Un trafic de zamal entre La Réunion et Maurice démantelé, des milliers d’euros blanchis au casino

Un banal contrôle routier a permis aux policiers de démanteler un trafic de cannabis bien rodé entre La Réunion et Maurice. L’un des organisateurs est soupçonné d’avoir blanchi l’argent de la drogue à l’occasion de nombreux passages dans les casinos de l’île.
« Parfois, les affaires de stupéfiants sont des montagnes qui accouchent d’une souris. Dans cette affaire, c’est l’inverse » retrace la procureure Tiphaine Gastineau mercredi 18 mars à l’audience correctionnelle.
Car c’est bien un banal contrôle routier qui est à l’origine du démantèlement d’un « trafic de zamal d’ampleur » entre La Réunion et l’île Maurice. Le 4 février dernier à Saint-Denis, les policiers arrêtent un véhicule de location à l’intérieur duquel se trouvent deux individus, dont l’un est trouvé en possession d’1,3 g de cocaïne et 1 600 euros en liquide.
Cabanon de stockage et pistolet 9 mm
L’exploitation de son téléphone met rapidement en lumière des échanges récents à propos d’importantes quantités de zamal. La veille, ce sont 25 kilos qui ont été transportés chez un homme chargé de jouer les nourrices à Trois-Bassins. Récoltée chez différents cultivateurs, la marchandise était stockée dans un cabanon de ce restaurateur, chez qui les enquêteurs découvrent également plus de 3.000 euros en cash et un pistolet 9 mm « en parfait état de marche ».
D’autres protagonistes du réseau sont identifiés : planteurs, petites mains et transporteurs, dont un Portois qui va reconnaître avoir participé à plusieurs convoyages. 20 sacs de sport contenant 20 kg de zamal en septembre 2025, et encore 20 sacs de 18 kg en janvier dernier. Sur ces deux seuls transports, la marchandise représenterait une valeur de près de 500.000 euros.
Cagoule et rendez-vous avec X
« Je crois que les sacs devaient aller au front de mer de Bras-Panon pour partir à Maurice. Mais je ne connais pas la personne à qui j’ai livré. Il faisait nuit et elle était cagoulée » explique le chauffeur, alors que trois des protagonistes ont été renvoyés devant le tribunal.
Même discrétion du côté de « l’organisateur moyen », qui refuse de livrer le nom de son commanditaire qu’il appelle « Monsieur X. » « J’ai reçu 5.000 euros pour acheter ce sac de 25 kg », reconnait-il seulement.
600.000 euros joués en un an
Hormis le fait qu’il est « joueur », l’homme qui ne touche plus de revenu peine en revanche à justifier ses multiples passages dans les différents casinos de l’île. « 101 fois en l’espace d’un an à Saint-Gilles, Saint-Pierre et Saint-Denis, pour 6.000 euros joués en moyenne à chaque fois » pointe le ministère public, persuadé qu’il s’agissait d’un moyen de blanchir l’argent du trafic.
Difficile d'attribuer également ses nombreux voyages récents à Maurice à des vacances en famille : l'enquête a démontré que l'homme s'est rendu à trois reprises dans l'île Sœur en août 2025, dont une fois pour un aller-retour sur la journée...
Contre le trentenaire, la magistrate requiert quatre ans de prison dont un avec sursis et mise à l’épreuve. Contre la nourrice et le transporteur, deux ans dont un avec sursis probatoire.
"Un milieu dur, malsain"
« On voit qu’ils redoutent de dire pour qui ils ont travaillé, par peur des représailles. C’est un milieu dur, malsain et c’est bien que la justice décide de s’en prendre aux gros bonnets. Mais lui a compris son erreur et veut s’éloigner de ce milieu », plaide Me Georges-André Hoarau pour le principal prévenu.
Après délibéré, celui-ci écope de la peine requise par le parquet, les deux autres bénéficiant de peines mixtes dont la partie ferme s’exécutera sous bracelet électronique.
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