Revenir à la rubrique : Faits divers | Justice

Escroquerie, dettes et fuite : un ex-vendeur de voitures face à la justice

Ecrit par Lucas Candessoussens – le dimanche 27 avril 2025 à 14H49

"Cars & Bikes", une enseigne d'achat-vente à La Réunion désormais disparue a vu son gérant être jugé pour abus de confiance et arnaque. L'ancien propriétaire, J.F. H., originaire de Colmar, a été jugé ce vendredi 18 avril au tribunal correctionnel de Champ Fleuri.

La salle est pleine à craquer ce vendredi 18 avril et tous viennent pour une chose : le procès de J.F. H., ex-gestionnaire d'un revendeur d'automobiles à La Réunion. Sur le rôle de l'audience, près de 13 victimes figurent sur la liste des parties civiles. Si huit d'entre elles se sont exprimées à la barre et deux autres à travers leur conseil, on dénombrerait dans ce dossier plus d'une trentaine de victimes.

Les faits sont découverts en 2017. À l'époque, plusieurs clients de "Cars & Bikes" déposent plainte auprès des forces de l'ordre contre le concessionnaire. Son gestionnaire, J.F. H., fait de l'achat/vente de véhicules d'occasion. Or, il s'avère que l'homme doit pas mal d'argent à plusieurs de ses clients mais a plié bagage dare-dare au moment des premières plaintes, direction son lieu de naissance, Colmar dans le Haut-Rhin.

Les victimes défilent à la barre

Le "mode opératoire" du prévenu varie d'un témoignage à un autre. Le cas de figure le plus courant était qu'un client venant vendre une voiture ne voyait jamais la couleur de l'argent de la vente. C'est ce qui est arrivé à Lucie*, mère de famille, qui comptait sur la vente de sa voiture pour démarrer une nouvelle vie en Hexagone avec ses enfants. Avant de partir, elle laisse son véhicule à Cars & Bikes. Or, les semaines passent, elle ne reçoit toujours rien du revendeur.

Excédée, elle décide de prendre un vol direction La Réunion pour se confronter au propriétaire de la concession mais ce dernier s'est déjà volatilisé. Elle se rend donc en préfecture pour suivre la carte grise et découvre que sa voiture a bel et bien été vendue.

Serge*, lui, fait affaire avec J.F. H. en lui vendant un premier véhicule. La transaction se passe sans souci et, ayant sympathisé, les deux hommes s'accordent pour une seconde vente. Or, Serge ne verra, lui non plus, jamais l'argent du deuxième véhicule qui a été vendu.

D'autres situations sont plus saugrenues. Louise*, par exemple, décide d'acheter un véhicule à Cars & Bikes. Pour cela, elle dépose un acompte de 5 000 euros auprès du vendeur et récupère une voiture d'occasion. Le deal, c'est qu'une fois la totalité de la somme versée, elle récupère la carte grise de l'automobile. Cependant, plusieurs jours après la transaction, elle a la surprise de voir que sa voiture n'est plus chez elle : l'ancien propriétaire est venu la récupérer.

Et en parlant de carte grise, beaucoup d'ex-clients de Cars & Bike n'ont jamais reçu le fameux document obligatoire : résultat des courses, ils se retrouvent avec un véhicule qu'ils ont acheté mais avec lequel il leur est impossible de rouler.

Le dernier cas de figure présente des véhicules achetés et livrés chez les clients mais qui, quelques jours après leur acquisition, tombent en panne. Les réparations coûtent des sommes astronomiques car les voitures en question présentent des vices cachés conséquents.

Des infractions caractérisées selon le ministère public

Tout au long de la matinée donc, les victimes vont défiler à la barre, demandant bien souvent, en réparation, les sommes investies pour l'achat des véhicules ou la valeur de celui qu'ils voulaient vendre. Les chiffres s'accumulent, et même le tribunal peine à s'en sortir avec la demande faramineuse des sommes réclamées en dédommagement.

Lors des réquisitions du ministère public, la magistrate demande une peine de deux ans d'emprisonnement assortie d'un sursis probatoire. Elle requiert aussi l'obligation pour J.F. H. de travailler pour indemniser les victimes et une interdiction de gérer une entreprise.

