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Madagascar Résistance : D'inévitables relations de vassalité

Ecrit par zinfos974 – le mercredi 1 juin 2011 à 09H37

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Madagascar Résistance
Lettre numéro 65 – juin 2011

D’inévitables relations de vassalité
C’est la première réflexion qui nous vint à l’esprit quant aux futures relations entre la Côte d’Ivoire d’Alassane Ouattara et la France de Nicolas Sarkozy au lendemain du « coup de main » donné par la force Licorne pour la défaite et la capture de Laurent Gbagbo.
En échange de sa prise de pouvoir, le nouveau président ivoirien, s’était en effet livré pieds et poings liés à son homologue français. En fait, le terme de mentor conviendrait mieux pour désigner celui avec qui Ouattara conférait quotidiennement tout au long de la crise ivoirienne et de qui il était devenu totalement redevable.
Comment, dès lors, des relations honorables entre les deux hommes et équitables entre les deux pays pouvaient-elles s’établir?

Il n’aura pas fallu attendre longtemps pour que les faits confirment cette prédiction de vassalité.
Le 21 mai dernier, jour de son investiture officielle, Ouattara a subi de la part du président français, et devant les autres chefs d’Etat africains invités pour la circonstance, un affront public unique dans les annales diplomatiques : irrité par le retard du début de la cérémonie, Nicolas Sarkozy a quitté les lieux sans attendre la fin du discours du nouveau président. Imaginez le choc quand l’invité d’honneur - car il était le seul chef d’Etat occidental présent - n’estima pas nécessaire d’entendre jusqu’au bout le discours de celui qui l’avait invité et de figurer sur la photo de famille rassemblant les chefs d’Etat !

Au cérémonial officiel, il préféra rendre visite aux soldats français de la force Licorne. Comme camouflet envers son hôte ivoirien, il est difficile de faire mieux. Mais comme le dit le Canard enchaîné qui rapporte ces faits dans son édition du 23 mai 2011, il est vrai que les militaires et leurs familles voteront aussi au moment des présidentielles françaises.
Et il fallait bien aussi rentabiliser le voyage de Douk Kali, « candidate investie par l’UMP pour représenter les Français de l’étranger aux législatives 2012, dans la 9e circonscription (Afrique) » (Canard enchaîné, 23/05/11) qui accompagnait fort opportunément le président français.
Et puis, que craindre de celui qui vous doit tout?

A relations inégales, futurs contrats léoniens ?
 
Autre signe qui ne trompe pas quant aux relations futures entre Paris et Abidjan : la forte délégation d’opérateurs économiques qui ont également accompagné Nicolas Sarkozy, dont « Bolloré, Bouygues, Vilgrain, Castel,etc. » (Canard enchaîné, 23/05/11).
Le Canard enchaîné ne dit pas s’ils ont également quitté prématurément la cérémonie d’investiture ou non.
Mais n’étant pas impliqués - du moins directement - par les élections à venir, il est probable qu’ils aient fait davantage d’effort pour respecter les règles de l’hospitalité entre un hôte et ses invités. Et pour veiller aux contrats à venir.

Solidarité entre ceux qui "ne sont pas assez entrés dans l'histoire"
 
Que l’on soit pro ou anti Ouattara, on ne peut s’empêcher de se sentir atteint par cet affront qui lui a été infligé. Comme tous les Africains se sont sentis atteints par le fameux discours de Dakar qui leur dénia leur présence dans l’histoire. Car tout cela reflète si bien le mépris qui sous-tend encore les relations entre l’ancienne puissance coloniale et l’Afrique francophone.
Mépris justifié en partie, certes, envers des chefs d’Etat africains souvent prêts à toutes les compromissions pour prendre le pouvoir et s’y maintenir. Mais mépris intolérable pour les populations africaines à qui le droit de choisir des dirigeants plus soucieux de leur avenir est constamment refusé, par l’élimination physique ou politique des leaders politiques jugés moins dociles par l’ancienne puissance coloniale.

