Procès des marchés truqués du Sidélec : Maurice Gironcel plaide la relaxe dans un dossier prétendument vide

Dernier jour d’audience et dernières explications des faits de corruption, de favoritisme et d’entente reprochés. Entre relaxe et culpabilité, les avocats ont joué des mots pour faire valoir les intérêts des prévenus.
« Il nous a été demandé la mort sociale d’Yves Gigan, qui aura 55 ans demain — aujourd’hui, ndlr — et qui a encore 11 ans de travail devant lui », martèle Me Omarjee, l’avocat du directeur général des services du Sidélec, qui quittera prochainement ses fonctions. Dans ce dossier, il n’aurait été qu’un « fusible ». Par conséquent, il ne mériterait ni les quatre ans de prison requis, assortis d’un sursis partiel, ni l’amende de 50.000 euros, et encore moins l’interdiction d’exercer une fonction publique pendant dix ans.
Le seul fait reconnu par Yves Gigan est celui de favoritisme, dit « de bonne foi ». Oui, il a échangé avec les entreprises « dans l’intérêt public », non pas pour « s’enrichir » à titre personnel. Mais non, il n’a pas participé à l’entente. Et non, il n’a ni corrompu, ni été corrompu. « Les membres du Sidélec ne parlent pas de corruption et s’arrêtent à la connaissance de l’entente. Les partenaires du Sidélec ne le mentionnent pas. Messieurs Ramdiale, Labbé et Bassonville, également prévenus, non plus. Les seuls accusateurs sont les entrepreneurs, devenus témoins à charge dans ce procès », a argué Me Omarjee.
« Récit auquel il manque des preuves »
Pour l’avocat, leurs déclarations ne sont pas étayées, permettant de requalifier ce dossier en « récit auquel il manque des preuves », et pour lequel les versions divergent. « M. Hypolite ne parle de versements en espèces que devant cette cour. Jusqu’alors, entendu plusieurs fois, il n’en avait jamais parlé. Seul Yannick Grondin en avait fait état, une fois les chèques mis sous le nez par les enquêteurs. Aujourd’hui, les entrepreneurs sont toujours incapables de s’accorder sur la provenance des fonds », a-t-il dénoncé, comptant sur la lecture entre les lignes de la cour, au profit d’Yves Gigan.
Me Brossollet, l’avocat de Maurice Gironcel, l’a corroboré : « Si les quatre personnes qui revendiquent la corruption ont raison, alors il n’y a aucune raison qu’une distorsion ait lieu. Ils devraient être d’accord sur tout : le calendrier, les montants et les modalités. » Comme ses confrères, il s’est longuement attaché à découdre les propos notamment tenus par Yannick Grondin, qui manquent, à ses yeux, de précisions depuis le début de la procédure. « Une corruption sans parole, débrouillez-vous ! Un verbatim, des termes, devraient l’étayer. On ne sait pas qui ou comment. Rien. Ce n’est pas incarné, c’est inexistant. C’est toujours “machin m’a dit que”. C’est un mensonge en bande organisée, qu’il a été difficile de tenir en garde à vue individuelle, bien plus qu’ici, en écoutant les autres. »
Coupables mais avec des peines moindres
De leur côté, Jean-Christophe Paroux, directeur général de Testoni Réunion, Yannick Grondin, le gérant de la SGER2, et Jean-Michel Hypolite, ex-patron de Bourbon Lumière, ont plaidé coupable des faits reprochés. « Ce procès est libératoire, car il soulage M. Paroux de l’angoisse qu’une telle demande corruptive lui soit faite à l’avenir », a expliqué Me Saint-Pierre, l’avocat du premier. « Ils se sont retrouvés piégés dans une sale situation et en ont d’emblée compris la gravité. Le procès mettra un terme définitif à cette histoire. »
Me Cerveaux, représentant le second, a déploré que ce procès « entache l’image du petit gars de la terre qui s’est lancé et a réussi ». De fait, celui-ci subit d’ores et déjà une « sanction familiale et morale ». Me Sainte-Claire, lui, a usé d’audace en regrettant que Jean-Michel Hypolite ne soit « l’idiot utile » de ce dossier. En somme, un simple salarié sans aucun pouvoir de représentation chez Bourbon Lumière, mais sous les ordres de sa direction, davantage responsable malgré son absence sur le banc des prévenus.
Pour Jean-Christophe Paroux, la peine requise de trois ans de prison est demandée assujettie d’un sursis total si elle est prononcée. Idem pour Yannick Grondin, pour qui est sollicitée « une personnalisation et une modération de la peine », ainsi que pour Jean-Michel Hypolite, l’absence de sursis intégral étant, pour lui, un prétendu frein à l’emploi. Leurs avocats ont demandé que les amendes réclamées, jugées disproportionnées, soient revues à la baisse.
Les conseils des prévenus Bassonville, Labbé et Ramdiale, et de la société SRME, ont plaidé pour leur relaxe face à « un PNF ayant voulu incriminer à tout va ».
Seul point sur lequel l’ensemble des avocats de la défense se sera accordé : le rejet de la constitution de partie civile de la part du Sidélec, et avec elle, les 3,5 millions d’euros de dommages et intérêts requis.
Le délibéré sera rendu le 25 septembre à 13 h 30. Prévenus et avocats pourront bénéficier d’une visioconférence pour entendre la décision de justice, qui pourrait être lourde de conséquenc


