Un prédateur sexuel en cavale condamné à 18 ans de réclusion criminelle

Vendredi dernier, la cour criminelle a jugé un homme de 58 ans pour des viols répétés sur son ex-femme et sur une ex-compagne. Introuvable, Jean-Alain De B. (1) a été condamné par contumace à 18 ans de réclusion criminelle pour des faits qui se sont étirés sur deux décennies.
Humiliations, soumissions, souffrances et avilissements par les gestes, la parole et les coups... Vendredi dernier, les magistrats de la cour criminelle ont jugé un homme suspecté d'avoir violé de manière habituelle deux ex-compagnes. Une affaire sordide où le dégoût le dispute à l'abject et pour laquelle Jean-Alain De B., 58 ans, a été condamné par contumace à 18 ans de réclusion criminelle.
Le 3 janvier 2017, une femme pousse la porte du commissariat de Saint-Pierre pour dénoncer le calvaire que lui fait subir son compagnon depuis plusieurs mois. Sa rencontre avec Jean-Alain De B. remonte au mois d'août 2016 alors qu'ils séjournent tous deux à la clinique des Flamboyants au Port. Fragilisée par son état dépressif, la jeune femme est séduite par cet homme en apparence prévenant. “Il m'a mise en confiance. Il m'écrivait des poèmes et m'a offert des fleurs”, témoigne Pauline (2) à la barre.
Collier de soumission et coups de cravache
Elle a bien noté qu'il “ne parlait que de sexe”. Mais elle se dit “qu'il aime ça tout simplement”. A sa sortie de la clinique, elle s'installe avec lui. “Au cours de notre première relation sexuelle, il a été glaçant. Il n'y avait pas de tendresse. Il était là et il n'était pas là.” Mais Pauline met ça sur le compte “de la première fois”. Le piège se referme au bout d'un mois. Elle raconte aux policiers qu'à l'issue d'une banale dispute, Jean-Alain De B. exige qu'elle devienne “sa soumise”. Il entend par là qu'il va l'éduquer sexuellement.
“Il jouait sur ma peur et ma fragilité”
Lui, “le maître”, entend la posséder “corps et âme”. N'imaginant pas l'étendue de sa perversion, Pauline en accepte le principe par crainte d'être abandonnée. Elle est d'autant plus sous sa coupe qu'il lui a confisqué ses anti-dépresseurs. “Il jouait sur ma peur et ma fragilité”, souffle-t-elle à la barre.
Très vite, il la contraint à de violents et incessants rapports sexuels sous la menace de représailles. Perchée sur des chaussures à talon, elle se doit d'être nue, sauf quand il l'oblige à porter des sous-vêtements en cuir. “Si je portais une petite culotte, il me l'arrachait. Il disait : si j'ai envie de toi, je te veux tout de suite”, déroule-t-elle à la barre. Les fellations sans consentement s'enchaînent à longueur de journée.
“Quand il était à la maison, c'était un monstre...”
Selon son bon plaisir, Jean-Alain De B. la corrige au moyen de violentes claques et de coups de cravache sur les fesses. Elle se doit de porter en permanence un collier de soumission ou parfois un anneau au niveau de l'anus. Il fait usage de vibromasseurs, de cordelettes et de menottes pour assouvir ses fantasmes. “Quand il me violait, ses yeux devenaient noirs. J'étais paralysée par la peur.” Elle est obligée de le laver tous les jours tandis qu'il urine sur elle. Elle subit d'autres sévices bien plus abominables encore. Elle dépeint un homme à double visage “Quand il était à l'extérieur, c'était un homme comme les autres. Quand il était à la maison, c'était un monstre...”, tranche-t-elle.
Le 31 décembre 2016, Pauline trouve refuge au CHU de Saint-Pierre pour lui échapper. Un psychiatre lui conseille de le fuir mais elle retourne chez lui dès le lendemain pour trouver des preuves de son calvaire, redoutant de ne pas être prise au sérieux. “Je me suis dit qu'il ne pouvait pas s'en sortir comme ça.” Pendant deux jours, elle subit ses assauts répétés avant de partir définitivement, emportant son téléphone et un disque dur où elle pense trouver des indices pour appuyer sa plainte auprès de la police. Elle a aussi un certificat médical qui témoigne de marques sur ses fesses qui s'étalent sur 20 centimètres carrés.
“Je le vois encore quand je m'endors”
L'expert chargé de l'examiner a décelé un grande fragilité psychologique. “Elle semblait devoir se conformer, se soumettre, obéir et subir, dans une relation d'emprise.” Il parle de “psycho-terreur”. Un calvaire qui continue aujourd'hui encore de hanter Pauline. “J'ai du mal à dormir le soir, j'ai des flash-back, je le vois encore quand je m'endors. Ça fait huit ans que j'attends ce procès”, fond-t-elle en larmes. Depuis, Pauline vit dans l'angoisse de son retour. Elle a placé des armes un peu partout chez elle pour se défendre. “Des couteaux, une barre de fer, un rouleau à pâtisserie...”, indique-t-elle.
