Sainte-Suzanne : Elie Hoarau apporte son soutien à Frédéric Maillot, mais pas les militants de Saint-André

Alors qu'Elie Hoarau a apporté son soutien dans une vidéo à Frédéric Maillot, la section PCR de Saint-André critique la décision de Maurice Gironcel et de la direction du PCR. La section PCR n'apportera aucun soutien, que ce soit à Sainte-Suzanne ou à Saint-André. Dans un communiqué, ses dirigeants pointent une "orientation en rupture avec l'histoire du PCR".
Une nouvelle voix discordante se fait entendre au sein du PCR. Après la réunion de la section ce lundi, qui a vu Jacky The-Seng être reconduit dans sa fonction de secrétaire et Paul Dennemont comme secrétaire adjoint – tous deux sont membres du comité central –, Témoignages s’était déjà fait l’écho d’un trouble chez les militants à la suite de l’officialisation du soutien apporté par Maurice Gironcel à Frédéric Maillot.
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Sur la page officielle de Maurice Gironcel, les deux hommes s’affichent ensemble en campagne. Mercredi, c’est dans une vidéo qu’Élie Hoarau, président du PCR, a apporté son soutien à Frédéric Maillot, pour un « grand moment de vérité, fidèle aux combats du PCR, à son histoire et à sa ligne politique : la dignité, la justice sociale, la responsabilité ».
Une vidéo également publiée sur la page de campagne de l’actuel député de la 6e circonscription, créée en milieu de semaine.
« Ce soutien s’inscrit dans la grande histoire du PCR. Il porte une vision exigeante de la politique : servir le peuple, défendre la dignité, préparer l’avenir. À Sainte-Suzanne, avec Frédéric Maillot, cette continuité est vivante », assure le texte qui accompagne la vidéo.
Une position contestée par la section de Saint-André
Pas franchement l’avis du secrétaire de la section de Saint-André. Une section symbolique au sein du parti, « plus que jamais déterminée à maintenir la flamme dans la ville berceau du PCR et qui fut le lieu des derniers combats du Dr Raymond Vergès ».
Dans un communiqué repris par Témoignages en début de semaine, la section se disait « préoccupée par la gravité de la situation qui prévaut à Sainte-Suzanne et qui impacte tout le Parti ; les membres de la section s’étonnent qu’aucune communication n’ait été faite pour éclairer les militants complètement désorientés ».
Contacté ce matin, Jacky The-Seng confirme : « Il y a un malaise au sein du parti, les militants ne comprennent pas la façon dont cela a été fait. Sans concertation et sans validation à ce jour du comité central du parti. »

Des critiques sur le fond et sur la forme
L’ancien élu à Saint-André critique le choix de Maurice Gironcel et de la direction du parti, aussi bien sur le fond que sur la forme. Une opinion, selon lui, partagée par la majorité des militants du PCR, « mais qui n’osent pas parler ». Il dénonce une décision « imposée ».
« Le parti a toujours milité pour un homme, un mandat, et là il soutient le député de la 6e circonscription », poursuit le secrétaire de la section. Un candidat de surcroît « extérieur aux rangs du parti ». Il évoque une "orientation en rupture avec l'histoire du PCR".
Une prise de position qui aurait des répercussions, selon son secrétaire, sur les militants du parti et ses dirigeants, « pris à partie par la population alors que nous n’avons jamais été associés à cette décision ».
Une section "légitime" à s’exprimer
La section se dit légitime à prendre la parole, une partie de Saint-André (le quartier de Cambuston en particulier) votant avec les électeurs de Sainte-Suzanne aux législatives et aux départementales.
Pour Jacky The-Seng, Maurice Gironcel « n’a pas respecté sa parole de porter un communiste au siège de la mairie de Sainte-Suzanne, alors qu’il s’agit du dernier bastion du PCR ».
