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L'expédition punitive ultra-violente d'une mère de famille contre une ado

Ecrit par Eric Lainé – le mercredi 2 avril 2025 à 19H47

Mercredi, la chambre de l'instruction a rejeté la demande de remise en liberté d'une mère de famille de 40 ans suspectée d'avoir menée une expédition punitive en 2023 contre une adolescente de 16 ans. Mise en examen pour enlèvement, séquestration, prise d'otage, tortures et actes de barbarie, Camille B. reste donc en prison jusqu'à son procès devant la Cour d'assises des mineurs.

Chemisier blanc et pantalon noir, trait de rouge à lèvre et cheveux aux reflets roux ramassés en chignon, Camille B. est tirée à quatre épingles devant les juges de la chambre de l'instruction qui examinent sa demande de remise en liberté. L'image lisse qu'elle dégage à première vue colle avec le statut de cheffe d'entreprise et le rôle de mère de famille qui étaient les siens avant son arrestation en 2023. A contrario, il est difficile d'imaginer que cette femme de 40 ans soit en détention provisoire depuis 18 mois pour enlèvement, séquestration, prise d'otage, tortures et actes de barbarie...

Pour comprendre comment Camille B., qui était à la tête de sa petite entreprise de fabrication et de vente de gâteau, a pu sombrer dans la déchéance puis dans l'ultra-violence, il faut remonter deux ans en arrière. A l'époque, son couple explose. Seule avec ses trois enfants, elle tombe en dépression puis s'ancre petit à petit dans une marginalité absolue. Sa maison devient un capharnaüm où vont et viennent des adolescents désœuvrés par l'entremise de ses propres enfants. Des tags tapissent bientôt les murs de la case aux allures de squat. 

La nuit, l'ambiance est plus que festive. Les comprimés d'ecstasy et de kétamine passent de main en main. L'alcool coule à flot et les effluves de zamal embaument la case transformée en lieu de perdition. Complètement déconnectée de la réalité et sous effet, Camille B. entretient des relations intimes avec certains ados de passage.

À genou et à demi-nue dans un hangar désaffecté

L'adresse de ce lieu de débauche finit par circuler. Si bien qu'un visiteur y fait irruption sans crier gare dans la nuit du 16 au 17 août 2023. L'homme, un certain Aïssa, est complètement ivre quand il frappe à la porte vers 2 heures du matin. Il a en tête de coucher avec Camille B. en lui forçant la main si nécessaire. L'intrus est finalement repoussé. L'histoire aurait pu s'arrêter là. Mais la mère de famille, impulsive et dans un état second quasi-permanent, se persuade que l'inconnu n'est pas arrivé là par hasard. Pour elle, la coupable est une adolescente de 16 ans à qui elle entend donner une sérieuse leçon.

Camille B. élabore un plan d'attaque. L'idée est émise de l'éliminer purement et simplement. En attendant, la mère de famille prend la tête d'un petit groupe de jeunes gens. Elle les convainc de passer à l'action sur le champ. Camille B., flanquée de trois mineurs, débarquent en voiture au domicile de la jeune fille à la Ravine-des-Cabris. Ils entrent par effraction et menacent de tout casser si elle ne vient pas faire un tour en voiture.

Les ravisseurs font route le long de la voie cannière en direction de Pierrefonds jusqu'à un bâtiment désaffecté et isolé de tout. Comme dans un mauvais film de série B, la malheureuse est extirpée du véhicule jusqu'à se retrouver à genou dans un hangar jonché d'excréments et plongée dans une quasi-obscurité. Les insultes et les menaces pleuvent sur elle. On lui crache dessus. Elle est déshabillée jusqu'à se retrouver à demi-nue tandis que ses vêtements sont brûlés sous ses yeux. 

Un doigt mutilé avec une clé à molette

Camille B. ne laisse pas sa part. Elle balance de grandes claques dans le visage de la victime "pour la remettre dans le droit chemin". Les autres la bourrent de coups de poing et de pied et menacent de lui fracasser la tête avec une barre de fer. Il est encore question de lui briser un genou, de la violer et même de la tuer. 

Mais la cruauté de ses bourreaux ne s'arrête pas là. Tandis qu'un des mineurs lui tire les cheveux pour la maîtriser, un autre lui pose une terrible question. Une clé à molette serrée dans sa main, il lui demande de choisir le doigt par lequel il va la punir. Autrement dit celui qu'il va mutiler. 

"Une scène de sauvagerie qui dépasse l'entendement"

L'adolescente de 16 ans, terrorisée à l'extrême, reste sans voix. L'exécutant des basses œuvres opte pour l'auriculaire gauche. La clé à molette s'abat d'un coup sec sur sa main, fracassant son petit doigt dans un hurlement de douleur. Menacée des pires représailles si elle dépose plainte, la pauvre se retrouve hagarde à errer sur le chemin jusqu'à ce qu'un témoin se porte à son secours.

L'avocate générale parle d'une "scène de sauvagerie qui dépasse l'entendement". Emmanuelle Barre requiert le maintien en détention de Camille B. jusqu'à son procès devant la cour d'assises des mineurs où elle sera jugée aux côtés de ses complices âgés de 16 ans. La magistrate invoque le risque de pression et de concertation entre les co-accusés. Elle rappelle que la mère de famille avait préparé ses jeunes acolytes à livrer une version visant à minimiser son rôle. Sans compter le risque de trouble à l'ordre public.

"J'étais dans un chaos émotionnel et physique"

Me Mickael Nativel, en défense, rappelle que "les faits sont graves mais pas contestés". Il s'appuie sur "la vie difficile semée d'embûches" de sa cliente pour expliquer qu'elle a "franchi la ligne rouge" et "fini par déraper et sombrer dans un parcours de vie chaotique fait de dépression, d'alcool et de stupéfiants". Même si "le dossier est très grave", l'avocat estime qu'il y a "un décalage entre les faits et les chefs de prévention qui donne l'impression d'une affaire de narco-trafiquants avec des morts". 

S'appuyant sur le constat que la victime a finalement eu 10 jours d'ITT pour sa fracture ouverte du doigt, il parle de faits circonscrits tout en étant très graves. Ainsi Me Nativel plaide en faveur d'un contrôle judiciaire très strict qui permettrait à sa cliente de reprendre son activité de pâtissière pour indemniser plus efficacement l'adolescente. 

"J'étais dans un chaos émotionnel et physique total, mais je ne suis plus cette personne aujourd'hui. J'ai des remords par rapport à la victime et j'ai retrouvé l'esprit et la force de la bienveillance", explique-t-elle avec une sollicitude de maman-gâteau. Si bien que l'on peine presque à l'imaginer dans son costume de cheffe de bande impitoyable. Il n'empêche que les juges ont préféré la maintenir en prison à Domenjod jusqu'à son procès prévu à la rentrée prochaine.

Etiquettes : Tribunal

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