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Madagascar Résistance : Recherche de sortie de crise: les choses bougeraient-elles?

Ecrit par zinfos974 – le jeudi 26 mai 2011 à 09H34

Madagascar Résistance
Lettre numéro 64 – mai 2011

Recherche de sortie de crise : les choses bougeraient-elles ?
La recherche de sortie à la crise dans laquelle Madagascar est plongée depuis plus de deux ans ressemble au "Salegy ", cette danse où l’on avance d’un pas pour reculer immédiatement après. Pourrissement, guerre de tranchée, bras de fer qui s’éternise, sont les termes qui viennent à l’esprit devant cette longue crise politique, véritable bourbier dans lequel s’enlisent le présent et le futur de tout un pays.

Jusqu'à présent, la situation se présentait comme suit : globalement deux camps s’affrontent. D’une part les partisans d’une transition neutre, consensuelle, dans l’esprit des accords de Maputo et d’Addis Abeba, et chargée de préparer les élections présidentielles et législatives qui marqueraient le retour à l’ordre constitutionnel conditionnant la réintégration de Madagascar dans les organisations internationales dont elle a été exclue et la fin des sanctions économiques et financières. D’autre part les partisans de la prolongation de la transition actuelle, avec Andry Rajoelina réunissant entre ses mains les pouvoirs exécutif et législatif ainsi que celui de choisir le premier ministre. S’appuyant sur la force que leur confère sur le terrain le pouvoir de fait, les faucons de ce camp refusent toute concession allant vers la neutralité, tout en étant conscient, après une courte période de bravade, de la nécessité impérative, pour des raisons financières, de la reconnaissance internationale.

La crise s’éternise pour une raison classique : aucun des deux camps n’a été en mesure d’abattre définitivement l’autre. En effet, si l’interdiction des rassemblements publics, les arrestations et la fermeture de nombreux médias privés affaiblissent les opposants à la transition dans sa forme actuelle, ces derniers font preuve en interne d’une ténacité peu commune en gardant une capacité de mobilisation non négligeable et ont réussi, au niveau international, à empêcher la reconnaissance du régime de fait. Mais le camp Rajoelina a également pu résister plus longtemps que prévu à la condamnation unanime par la communauté internationale du coup d’Etat perpétré en 2009 et aux sanctions prises par la SADC, l’Union Européenne et les Etats-Unis. Et cela pour plusieurs raisons.

Tout d’abord, la crise malgache a été très peu médiatisée au niveau international. Aussi, la condamnation du coup d’Etat a été très rapidement passée sous silence et n’a eu aucun écho dans les opinions publiques des grandes puissances. Ensuite, l’unanimité de la condamnation du coup d’Etat a été fissurée en raison notamment de la position pour le moins ambiguë de la France qui a entraîné l’Ile Maurice dans son sillage. De ce fait, les sanctions ciblant les personnalités impliquées dans le coup d’Etat n’ont pas été appliquées dans leur intégralité par tous les pays concernés. (Voir ci-dessous en encadré un extrait de la déclaration de l’ancien commissaire européen Louis Michel lors de l’assemblée paritaire ACP-Union Européenne qui s’est tenue voici quelques jours à Budapest.

L'assemblée parlementaire paritaire de l'ACP-UE, par le biais de ses co-présidents, charge la transition à quelques jours du Sommet de la SADC.
La coprésidence de l’Assemblée parlementaire paritaire Afrique-Caraïbes-Pacifique/ Union européenne (APP) décoche une flèche contre la Transition. Louis Michel, co-président de l'assemblée persiste à rester inflexible contre les dirigeants du régime de la transition. "J’attends toujours que la communauté internationale mette une pression maximale sur ceux qui, par exemple, ont pris le pouvoir par un coup d’État à Madagascar", a lancé Louis Michel dans son discours d'ouverture de la 21e session Assemblée parlementaire paritaire, lundi, à Budapest, en Hongrie, une assemblée qui discute entre autres des questions relatives à la démocratie et au respect de l'ordre constitutionnel.

L'ancien commissaire européen en charge du Développement et aux aides humanitaires ne rate pas l'occasion pour critiquer le choix d'inviter les dirigeants de la transition lors du Sommet des Pays les moins avancés en Turquie du 9 au 13 mai. "J'ai été surpris, à Istanbul, de trouver M. Rajoelina à la table d'honneur de la conférence sur les pays les moins avancés. Par ce genre d'attitude, on ne fait que créer un précédent non convenable sur le plan éthique", critique-t-il devant une centaine de députés et leurs homologues du parlement européen.

