"Il y a des femmes battues, et aussi des menteuses"

"J’ai en moyenne une trentaine de femmes qui viennent par mois au centre pour échapper à la violence quotidienne de leur concubin". Patrick Savatier remarque qu’elles sont aujourd’hui plus à l’aise pour en parler, et qu’elles mettent leur honte de côté. Mais elles sont encore très nombreuses à être victimes de la violence de l’homme qu’elles aiment ou qu’elles ont aimé. "C’est bien sûr grâce au combat associatif que leur souffrance est mieux considérée. Et je tiens à souligner le travail remarquable du Conseil général. Nous travaillons tous les jours en collaboration avec l’équipe du 115 et les travailleurs sociaux, qui font un travail d’écoute de qualité, mais il leur manque des moyens, et surtout des équipes de terrain".
Toutes les catégories sociales sont concernées. "Il y a parfois des femmes de familles bourgeoises qui ne savent pas vers qui se tourner et qui viennent nous voir. Elles tiennent beaucoup à la discrétion, car elles doivent aussi supporter la chape du statut social".
Là où le bât blesse, c’est le manque de structures d’accueil. "Il arrive même que les enfants soient aussi les victimes de la violence de leur père. Ce matin, une femme est venue me voir avec ses enfants. Ils portaient tous des brûlures de fer à repasser sur le corps. Je les ai accompagnés au commissariat et à l’hôpital. Mais que faire quand on sait que la famille n’aura pas d’autre choix que de retourner au domicile conjugal et que les violences vont reprendre de plus belle? C’est là que le système juridique présente ses limites. Il faudrait que ce soit celui qui violente toute la famille qui doive quitter la maison. Malheureusement, la mère et les enfants se retrouvent sans toit, le temps que le jugement soit donné. Même quand l’affaire est portée en référé devant la justice, en l’occurrence devant le JAF (Juge des Affaires familiales), cela prend un certain temps".
La violence faites aux hommes existe aussi. "Il y a quand même une quinzaine d’homme qui viennent chaque année à l’auberge, pour fuir la violence de leurs concubines. Ceux là sont moins bavards, car leur statut de mâle en prend un coup. Les hommes victimes de violences physiques vivent en général une grande souffrance morale, mais en parlent peu, car ils ont honte et ont peur des jugements".
Patrick Savatier tient à faire remarquer qu’il y a aussi des menteuses, qui se font passer pour des victimes, seulement pour faire accélérer la procédure de divorce. "Celles là sont de vraies garces, on peut le dire, car elles profitent de la crédulité des gens, salissent l’image de leur concubin, et manipulent le système judiciaire en se faisant passer pour des victimes de violences alors que c’est faux".
Très engagé, Patrick Savatier souhaite une prise de conscience générale, qui passerait par l’éducation scolaire: "Le respect de l’autre devrait être une matière que l’on étudierait à l’école, dès la primaire, au même titre que l’histoire ou le français. Il faut en parler un maximum, pour que la violence sous toutes ses formes, soit toujours condamnée, et jamais banalisée".


