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ISDU à Sainte-Marie : le monde agricole fait une contre-proposition

Ecrit par Philippe Madubost – le samedi 31 janvier 2026 à 19H03
Céline Sitouze affiche une opposition ferme au projet d’ISDU, pointant les contraintes déjà supportées par sa commune. (Photo d'archives).

Dans un courrier envoyé au préfet et au SYDNE signé par l’ensemble des syndicats agricoles, mais aussi par la Chambre d’agriculture et le Syndicat du sucre, le monde agricole propose deux terrains "alternatifs" en friche au projet d’implantation du futur ISDU dans le secteur de Beaufond.

Avec le recul, on comprend mieux l’origine de la tribune et du courrier envoyés cette semaine au préfet par le candidat aux élections municipales à Sainte-Suzanne, Eddy Balbine.


Pour rappel, dans ce dernier, l’ancien DGS s’inquiète d’un possible abandon du projet d’implantation du futur ISDU à Sainte-Marie au profit d’un foncier situé à Saint-Benoît, ce qui pourrait « prolonger, voire renforcer l’exploitation du centre d’enfouissement de Bel Air ».

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"Une cannibalisation des meilleures terres"

Le projet à Saint-Benoît évoqué semble trouver son origine dans un autre courrier, lui envoyé un peu plus tôt dans la semaine, signé par les représentants du monde agricole et de la filière canne en particulier : Chambre d’agriculture, FDSEA, CGPER, UPNA, Syndicat du sucre et CPCS y formulent une contre-proposition au projet d’implantation du futur ISDU (installation de stockage des déchets ultimes) à Beaufond, dans les Hauts de Sainte-Marie.

Les signataires rappellent d’abord leur « profond désaccord » concernant le choix de Beaufond, « sur une exploitation cannière actuellement en activité et fortement productive ». « Alors que La Réunion recense actuellement plus de 12 000 ha de terres en friches, ce projet prévoit de soustraire à l’agriculture 20 ha de terres actuellement cultivées en canne, avec tous les impacts collatéraux qui peuvent en découler sur les terres de proximité », dénoncent-ils.

Ce choix constitue à leurs yeux une « contradiction totale avec les priorités territoriales et les engagements de reconquête de surfaces cannières, pris par l’ensemble des acteurs locaux dans le cadre des États généraux de la canne ». Et d’affirmer : « La filière canne-sucre, déjà fragilisée par l’érosion de ses surfaces productives, ne peut plus accepter une telle cannibalisation de ses meilleures terres ».

"Les équilibres de l'exploitation en jeu"

Concernant les propriétaires, la famille Barau, à qui la filière avait apporté son soutien lors d’une conférence de presse en novembre dernier, ces derniers se retrouveraient « amputés d’une partie significative » de leur exploitation, « mettant en jeu ses équilibres ».

Des parcelles comptant parmi « les plus fertiles de l’île » et ayant bénéficié « d’investissements importants du propriétaire », argumente le courrier. Les conséquences seraient également environnementales, mettent en avant les signataires : "Ces parcelles sont localisées en tête de bassins versants et à proximité immédiate de zones qui accueillent des espèces tant floristiques que faunistiques à fort enjeu de conservation". Contactés, les propriétaires indiquent soutenir le projet mais ne pas avoir été associés à la démarche.

En novembre, la famille Barau avait déjà reçu le soutien de la filière canne, mais également de Richard Nirlo et de Céline Sitouze.

Lire aussi : Centre de stockage de déchets à Sainte-Marie : 20 hectares de terres cannières menacées, selon la FDSEA et la famille Barau

Deux terrains alternatifs proposés en friche

De leur côté, les signataires, tout en affirmant reconnaître « l’intérêt général du projet » et leur volonté d’accentuer leur engagement « en faveur d’une politique globale et cohérente applicable aux déchets », jugent inacceptable, « sur un territoire aussi contraint sur le plan agricole, de sacrifier des terres spécifiquement aménagées pour l’agriculture au profit d’un centre de déchets, alors que des alternatives existent ».

Ils proposent ainsi au préfet et au SYDNE deux terrains « alternatifs en friches », fruit de recherches menées par leurs soins.

Le premier, situé dans les Hauts de Saint-François, à Saint-Benoît, affiche 33 ha, « dont 15 ha sans aucune contrainte réglementaire majeure ». Selon les signataires, le propriétaire serait prêt à céder son terrain « de manière amiable ». Le site présente l’avantage de ne pas être localisé en tête de bassin versant ou sur un bassin versant accueillant des équipements destinés à capter et/ou à produire de l’eau potable. En revanche, il est localisé pour moitié en ZNIEFF de type 1 et pour moitié, ou presque, en ZNIEFF de type 2. Le courrier appelle à la réalisation d’un inventaire écologique.