Dire cela n’est pas faire preuve d’hostilité obsessionnelle envers la France. L’histoire coloniale et postcoloniale est riche de faits vérifiables qui étayent notre affirmation. Les faits montrent indéniablement que les anciennes colonies le sont restées, sous forme de zones d’influence.
Certes, les relations inégales entre les puissances et les Etats plus faibles sont vieilles comme le monde. La France n’a pas été, et n’est pas aujourd’hui la seule à en tirer profit. La Grande Bretagne, les Etats-Unis ont fait de même et demain la Chine et l’Inde en feront autant. Mais s’agissant de l’Afrique francophone et de cette partie de l’Océan Indien, c’est elle qui est forcément mise en cause par ceux qui souffrent actuellement de ces relations de vassalité imposées.

Le prix de la prospérité des uns...
 
Par une grande ironie de l’histoire, c’est De Gaulle, l’homme qui incarne le plus pour les Français la résistance à l’oppression et le combat pour la liberté qui a mis en place le système Françafrique. Il a, ce faisant, indéniablement et durablement servi les intérêts de son pays.
Mais l’obtention d’avantages substantiels, au plan international comme ailleurs, se fait hélas toujours au détriment des autres. Le maintien de prospérité de la France, voulu par De Gaulle après l’échec des guerres coloniales d’Indochine et d’Algérie, se fit donc au détriment des anciennes colonies, maintenues jusqu’à nos jours sous influence. Voilà les faits.
Ce qui est par contre relativement encourageant pour l’avenir des relations France-Afrique, c’est que les dirigeants français, comme ceux des autres pays occidentaux, ne peuvent plus aujourd’hui assumer publiquement cette politique de domination. Ils doivent ménager les opinions publiques des pays sous leur influence, mais aussi une partie de leur propre opinion publique sincèrement attachée aux valeurs de liberté. Comment en effet défendre chez soi ces valeurs humanistes qui ont fait la grandeur de l’Occident et les dénier publiquement à d’autres peuples ?
Certes, des accommodements sont mis en œuvre, et l’on habille encore trop souvent du manteau de la démocratie des actes qui lui sont contraires. Mais la globalisation des informations rendra de plus en plus difficile ces acrobaties politiques encore rendues possibles par l’omerta autour des faits ou leur maquillage.

La mère des batailles pour l'Afrique
 
Il reste à l’Afrique à gagner une bataille essentielle dans sa longue lutte pour se libérer : celle de l’information.
Pour cela, elle doit impérativement réaliser le rêve d’Amadou-Mahtar Mbow, ancien directeur général de l’UNESCO, et disposer d’une ou plusieurs agences d’information (Voir notre Lettre n°40) afin de collecter et diffuser les informations touchant le continent, souvent dédaignées par les agences des pays développés.
Sans attendre, les leaders africains favorables à la démocratie ainsi que la société civile africaine doivent également tout faire pour accélérer l’accès des populations aux techniques modernes de communication.
Les révoltes contre les dictateurs soutenus par les puissances extérieures en seront facilitées comme le montrent les évènements actuels dans le monde arabe. Mais aussi la défense de dirigeants démocratiquement choisis, comme cela aurait pu être le cas à Madagascar si la propagande putschiste, maîtresse des médias officiels, avait pu être contrebalancée via d’autres médias.

Pour leur survie face aux convoitises suscitées par les richesses de leur continent, il est urgent que les peuples africains mettent fin aux relations inégales qui leur sont aujourd’hui imposées, avec la complicité de certains de leurs dirigeants.

Réfléchir dès maintenant aux moyens de mieux s’en prémunir dans le futur relève pour eux de la même urgence, face aux nouvelles puissances émergentes dont rien n’indique qu’elles seront moins voraces.

Pour ne pas laisser les puissances étrangères ou les gouvernants asservis et corrompus seuls maîtres de leur destin, les populations africaines doivent être mieux informées et doivent être en mesure de communiquer entre elles.

Oui, la bataille de l’information est la mère des batailles pour l’Afrique.

Les Inconditionnels de Madagascar,
À l’Ile de la Réunion

 

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