La Coopérative Ouvrière Réunionnaise en grande difficulté financière

Fondée en 1992, La Coopérative Ouvrière Réunionnaise (COR) regroupe quatre sociétés liées à ses activités d'acconage sur les quais de Port Ouest : la SCOP la COR (société d'exploitation de la société mère), COR Logistique, COR Industrie et Transport Logistique Réunion (TLR).
Comme l'indique son nom, la COR est détenue majoritairement par des employés, au nombre total de 88 ETP (équivalant temps plein) au 31 août dernier. C'est moins qu'en 2023 (103 ETP) et cela reflète une importante baisse des activités cumulées des différentes sociétés, observée depuis 2022.
Une chute d'activité qui inquiète les élus du CSE (comité social et économique) de l'entreprise, lesquels ont déclenché le 7 juin dernier une première phase de procédure d'alerte en interrogeant la direction sur « la sous-activité révélée sans alerte préalable, le niveau de trésorerie anormalement bas, la perspective de mettre en place la procédure de chômage partiel et les pertes inquiétantes des filiales ».
Le 28 juin, le CSE décide d'enclencher la phase 2 de la procédure d'alerte et confie au cabinet Afym le soin de mener une expertise comptable, dont la conclusion a été communiquée aux élus le 1er octobre dernier.
Au 31 août 2024, la COR a perdu 99.000 euros de trésorerie par mois depuis le début de l'exercice et présente un résultat d'exploitation consolidé de -1,2 million d'euros. « L'activité ne génère plus d'excédent de trésorerie depuis 2022 : les encaissements sont inférieurs aux décaissements, ainsi l'activité est consommatrice de liquidité au lieu d'en générer », observe le cabinet Afym dans son rapport de 89 pages.
Aucune des différentes entités de la COR n'échappe au marasme : la SCOP présente des résultats d'exploitation déficitaires depuis 2022 et un résultat net de -566.000 euros. Pour la branche transport TLR, le résultat de l’exercice est de -512.000 euros, tandis que COR Logistique affiche -72.000 euros.
« Des primes exceptionnelles allouées malgré les déficits »
Concernant COR Industrie, le rapport relève que « les investissements ne génèrent aucun flux de trésorerie positif depuis la création » et que « la trésorerie provient essentiellement des avances en compte courant d’associé de la COR . »
Malgré la baisse d'activité, « la masse salariale mensuelle augmente tous les mois, dans toutes les catégories », avec « 13 personnes regroupées dans les fonctions supports qui représentent 23% des rémunérations ». Les dockers, qui constituent 50% des effectifs, ne consomment que 39,7% des salaires bruts.
L'audit pointe aussi les bonus élevés reversés aux salariés : « Des primes exceptionnelles allouées malgré les déficits d’exploitation: 203 k€ de primes en 2023 pour la COR contre un résultat d’exploitation déficitaire de -253 k€
➢ Un intéressement et une participation de 146K€ en 2021 et 219K€ en 2022
➢ Une indemnité transactionnelle versée en 2022 de 150.000 €
➢ Un rattrapage de primes de mandataire social de 150.657 € réparti sur 2022, 2023 et 2024 »
La projection du chiffre d'affaires consolidé au 31 décembre 2024 fait état d'une perte de -2,1 millions d'euros, qui s'explique aussi par les importants investissements consentis par la COR pour ses projets de construction d'un hangar de stockage et de logistique, d'un atelier de maintenance et d'un nouveau siège pour la société.
« Le scénario catastrophe du PSE »
« Le projet est budgétisé à 16M€, dont un terrain déjà acquis en 2023 pour 2,2M€ », mentionne le rapport, qui souligne aussi un litige avec le promoteur immobilier Rubis Promotion au sujet d'un projet d'investissement de 12,8 millions d'euros pour la construction d'un entrepôt.
La Coopérative Réunionnaise Ouvrière a consenti à une avance de 1,3 million d'euros, avant d'exiger son remboursement après avoir constaté que « la proposition tarifaire du promoteur faisait ressortir une marge trop élevée qui ne permettait pas de prétendre au crédit d’impôt d’investissement outremer. » Les deux sociétés ont engagé des poursuites et se réclament mutuellement d'importants dédommagements.
Prônant la «flexibilisation de la masse salariale par le recours à l'intérim et au CDD », le cabinet Afym envisage même « le scénario catastrophe » du plan de sauvegarde de l'emploi (PSE). Et enjoint la COR à négocier un moratoire sur tous les nouveaux emprunts souscrits tout en mettant en place « des outils de pilotage performants » permettant le « suivi du taux d'occupation des équipes » et « le suivi du cash journalier ».
Selon nos informations, un conseil d'administration se tiendra le 6 décembre et pourrait donner lieu à des départs au sein des associés historiques de la COR.


