Paul Vergès et la chute finale

"Standing ovation" pour Paul Vergès qui présidait l'élection du Président du Sénat ! C'était un grand moment pour lui qui, sans doute parce qu'il a oeuvré et manoeuvré dans un territoire trop petit pour son ambition, toujours en butte au pouvoir central, quelle que fût sa couleur, a toujours privilégié son parti, le moyen étant en fait une fin. La véritable consécration eût été une place importante dans le bureau de ce Sénat de gauche, en récompense à une animation du type tiers-mondiste dans les années 60. La décentralisation de François Mitterrand est passée par là et l'a remis, volens nolens, à sa place. La suite fut plus cruelle encore : le temps où il se posait en négociateur de la Réunion face à "Paris" est aussi passé après deux atroces défaites. Les dernières élections, après plusieurs mandats à la tête de la Région, ont montré que non seulement l'opinion échappait au spécialiste du rassemblement, mais que des élus de base qui lui doivent leurs carrières, y compris à droite, lui ont tourné le dos.
Personne ne pourra lui enlever un talent : quand une vague est mauvaise, savoir se préparer pour surfer sur la bonne qui arrive. Mais il a échoué ; il n'a pas réussi à installer durablement le pouvoir du PCR, il n'a fait que ralentir sa chute : il n'y avait pas d'autres moyens que le rassemblement autour de son parti, dans lequel l'analyse et la coordination des équipes sont de la seule responsabilité des communistes, où le mot synthèse avec les autres apports n'a pas sa place et où une répartition des moyens obtenus après la victoire n'est que virtuelle (Cf. les divergences qui se font jour de plus en plus dans la majorité d'Huguette Bello à Saint-Paul).
Mais ces rassemblements portaient en elles-mêmes l'échec. Les communistes n'ont pas intégré les évolutions dans la société à leur matrice idéologique : aujourd'hui, les informations circulent plus vite ; les sources d'information sont plus nombreuses et variées ; il y a un besoin individuel qui s'exprime d'abord par la carte plutôt que par le menu, et qui se construit avant toute participation à des entreprises collectives. Et enfin, même s'il reste beaucoup à faire voire à inventer de façon à mieux prendre en compte les personnes en difficulté, le niveau d'ensemble de la formation progresse. Alors la mobilisation à partir des catastrophes sans cesse annoncées ne prend plus. Comme ne passent plus certaines argumentations qui tiennent plus d'une posture d'arrogance que de la recherche du bien commun. Dire que si des projets de Paul Vergès tombent à l'eau suite à sa défaite électorale, alors la Réunion a perdu des milliards, c'est vouloir faire passer un message : je suis le seul capable de faire des projets et donner ainsi du travail aux Réunionnais. Idem pour : au pouvoir, même si mes projets ne sont pas bouclés, tout peut continuer normalement ; mais pour les autres, dans les mêmes conditions, non ! Ce qui revient à proclamer : je suis le seul à savoir conduire les grandes tâches ! Avec de tels arguments, on est bien loin d'élever le débat politique ; on est bien loin de démontrer la justesse d'un combat qui défie l'Histoire.
L'idéologie communiste ne supportant pas la réforme conduit Paul Vergès droit dans le mur, qui est d'ailleurs prêt à le traverser s'il le faut !
Mike Martin, Saint-Gilles