Entendu une première fois par les policiers en 2017, Jean-Alain De B. a balayé toutes les accusations d'un revers de manche. Il a parlé d'un simple jeu de rôle librement consenti qu'il nomme “maître au soumis”. Jamais il ne l'aurait contrainte à un rapport sexuel. Pour donner du crédit à sa version, il n'hésite pas à indiquer qu'il pratiquait les mêmes jeux sexuels avec son ex-femme. Il pousse même le vice jusqu'à déposer plainte contre elle pour le vol de son téléphone et de son disque dur.
“Un enfer psychologique”
Pauline n'est pas la seule à être tombée dans les griffes de Jean-Alain De B, comme vont le découvrir les policiers. Avant elle, une femme a vécu un enfer à ses côtés pendant une trentaine d'années. Absente à l'audience, le président lit de larges extraits de ses déclarations recueillies par les policiers.
Véronique (2) parle d'un manipulateur hors pair qui lui a fait vivre “un enfer psychologique”. Pour elle, les choses dégénèrent alors qu'elle est enceinte. “Je te gifle pour ton bien, pour te calmer”, lui répétait-il. Il l'humilie aussi en la traitant de “bonniche, de chienne, de garce, de putain...” pour les termes les moins dégradants de son répertoire fleuri.
L'ex-épouse parle de relations sexuelles violentes pendant lesquelles elle doit se comporter “en esclave soumise”. Dans le huis clos de leur maison, elle doit être continuellement nue, montée sur des escarpins. Elle est en tenue d'esclave avec des chaînes autour du cou pour lui servir ses repas, composés de mets fins.
“Réduite à l'état d'animal”
Pour Noël ou à l'occasion de son anniversaire, Véronique a droit à une panoplie de menottes, de liens, de colliers de chiens et de godemichets. Pudiquement, elle parle d'une sexualité “hard”. Elle finit par dire qu'il avait recours de manière répétitive et violente à des objets en bois au point de lui infliger d'affreuses séquelles physiques.
A l'arrivée d'internet, les viols ont lieu face caméra quand il entre en relation avec sa “communauté de maîtres” sur le Darknet. Véronique évoque encore des ébats sexuels avec d'autres femmes qu'il ramenait à la maison. Elle confie aux policiers avoir été “réduite à l'état d'animal”. “Il me traitait comme une chienne devant les femmes avec qui il m'obligeait à avoir des rapports sexuels”, rapporte encore le président de la cour criminelle.
“Il menaçait de m'écraser la tête sur le mur”
Beaucoup vont se demander pourquoi elle n'a pas fui ce terrifiant huis clos. Interdite de fréquenter sa famille, Véronique est complètement isolée et chacun de ses faits et gestes est épié. Soumis à son autorisation. “Je ne pouvais pas m'échapper car il menaçait de m'écraser la tête sur le mur”, rapporte-t-elle en audition. Elle ajoute qu'il lui parlait “tous les jours de sa mort et de la façon dont il pourrait faire disparaître son corps”, indique le magistrat. Mais les menaces de mort n'étaient rien au regard de l'odieux chantage auquel il se livrait pour la maintenir sous sa coupe.
Véronique a confié qu'il était parti avec leur enfant pendant une dizaine de jours en menaçant de l'enlever définitivement si elle ne restait pas avec lui. “Il l'a broyée petit à petit pour installer un climat de terreur”, indique son avocate. En 2015, Véronique a définitivement quitté le foyer conjugal.
“Partir au Portugal pour créer un harem”
“Il avait le projet de partir avec elle au Portugal pour créer un harem. Elle a compris que si elle partait avec lui, elle allait mourir”, poursuit son conseil. Dans l'abîme de douleurs où elle se trouvait à cette période, Véronique a dû entamer une longue thérapie dans l'espoir de se reconstruire. Il a fallu qu'une autre proie de Jean-Alain De B. brise le silence pour qu'elle parvienne à rompre ses chaînes.
À l'issue des déclarations circonstanciées et terriblement concordantes des deux femmes, Jean-Alain De B. est de nouveau face aux policiers en juin 2017. Entendu cette fois sous le régime de la garde à vue, il nie tout en bloc. Concernant Pauline, son ex-compagne, il réfute l'avoir contrainte à des rapports sexuels. Il lui donnait des claques à sa demande et la photographiait nue avec son accord. Jamais il ne l'avait traitée en esclave et elle était libre de ses mouvements.
Dénégations et cavale
Idem pour son ex-femme. Les photos d'elle, nue et attachée, s'inscrivent dans le cadre d'un atelier de peinture pour une étude consacrée à la lumière. Il nie avoir la moindre appétence pour la sodomie ni avoir fait usage d'objets sexuels à son encontre. Encore moins lui avoir fait subir les derniers outrages avec une rare sauvagerie.
Ressorti libre du commissariat, il fuit La Réunion et reste à ce jour introuvable. Raison pour laquelle il a été condamné à 18 ans de réclusion criminelle par contumace vendredi et qu'il fait l'objet d'un mandat d'arrêt national. Que sait-on de sa cavale ? Pourquoi ne l'a-t-on pas retrouvé ? Comment tout simplement a-t-il pu fuir avec de tels soupçons qui pesaient sur ses épaules ? Zinfos 974 tentera de répondre à ces questions dans un autre article.
(1) L'identité du mis en cause est partielle afin de protéger les victimes comme l'exige la loi.
(2) Prénoms d'emprunt pour protéger l'anonymat des victimes.