Mardi, Louis Michel, joint par le zambien David Matongo, l'autre co-président de l'Assemblée parlementaire paritaire, revient à la charge pour évoquer la transition dans la Grande île. "Il est impérieux d'avancer une solution définitive de sortie de crise qui passe par la mise en place préalable d'une transition véritablement neutre", soutient-il dans un communiqué cité par l'Agence France presse (AFP).

Le 9 mai, Leonidas Tezapsidis, ambassadeur désigné (à Madagascar), chef de la délégation de l’Union européenne, avait insisté sur la nécessité d'un dialogue "entre toutes les parties concernées", en marge de la célébration de la Journée de l’Europe. "Il ne faut pas essayer de raccourcir", avait-il affirmé.
Cette fois-ci, ce sont aux co-présidents de l'assemblée parlementaire paritaire de prendre le relais pour insister sur la nécessité d'une transition véritablement neutre. Et ce, à quelques jours du Sommet des chefs d'État et de gouvernement de la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC) qui devrait examiner le sort de la Transition.

Les sanctions financières et commerciales de l’Union Européenne et des Etats-Unis, bien qu’ayant sévèrement réduit les marges de manœuvre du pouvoir de fait, n’ont pas eu un effet contraignant suffisant, d’autres ressources financières ayant été fournies par le trafic de bois précieux, par le versement par la Chine dans des conditions plus que discutables, à travers la société WISCO, de 100 millions de dollars, par des financements occultes venant d’opérateurs économiques ayant déjà sponsorisé le coup d’Etat, et venant d’une puissance particulièrement opposée à une transition qui pourrait éventuellement permettre le retour de Marc Ravalomanana dans la Grande Ile, qu’il soit candidat aux élections ou non. Enfin, la difficulté pour la SADC de traduire en actes concrets l’une des dispositions anti-coup d’Etat liant ses Etats membres, et prévoyant si nécessaire une intervention armée, constitue également l’un des facteurs de prolongation de cette crise.

A quoi peut-on s'attendre pour la suite ?

Afin d’essayer de répondre à cette question, il convient de voir ce qui est en train de changer par rapport à la situation décrite plus haut.

Sur le plan malgacho-malgache, certaines lignes semblent en effet bouger. La société civile semble vouloir sortir de la pusillanimité à laquelle elle s’était jusqu’ici astreinte dans son désir de jouer un rôle dans la médiation et s’est résolue à dénoncer publiquement la situation économique et sociale catastrophique ainsi que les atteintes aux libertés. Par ailleurs, après l’ancien premier ministre Monja Roindefo et les officiers impliqués dans les deux tentatives de soulèvement en 2010, d’autres alliés importants d’Andry Rajoelina prennent leur distance et soutiennent des positions très proches de celles des opposants déclarés.

Ainsi, le PSRI de Gilbert Raharizatovo, ancien ministre de la Communication du premier gouvernement formé au lendemain du coup d’Etat, multiplie actuellement les contacts avec les opposants.
Ainsi la Nouvelle Alliance pour le Changement Démocratique (NACD), nouveau parti qui compte parmi ses membres fondateurs des personnalités de poids (Voir ci-dessous la liste en encadré), pointe du doigt la Constitution de la IVème République et la Feuille de route du Dr Leonardo Simao comme étant les principaux facteurs de blocage à la recherche de solutions à la crise. « D’après Imbiky Anaclet, membre de cette plateforme, et non moins ancien ministre de la justice, nombreux sont les points contradictoires entre ces deux chartes, ce qui pose un énorme problème vis-à-vis même de leur mise en application. D’autant plus (que), ces deux chartes présentent plusieurs points remettant sérieusement en cause les principes de neutralité et d’inclusivité, à ne citer que la feuille de route qui, sans nul doute octroie trop de prérogatives à Andry Rajoelina. En faisant un tour sur la fameuse Constitution, pourtant élaborée par des experts en Droits, celle-ci n’impose même pas un délai au régime de Transition. En effet, l’article 166 de cette Constitution stipule que "toutes les institutions transitoires exercent leur fonctions jusqu’au retour à l’ordre institutionnel". De ce fait, le régime de Transition peut exercer ces fonctions, peu importe si ce retour à l’ordre institutionnel nécessite des mois ou plusieurs années…" (Propos diffusés sur internet)