Le second site est situé chemin Decotte, à Sainte-Suzanne. Il s’agit d’un terrain non cultivé d’environ 37 ha, « sans contraintes réglementaires majeures ». Le site est localisé « à l’extérieur de tout périmètre de protection et d’inventaire des milieux naturels », mais en « rive droite d’une ravine ». « Le site étant reculé et isolé, l’impact visuel serait faible. Il est d’ailleurs situé à proximité d’éoliennes ayant déjà impacté le paysage », poursuit le comparatif.

En novembre, la famille Barau avait déjà reçu le soutien de la filière canne, mais également de Richard Nirlo et de Céline Sitouze.

Sainte-Suzanne "exclue pour des raisons politiques"

Pour les signataires, « il semblerait que la commune de Sainte-Suzanne ait été exclue des recherches pour des raisons politiques, mais sa participation à l’effort collectif du Nord-Est est indispensable. Aucune commune ne peut se soustraire à cette responsabilité partagée, encore moins lorsqu’il s’agit de ne pas pénaliser un secteur économique important du territoire ».

Autre proposition des représentants du monde agricole : à défaut de retenir un seul site « adapté » sur des terres en friches, « innover pour mettre en place une gestion en multisites et ainsi rechercher plusieurs terrains en friche de moindre envergure à aménager ».

Le courrier est signé par les représentants de la filière canne et par le président de la chambre verte.

Une première contre-proposition "déjà étudiée" par le SYDNE

Reste à connaître la réponse de la préfecture, que nous avons interrogée sur le sujet.

Pour le président du SYDNE, Daniel Alamélou, joint ce vendredi, « un dossier en bonne et due forme est déjà en instruction, on a déjà fait le job », rappelant que 32 sites ont été étudiés en amont dans le cadre des recherches foncières liées à l’ISDU.

« Le 6 septembre 2024, ce comité de pilotage a arrêté le choix du site de Beaufond à Sainte-Marie (…) Nos élus des collectivités (SYDNE, CINOR, CIREST, Département et Région), accompagnés par les services de l’État, ont pris une décision basée sur une étude multicritères (technique, économique et sociale). Au final, plutôt que d’exproprier 19 familles d’agriculteurs à Saint-Benoît, le choix s’est porté sur le site de Beaufond à Sainte-Marie, exploité par une seule famille », argumente en retour le SYDNE dans son communiqué publié la semaine dernière, en réponse à Eddy Balbine et, en filigrane, au monde agricole.

Lire aussi : Déchets à Sainte-Suzanne : Daniel Alamélou dément toute remise en cause du projet d’ISDU et répond à Eddy Balbine

Daniel Alamélou précise qu’une dizaine de sites complémentaires en friche ont également été déjà étudiés à la demande du monde agricole. Des études qui ont « conclu à l’incompatibilité de ces parcelles (…) ». « Les échanges avec le Syndicat du sucre se poursuivent de manière transparente et constructive », assure le SYDNE.

Daniel Alamélou : "Une provocation pour Sainte-Suzanne"

Endossant sa casquette de candidat aux municipales, il qualifie la demande de réintégration de la commune dans la recherche foncière de « provocation pour Sainte-Suzanne », estimant que la commune a déjà été fortement sollicitée avec la présence du centre d’enfouissement sur son territoire.

Il rappelle que le calendrier est déjà contraint pour permettre la mise en service de l’ISDU d’ici 2028, date à laquelle il doit prendre le relais du centre d’enfouissement actuel, aujourd’hui saturé, et que des compensations agricoles seront mises en œuvre. Le président du SYDNE juge également non viable financièrement la création de plusieurs petites unités.

Pour rappel, début décembre, c’est à l'unanimité que les élus du SYDNE ont voté le lancement de la procédure d'expropriation pour cause d'utilité publique concernant le projet d'ISDU à Sainte-Marie, tout en assurant que la “porte reste ouverte” pour trouver un accord à l'amiable avec les propriétaires.

Lire aussi : Sainte-Marie : le SYDNE lance la procédure d'expropriation pour l’ISDU sans fermer la porte aux négociations

Les propriétaires : "On ira au bout du bout"

« Ils disent qu’ils sont contraints dans les délais, mais une expropriation est une procédure longue, ça ne se fait pas en six mois, sachant qu’on ne veut pas négocier et que nous sommes prêts à aller jusqu’à l’expropriation alors qu’un propriétaire est, lui, prêt à vendre, ce qui ferait gagner beaucoup de temps malgré les études », rétorquent les propriétaires.


Et de confirmer leur volonté d’aller « au bout du bout pour empêcher ce projet. Ces terres ont un rendement minimum de 100 à 110 tonnes/ha, elles font partie de nos meilleures terres ».

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