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Scandale à la fac de droit

A l’heure où le chômage touche particulièrement notre département, l’Université de la Réunion, et notamment sa faculté de droit, se montre particulièrement insensible au sujet de la "préférence régionale". Ce débat très controversé est pourtant légitime dans une collectivité d’Outre-mer toujours loin de sa Métropole.
Ecrit par zinfos974 – le vendredi 3 juin 2011 à 18H25

Les procédures de recrutement des Maîtres de Conférences et des Professeurs des Universités sont lancées depuis le 1er avril dernier. Cette année est une année faste. La faculté de droit dont le nombre des étudiants est en pleine croissance recrute 2 professeurs et 4 maîtres de conférences. Il est vrai que la faculté de droit était à la traîne et que sa réputation sur le plan national ne peut que remonter. Mais, dans ses couloirs, il se passe des choses assez étranges, illogiques, injustes et même contradictoires.

La procédure de recrutement est complexe et relève de l’arbitraire. Après avoir soutenu une thèse de doctorat et une fois qualifié par la CNU (Commission Nationale des Universités), le parcours du combattant ne s’arrête pas pour autant. L’impétrant à un poste de maître de conférences doit démontrer ses qualités d’endurance. En effet, il est auditionné dans le meilleur des cas par un comité de sélection pas toujours composé de spécialistes de l’université dans laquelle il travaille d’habitude. De sources sûres, pour faire partie de ces comités, c’est "petits arrangements entre amis", comme par exemple "tu ne veux pas me rendre un rapport défavorable ou favorable sur tel candidat, eh bien, tu peux considérer que ta carrière est finie" ou bien "tu veux me rendre service, tais-toi lors de l’audition et je te promets telle promotion comme responsable pédagogique ou chargé de mission à Mayotte". Tout cela peut paraître être des rumeurs et pourtant. Si vous en voulez encore, ces comités de sélection sont des passerelles carriéristes surtout pour les professeurs et les maîtres de conférences mutés ici de Métropole ou choisis à défaut de candidats locaux. Enfin, ça, c’est ce qu’on pense. En général et si vous observez bien, les enseignants-chercheurs et les professeurs de Métropole ne restent pas bien longtemps dans notre département. Souvent, le choix de la Réunion n’est pas un choix, mais parce qu’il n’y avait pas d’autres alternatives pour eux. Et puis il y a la paye : plus de 35% supérieure à celle de Métropole. Les comités de sélection sont composés à part égale de membres de la fac d’ici et de membres de facultés extérieures. Il faut avoir à l’esprit que les profs d’université et les maîtres de conférences veulent repartir chez eux auprès de leurs familles respectives ou dans des universités plus prestigieuses. En donnant leur préférence pour tel ou tel candidat de Montpellier, de Paris ou autre, c’est faire les yeux doux à son directeur de thèse pour être mieux intégré ou nommé là où l’on souhaite être muté. Comment ne pas penser et ce, sans arrière-pensée raciste je le précise, qu’ils viennent se gaver à la Réunion avec des salaires plus qu’intéressants et le maximum de titres et de fonctions diverses sur le plan administratif avant de repartir en Métropole ?

Cela donne déjà un aperçu de ce qu’ils pensent de notre pauvre université… Mais allons plus loin.

Pourquoi la faculté de droit ne privilégie-t-elle pas les candidats locaux ? Ici, premièrement, il ne s’agit pas forcément de recruter des locaux créoles mais des étudiants quels qu’ils soient inscrits en thèse ou travaillant déjà ici sous contrat. Deuxièmement, les locaux doivent bien entendu être compétents et réunir les conditions requises pour prétendre à un poste de maître de conférences. Si toutes les conditions sont réunies pour recruter un candidat local, pourquoi ne pas le privilégier ?
La faculté de droit s’entête à tourner le dos à ses propres candidats. Pire, elle peut leur faire miroiter un poste de maître de conférences pendant qu’il travaille en tant qu’Attaché Temporaire d’Enseignement et de Recherche, poste intermédiaire et précaire et finalement l’exclure. Or, l’Attaché Temporaire d’Enseignement et de Recherche fait exactement les mêmes activités qu’un maître de conférences lorsqu’il ne s’agit pas de matières à Travaux Dirigés. Pourquoi s’obstiner à le rejeter d’un poste de maître de conférences ? L’objectif d’un Attaché Temporaire d’Enseignement et de Recherche consiste bien à décrocher un poste de maître de conférences s’il y en a de disponible bien entendu. Cela était bien le cas de plusieurs candidats ici à la Réunion. S’il ne convenait pas au poste créé, pourquoi lui avoir précédemment renouvelé son contrat d’Attaché Temporaire d’Enseignement et de Recherche (Un ATER est un contrat d’un an renouvelable une seule fois) ? On joue avec les nerfs des candidats locaux. On en use, on en abuse et puis, on les jette. "Circulez, y a rien à voir !" Les postes de maîtres de conférences seront essentiellement pour des personnes certes compétentes, mais "extérieures". Pourtant, la Ministre de l’Outre-mer, Marie-Luce Penchard, a assuré au député René-Paul Victoria dans son interpellation à l’Assemblée nationale du 18 mai 2011, donc récemment encore, qu’à compétences égales, la candidature d’un ultramarin doit être privilégiée surtout pour des postes de catégories A et B. Là encore, on ne peut que constater avec une certaine désolation que la faculté de droit s’en lave les mains. A croire que dans l’esprit "nou lé pa plis, nou lé pa moin" que les candidats locaux sont plutôt moins que plus.

L’Agence d’Evaluation de la Recherche et de l’Enseignement Supérieur dans son rapport d’évaluation du laboratoire juridique de la faculté de droit de la Réunion de juin 2009 se montre particulièrement sévère à l’encontre de la politique de recherche menée par ses membres et son ancien directeur, Pascal PUIG, soit l’actuel doyen de la fac de droit :
- "Les thèmes retenus pour favoriser le développement d’une recherche collective peuvent paraître trop généraux (ce qui se ressent dans le choix de certains sujets de thèse) ou, du moins, insuffisamment spécifiques pour aider à la construction d’une identité de centre"
- "Afin que le centre acquiert une identité plus marquée, les axes de recherche pourraient être plus affinés afin qu’il soit mieux tiré profit des particularismes de la zone océan indien et des potentialités afférentes"

Or, nous pouvons assurer que même si un Attaché Temporaire d’Enseignement et de Recherche qui a postulé pour être maître de conférences a développé dans ses thèmes de recherche des sujets liés à la Réunion et à son bassin régional, la faculté de droit rejette sa candidature et nie donc les observations objectives de l’Agence d’Evaluation de la Recherche et de l’Enseignement. Elle ne se remet donc pas du tout en cause et poursuit son chemin de carriéristes en vue d’être nommé en Métropole. Peu importe si la recherche juridique à la Réunion n’obtient que la note B. Espérons que le Président de l’Université réagisse en faveur des candidats locaux à compétences égales.

 

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