Les membres de la Nouvelle Alliance pour le Changement Démocratique :
Cécile Manorohanta, Vice-Premier-ministre chargée de l’Intérieur du second gouvernement de Monja Roindefo et ministre de la Défense sous le régime de Marc Ravalomananana ; Alain Tehindrazanarivelo, ancien Vice-Premier-ministre chargé de la Santé du régime Rajoelina et membre de l’ESCOPOL. Il a été proposé au poste de Premier Ministre de consensus lors du dernier remaniement ; Roland Ranjatoelina, ancien Ministre des Transports du dernier gouvernement démissionnaire de Camille Vital, ancien cadre de la compagnie aérienne Air Madagascar ; Imbiki Anaclet, juriste et ministre de la Justice sous le régime Didier Ratsiraka ; Le Général des forces armées (retraité) Manakany Claude, ancien intendant au sein de l’Armée malagasy et a été parmi les candidats à la Primature suite au dernier remaniement ; Me Jonah Rahetilah, ancien Avocat Général, et ancien membre du Tribunal Pénal International du Rwanda ; Jean Jules Harijaona, Enseignant Chercheur, vice-président d’Université.

La NACD dénonce également le manque de démocratie, l’inconstitutionnalité des NOTAM émis à l’encontre des présidents Didier Ratsiraka et Marc Ravalomanana,
Ainsi, Paul Maillot Rafanoharana, nommé en mars 2011 conseiller diplomatique d’Andry Rajoelina, et principal organisateur de ses récents contacts extérieurs, notamment avec Alain Juppé, a déjà remis sa démission en rendant public les raisons de son départ. (Voir l’interview réalisée par Misaina Rakotondratsima que nous reproduisons en annexe sur notre blog).
Ce basculement dans l’opposition d’un nombre non négligeable d’anciens soutiens de la première heure, représentatifs de surcroît des différentes régions de la Grande Ile, sera-t-il de nature à infléchir le rapport des forces entre ceux qui veulent une transition neutre et des élections réellement fiables afin d’obtenir la levée des sanctions internationales et le retour des aides dont le pays a désespérément besoin, et le carré des irréductibles prêts à tout sacrifier pour retarder le moment où ils devront céder la place à des dirigeants élus ?

Le cas de Paul Maillot Rafanoharana, par ailleurs, mérite attention. La lecture que l’on peut faire de cette démission varie en effet selon que cet ancien officier de la gendarmerie française ait agi de sa propre initiative en se faisant nommer conseiller diplomatique, ou s’il fait partie du réseau de défense des intérêts français, très bien implanté à Madagascar parmi ses homologues de l’armée malgache. S’il s’agit d’une démarche personnelle, nous sommes simplement devant le énième cas de déception après avoir collaboré avec Andry Rajoelina. Si par contre les contacts qu’il a pris, ainsi que les propositions visant une transition apaisée et plus neutre qu’il a avancées, et qui lui ont été reprochées, reflétaient la tendance au Quai d’Orsay, alors sa démission prendrait un tout autre sens.

Et Gaborone?

Cette rencontre voulue par le dernier sommet de la SADC qui s’est tenu à Windhoek le 20 mai dernier, marque la volonté de cette entité de ne pas céder sur le caractère consensuel et neutre que doit avoir la transition à Madagascar. Mais le déroulement, et donc les résultats de cette rencontre, sont déjà menacés par la formulation très vague du communiqué parlant de réunir les « parties prenantes » sans préciser lesquelles. De son côté, fidèle à lui-même, Andry Rajoelina annonce déjà qu’il ne cèdera sur rien.
Par ailleurs, des lignes semblant bouger dans le rapport des forces politique malgacho-malgache, comment les organisateurs en tiendront-ils compte, afin de mettre cela en liaison avec la prochaine rencontre de Gaborone en juin, étant entendu que les participants doivent obligatoirement être à la fois représentatifs et limités en nombre?

Et surtout, après les précédents reniements de sa signature par Andry Rajoelina suite aux accords de Maputo et d’Addis Abeba, de quels autres moyens la communauté internationale (qui répète en chœur son soutien à la SADC et son alignement derrière la décision de celle-ci) pourra-t-elle, mais surtout voudra-t-elle user pour imposer l’application de cette décision ?

Devant toutes ces interrogations, une seule certitude : c’est le rapport de force interne qui déterminera vraiment l’évolution de la situation.

Les Inconditionnels de Madagascar,
À l’Ile de la Réunion

 

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