La route du Littoral : La route des études sans fin

"Assez d'études, le temps n'est plus à la réflexion", lançait en assemblée plénière du Conseil régional Michel Vergoz il y a quelques mois. Des propos réitérés il y a deux jours [ici même, ]urlblank:http://www.zinfos974.com/Vergoz-Assez--Les-debats-autour-de-la-route-du-Littoral-ont-trop-dure_a29800.html où l'élu socialiste se félicitait de la fin du processus réglementaire de la concertation publique.
Dans ce rapport, la validation d'un projet en mode "viaduc + digue" commence à s'imposer dans les esprits petit à petit. Même si le groupe Alliance est venu remettre en cause "à la marge" certaines questions, la fin de la concertation publique (voir [notre article]urlblank:http://www.zinfos974.com/Nouvelle-route-du-littoral-Le-bilan-de-la-concertation-publique_a29785.html ) sonne d'une certaine façon presque 20 années de débats ardus et d'études sur études...
Les premières études globales ont été engagées par l’État en 1994
Un premier débat public est organisé par l’État, la Région et le Département posant la question : "quel aménagement pour la liaison Saint-Denis/Ouest ?". C'était en 1994, déjà.
En 1999, un comité international d'experts (commission Süter), désigné par le Ministère de l'Equipement, accompagne les études. Il indique dans un rapport de la même année que la route actuelle, dangereuse, non sécurisable, doit être abandonnée et préconise la réalisation d'une nouvelle route Littorale composée d'ouvrages maritimes et souterrains. Donc 10 ans avant d'en venir aux conclusions que nous connaissons aujourd'hui. Ce processus d'études sera interrompu en 2002 par la loi relative à la démocratie de proximité qui impose formellement la mise en œuvre d'un nouveau débat public.
En 2004, un nouveau débat est donc organisé, il porte sur l'examen conjoint des projets de tram-train et de nouvelle liaison routière afin de trouver des solutions globales aux déplacements entre le Nord et l'Ouest de l'île.
Les études préliminaires spécifiques pour la nouvelle liaison Saint-Denis/Ouest ont débuté en 2006 et ont porté sur des solutions passant par les hauts, en tunnel et littorale. L’État s'est prononcé sur ces dernières le 24 août 2006 et s'est positionné sur l'option d'aménagement littoral (digue+tunnel à l'entrée de Saint-Denis).
La variante maritime émerge
Un groupe d'experts (dit comité Berthier) mandaté par le ministre de l'Equipement fin 2006 recommande notamment dans ses conclusions l'étude d'une variante maritime sur le tronçon Saint-Denis-Grande Ravine comme alternative à un tunnel, compte tenu des nombreux inconvénients que présentent ces ouvrages en terme de restriction d'accès, de sécurité...
A partir de juin 2007, les premières études d'avant-projet sommaire (APS) et études préliminaires d'ouvrages d'Arts (EPOA) sont engagées pour imaginer des variantes littorales. Deux variantes de tracé sont effectivement étudiées, mixant différentes combinaisons d'ouvrages digue/viaduc/tunnel. Un tracé mixte terrestre-maritime et un tracé entièrement maritime sont des hypothèses qui émergent.
En parallèle de la réalisation des études d'avant-projet sommaire (APS), la Région Réunion organise, du 4 au 29 août 2008, une concertation publique sur les communes de Saint-Denis et de la Possession. L'objet de cette concertation consiste notamment en la présentation au public de deux grands principes d'aménagement. A savoir une solution de base en tracé digue+tunnel (dite solution 1) et la solution numéro 2 en tracé "tout en mer".
La concertation soumet aussi plusieurs solutions d'échangeurs aux extrémités de la corniche et à la Grande Chaloupe. En filigrane, la possibilité de créer deux sites d'extraction de matériaux sur le secteur dit Plateau Couilloux vers le le plateau de la Montagne (entre Ravine à Jacques et Grande Ravine) est évoquée.
Et la lumière fut
A l'issue de ces études (enfin serait-on tenté de dire) et de la concertation, le maître d'ouvrage a retenu en octobre 2008 le principe d'un tracé maritime mixte viaduc/digue. Le bilan de cette première phase de concertation a été approuvé par la Commission permanente de la Région du 21 décembre 2010 avec une nouvelle mandature à sa tête.
Mais le chapelet d'études n'en est pourtant pas à sa fin. Avant décembre 2010, le Conseil régional a modifié le programme de l'opération routière en cours pour intégrer dans les emprises de l'ouvrage l'espace nécessaire à l'accueil d'un système de Transport en Commun en Site Propre. En outre, le recours au péage initialement prévu par le protocole État/Région version 2007 pour financer les travaux est abandonné.
Ainsi, pour répondre aux modifications de programme, une étude de faisabilité a été engagée en juin 2010 et les études d'avant-projet (encore) ont été reprises à partir d'octobre 2010 afin d'y intégrer l'objectif d'insertion de ce TCSP. François Fillon, le Premier ministre, et Didier Robert, président de Région, pouvaient poser pour les photographes. L'accord financier État/Région dit "Protocole de Matignon II" a été paraphé en octobre 2010. Le début de la fin...
Saisie le 8 février dernier par la Région, la Commission nationale du débat public a pour sa part affirmé qu'un débat public n'avait pas lieu d'être réalisé étant entendu que deux autres débats avaient pris place en 1995 et 2004.
Pourtant, le processus reste encore fastidieux. La concertation publique ne fait que précéder l'enquête d'utilité publique. D'ici là, de l'eau aura coulé sous les ponts.



