le 13 novembre dernier, un passeur, lui aussi originaire de Montpellier, s’est fait intercepter lors d’une escale à l’aéroport de San Fransisco alors qu’il était porteur de 169 grammes de cocaïne et de 59 grammes de MDMA. Expulsé du pays de l’oncle Sam, Julien n’arrivera donc pas à Tahiti, sa destination finale.

« Je ne suis pas un commanditaire, je n’ai forcé personne »

Mais les recherches des policiers montpelliérains démontrent qu’il n’en était pas à son coup d’essai. Il avait déjà fait plusieurs voyages en Polynésie Française mais aussi… à La Réunion. Selon les explications du passeur, il était prévu qu’il touche 30.000 euros en échange de la drogue dont 10.000 euros devaient lui revenir, entre ses faux frais et sa rémunération.

Comme le défunt Jonathan, il aurait agi pour le compte d’un certain Salim, un Montpellierain de 46 ans. Ce dernier a été mis en examen et placé en détention provisoire le 26 mars dernier bien qu’il clame son innocence. « Je ne suis pas un commanditaire, je n’ai forcé personne », a-t-il lâché au cours d’une audience devant la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Montpellier où il espérait retrouver la liberté.

« Au-delà du trafic, nous sommes là face à de la traite d’êtres humains »

Face à lui, l’avocat général a été inflexible, déclarant, comme le rapporte Le Midi Libre, que « au-delà du trafic, nous sommes là face à de la traite d’êtres humains ». Le représentant du parquet général s’appuie pour cela sur l’enquête qui a permis de déterminer que les proches de Julien et de Jonathan étaient eux-mêmes sous la menace de l’organisation criminelle. Après la mort par overdose de l’un et l’expulsion des Etats-Unis de l’autre, ses membres feraient peser des représailles sur leurs familles dans le but de récupérer l’argent perdu de la drogue.

Tandis que l’enquête des policiers de Montpellier se poursuit pour identifier d’autres mules et arrêter les commanditaires en fuite, cette dramatique affaire prouve un peu plus à quel point La Réunion est plus que jamais en proie à des réseaux criminels organisés en matière de trafics de drogue.

« Les procédures établies démontrent l’organisation des trafiquants et leur implantation sur le département »

Une tendance que la procureure de la République de Saint-Denis confirme en se faisant le relais de l’article du Midi Libre. « Les procédures établies, (dont certaines de grande ampleur avec plus de 10 personnes mises en examen et écrouées) démontrent l’organisation des trafiquants et leur implantation sur le département, qui est un territoire de consommation, un marché, et pas un lieu de transit. Les organisations se structurent, diversifient leurs voies d’approvisionnement, organisent les voyages des transporteurs, varient les lieux de stockage, avec des ramifications dans l’Hexagone et des liens avec certains pays voisins de l’océan Indien. »

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Les chiffres explosent avec déjà 30 « mules » et 73 kilos de cocaïne et de « dou » en 2026

Si les forces de l’ordre dans leur ensemble ont fait de la lutte antistupéfiants leur priorité, il n’en demeure pas moins que les chiffres sont de plus en plus alarmants ici à La Réunion. Car les arrestations et les saisies prouvent que la drogue circule par ailleurs à forte dose dans l’île. « Au 19 avril 2026, les services ont intercepté 30 « mules », 17 hommes et 13 femmes », rappelle Véronique Denizot dans son communiqué. Parmi elles, 24 ont été trouvés en possession de produits stupéfiants et 6 avec de l’argent pour un total de 51.000 euros.

Lire aussi : Trafic entre LA Réunion et l'hexagone: 12 arrestations et 1,6 million d'euros de drogue saisis

Les chiffres donnent le tournis quand on constate que 60 kilos de cocaïne et 30 kilos de cathinone (le « dou ») ont été saisis pour l’année 2025, sachant que, depuis le premier janvier 2026, les autorités ont déjà mis la main sur 43 kilos de cocaïne et 30 kilos de cathinone. Ils sont tout aussi inquiétants quand ils révèlent que la justice a engrangé 2,6 millions d’avoirs criminels en moins de quatre mois contre 1,13 million d’euros pour l’ensemble de l’année 2025.

Etiquettes : Cocaïne | Trafic de drogue

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