Dans son réquisitoire, le ministère a lourdement insisté sur la caractérisation des infractions. D'une part, l'abus de confiance, ici justifié, car l'ancien patron de Cars & Bike mettait d'abord en confiance ses clients en effectuant les premières transactions sans problème mais n'honorait plus sa part du marché par la suite. De l'autre, la volonté d'escroquer se traduit par le fait que J.F. H. se faisait passer pour le propriétaire des véhicules vendus alors qu'il n'en était que dépositaire. Qui plus est, il remettait une copie barrée des papiers des véhicules. Derrière une véritable société se cachait "un système sciemment inventé".

La magistrate souligne que, sans la disparition soudaine de J.F.H. de l'île, l'affaire aurait encore plus tardé à éclater. Là aussi, la fuite est "préparée".

"La gestion, ce n'est pas son truc"

Avant de prendre la défense de son client, absent car résidant désormais en Alsace, son avocate a tenu à replacer un peu le contexte. Une prise de dossier tardive et une instruction jugée trop hâtive et brève, la robe noire soulève plusieurs défaillances du dossier. Elle évoque deux difficultés qui se sont présentées à son client : la première, le suicide de son frère, à l'époque où tous deux travaillaient à la Sogecor, et ce drame avait été vivement relayé dans la presse. Conséquence directe pour son client : une dépression et l'alcoolisme.

La seconde était des menaces que J.F. H. aurait reçues alors qu'il était à la tête de Cars & Bikes. Des menaces qui l'ont poussé à fuir La Réunion pour retourner à Colmar.

La défense reconnaît volontiers que son client est un piètre gestionnaire. "La gestion, ce n'est pas son truc", affirme la robe noire pendant son plaidoyer. Toujours selon elle, J.F. H. reconnaît bel et bien qu'il doit des sommes d'argent à ses clients mais nie farouchement la volonté de duper et d'arnaquer ses anciens clients.

Ensuite, elle relate les circonstances de ce procès. En 2017, lorsqu'une série de plaintes le vise, l'homme n'est plus à La Réunion mais à Colmar. On l'a dit plus haut, il justifie cette fuite par des menaces qu'il aurait reçues. Se sachant recherché, J.F. H. se présente au commissariat de Colmar mais les autorités lui précisent que cela ne relève pas de leurs compétences. Aussi, l'homme est convoqué à La Réunion… trois jours après son passage au commissariat de Colmar. Un délai qui, au vu de sa situation financière de l'époque, était insuffisant selon son conseil.

Ce n'est qu'en 2023, soit six ans plus tard, que J.F. H. est entendu pour cette histoire d'arnaques et d'abus de confiance. De plus, relate son avocate, aucune réelle enquête n'a été menée, et les parties civiles n'ont même pas été entendues.

Négligence ou arnaqueur récidiviste ?

Lors de sa plaidoirie, la défense insiste bien sur le fait que son client avait une gestion maladroite de cette entreprise. Pour preuve, son client aurait tenté de régulariser toutes les situations, comme le changement de cartes grises, mais, faute de temps et sous pression, "a préféré faire l'autruche". En parlant de carte grise, la robe noire affirme que J.F. H. ne pouvait pas se prévaloir propriétaire des véhicules, étant donné que les papiers n'étaient ni à son nom, ni au nom de son entreprise.

De plus, elle pointe du doigt une autre société d'achat et de vente qui aurait abusé de la méconnaissance de son client et se serait constituée partie civile sans raison. Selon l'avocate, son client aurait bel et bien payé cette société - en témoignent plusieurs chèques - et restitué les véhicules.

Enfin, elle réitère que J.F. H. a toujours voulu se plier aux règles qui régissent les entreprises, par exemple en déposant l'argent liquide sur le compte de l'entreprise. La robe noire est d'accord sur le fait que son client doit "indemniser les erreurs" et plaide en ce sens la relaxe.

Dans l'attente du délibéré, J.F. H. demeure toujours salarié à Colmar. Il a d'ailleurs été jugé et condamné en 2023 là-bas pour escroquerie pour des faits qui remontent à 2018 dans le Haut-Rhin. Réponse Ce 23 mai.

*prénoms d'emprunt

Etiquettes : Automobile | escroquerie | Tribunal

Dans la même rubrique

0💬
Tri :