Il fustige par ailleurs le choix de l’alliance avec le PLR, « qui a critiqué le PCR, allant jusqu’à porter plainte contre Témoignages ; le PLR n’est pas le PCR, un parti qui a de surcroît combattu nos candidats et fait perdre Paul Vergès aux élections régionales ».
Aucun soutien officiel à Sainte-Suzanne et à Saint-André
En conséquence, la section n’apportera officiellement aucun soutien à une candidature à Sainte-Suzanne – Frédéric Maillot compris. Les militants sont, eux, laissés « libres d’apporter leur soutien personnel à tel ou tel candidat ».
Alors qu’un comité central du parti est prévu en mai, la section appelle à une « reconstruction » de ce dernier « sur des idées et des valeurs et fidèle à nos aînés », peut-on lire dans Témoignages.
Concernant les municipales à Saint-André, le même choix a été fait de ne soutenir aucun candidat en lice, à la différence de 2014 et de 2020. La section ne devrait pas pour autant présenter de candidat aux municipales sur la commune.
Le choix du soutien à Frédéric Maillot n'en finit pas de créer du remous au sein du PCR alors que le choix de ses partisans à Sainte-Suzanne sera crucial en mars prochain.
La section PCR de Saint-André a adressé un communiqué, que nous reproduisons ci-après.
MUNICIPALES A SAINTE-SUZANNE
UNE ORIENTATION EN RUPTURE AVEC L’HISTOIRE DU PCR
La décision du maire de Sainte-Suzanne validée par la direction du PCR de soutenir aux prochaines municipales un candidat extérieur aux rangs du Parti, ancien adversaire politique et cumulant plusieurs mandats - au détriment d’un communiste, constitue une profonde
rupture avec les principes qui ont fondé le PCR. Ce choix - qui tranche avec le cas de J.Y.Langenier au Port dont nous saluons le courage et la détermination a suscité incompréhension, désarroi et colère à Sainte-Suzanne comme dans l’ensemble de l’ile, particulièrement au sein des militants et sympathisants du Parti.
Une réaction tout à fait légitime d’autant que Sainte-Suzanne est aujourd’hui la seule commune encore dirigée par le PCR, héritée d’une
longue histoire de luttes et de résistances politiques. Les interventions de plusieurs de nos camarades pour alerter sur les conséquences de ce choix sont restées vaines.
Ce bouleversement est lourd de conséquences. Le Parti « historique » fondé par Paul Vergès en paie le prix fort. Des propos excessifs
circulent, les dirigeants du Parti sont traités de « vendus ». Les militants sont injustement et sévèrement mis en cause et salis, alors
qu’ils n’ont été ni consultés, ni associés à la réflexion et qu’ils en sont les premières victimes. Cela est inacceptable. Fidèles à l’engagement de Lucet Langenier, à la mémoire de Paul Vergès, et à celles et ceux qui ont fondé le PCR, nous exprimons et assumons notre profond désaccord avec cette orientation politique, cet effacement au profit d’une force hégémonique, signe annonciateur de la disparition du Parti.Si on voulait saborder le PCR, on ne s’y prendrait pas autrement. L’effacement, l’asservissement, le reniement s’opposent aux principes
moraux fondateurs du Parti de Paul Vergès, symbole de la résistance. L’histoire nous enseigne que de 1959 à 1971, le PCR fut privé de toute mairie en raison de l’anticommunisme, de la répression et de la fraude institutionnalisée, des militants-es se sont battus-es inlassablement, parfois aux prix de de leur vie, ce qui a permis à notre Parti de rester debout, et aussi parce qu’il plaçait l’intérêt du peuple au- dessus de toute considération.
Renier ce passé, est indigne d’un militant communiste, aurait dit Paul Vergès. Cette analyse n’est ni une posture, ni une provocation. Elle se veut, sans prétention aucune, être tout simplement une alerte.
Jacky The-Seng et Paul Dennemont - Section PCR de Saint-André -
Membres de Comité Central


