En France, le narcotrafic sans frontières : "Plus aucune zone blanche", alerte l’Office antistupéfiants

Dans un rapport confidentiel consulté par France Info, l’Office antistupéfiants (Ofast) dresse un tableau inquiétant de l’emprise du trafic de drogue sur l’ensemble du territoire français. Violence, pénétration sociale et organisation pyramidale : l’offre est désormais partout.
Il n’existe plus un seul recoin du territoire épargné par le trafic de stupéfiants. C’est l’un des constats les plus marquants d’un rapport confidentiel de l’Office antistupéfiants (Ofast) paru fin juillet et consulté par France Info. Dans ce document, les services spécialisés affirment que la France est devenue un pays "sans zone blanche" pour l’offre de drogue, marquant un basculement préoccupant dans l’ampleur du phénomène.
En préface de cette note élaborée avec l’appui de nombreux ministères, le ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau parle d’un "tsunami blanc", en référence à la prolifération de la cocaïne. Une menace qualifiée d’"existentielle pour notre pays". Les chiffres le confirment : 37,5 tonnes de cocaïne ont été saisies au premier semestre 2025, soit une hausse de 45 % par rapport à la même période en 2024.
Problématique de la cocaïne à La Réunion
Une problématique bien connue dans notre département. Fin juin, près de 490 passagers avaient été contrôlés un à un à leur arrivée à La Réunion. Une opération d’ampleur exceptionnelle, conduite sous l’égide du préfet Patrice Latron et de la procureure Véronique Denizot, qui marque un tournant dans la lutte contre les trafics de stupéfiants dans l’île. Encore récemment à La Réunion, deux personnes avaient été interpellées à la mi-juillet, soupçonnées d'être des mules. Elles transportaient de la cocaïne, plus de 2,5 kilos. Les mules, âgées de moins de 30 ans, avaient été interpellées par les douanes à l’aéroport de Gillot.
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Le document évoque une "contre-culture" de la violence et du profit criminel, qui marginalise les citoyens et entrave les politiques publiques, y compris dans des villes de taille modeste comme Florange (Moselle). En 2024, 367 assassinats ou tentatives d’assassinat liés au narcotrafic ont été recensés dans 173 communes.
Mais l’alerte dépasse la simple violence. L’Ofast décrit une stratégie d’ancrage social des trafiquants, capables d’exercer une forme de pouvoir local. Exemple à Bagnols-sur-Cèze (Gard), où des habitants ont reçu des lettres de trafiquants proposant des services (courses, bricolage) pour compenser les nuisances du trafic.
Selon les rédacteurs, les narcotrafiquants "menacent l’ordre républicain" et cherchent à "déstabiliser les institutions", notamment à travers les attaques contre des établissements pénitentiaires et les méthodes de communication du clan DZ Mafia à Marseille, qui a mis en scène sa puissance sur les réseaux sociaux.
Enfin, le rapport dévoile la structure pyramidale du trafic. Tout en haut, une dizaine de figures basées à l’étranger (Dubaï, Afrique du Nord), parfois en lien direct avec les cartels sud-américains, contrôleraient les importations. En France, environ 200.000 personnes graviteraient autour de ce trafic à divers niveaux. En bas de l’échelle, les vendeurs de rue, aujourd’hui épaulés par des systèmes de livraison ou de locations éphémères façon "Air’b’n’beuh", prolongent l’offre sur tous les territoires.
Pour les policiers de l’Ofast, l’ampleur du phénomène appelle à une réaction d’urgence, face à ce qu’ils décrivent comme une criminalité désormais enracinée dans le quotidien.


