Saint-Pierre : Un cuisinier jugé pour agression sexuelle sur sa collègue et violences contre son mari

Mains aux fesses, contacts physiques au niveau des seins, des cuisses, du visage... Les agressions se répètent à chaque service avec Gauthier*, décrit la victime Maria*. Cette jeune femme, qui se qualifie de “solaire” et “avenante” en raison de son métier, modifie progressivement son apparence. “C'est peut-être ma faute, j'avais pourtant arrêté de me maquiller”, tente-t-elle de comprendre ce qui s'est passé le soir du 21 mai dernier. La jeune femme termine son service et va se changer dans les vestiaires réservés aux femmes. La serrure est défectueuse, et Gauthier en profite pour faire irruption. Il la plaque contre un mur et lui touche les seins et le sexe.
Le soir même, Maria se confie à son directeur, qu'elle considère comme un ami proche. Ce dernier la raccompagne chez elle et promet, comme pour les faits dénoncés précédemment, de “régler la situation”. Une confrontation est bien organisée par le responsable hiérarchique, mais chacun campe sur ses positions.
Victime et prévenu habitent alors le même quartier. Quelques jours plus tard, Gauthier croise le mari de Maria devant la boutique. Celui-ci, mis au courant par sa femme des agressions quotidiennes qu'elle subissait au restaurant depuis l'arrivée de Gauthier, mais pas des derniers faits, insulte le second de cuisine, qui le frappe violemment au visage. Grièvement blessé, le mari a dû subir une opération chirurgicale.
La lecture des auditions des autres employés du restaurant du front de mer de Saint-Pierre laisse transparaître une Maria “ouverte, très à l'aise avec les hommes”. Gauthier va même jusqu'à produire au tribunal des photos de Maria dénudée, qu’il présente comme preuve d'une relation entre elle et le directeur du restaurant. À la barre, le mari confirme : ils ne sont pas un couple libertin, et les photos datent du début de leur relation.
Des photos pour "salir la partie civile”
“Femme jolie, extravertie, femme à hommes et finalement femme menteuse”, tance Me Mélanie Thieffry, en soutien de Maria et de son mari. Pour l'avocate, Gauthier s'est “créé un film dans sa tête”. Les deux collègues n'ont jamais eu de relation intime ni de contact physique consenti. Les auditions des autres employés confirment également que Maria s'est régulièrement plainte du comportement inapproprié de Gauthier. La cohérence de la version de sa cliente et l'expertise médicale de l'unité médico-judiciaire viennent aussi peser dans la balance de l'accusation d'agression sexuelle pour l'avocate de la partie civile.
“Les photos dénudées de la victime seront conservées sous scellés et donneront lieu à une enquête judiciaire”, tonne le vice-procureur, qui déplore leur utilisation “pour salir la partie civile”. Sur le fond, le parquet s'accorde avec la partie civile. “Comment peut-on avoir une relation pleinement consentie avec monsieur et se présenter à la barre dans cet état ?” interroge-t-il. “On ne peut pas jouer la comédie aussi longtemps.” Reprenant l'examen médico-judiciaire, les expertises psychiatriques et les témoignages pour caractériser l'agression sexuelle, le parquet demande à l'encontre de Gauthier 4 ans de prison, dont 2 ans de sursis probatoire, ainsi que l'obligation de soins, de travailler, l'interdiction de contact avec les victimes, et l'inscription au Fijais.
Concernant les violences, l’avocate de Gauthier, Me Emma Delaunay, compare son client à Lennie dans “Des souris et des hommes” : “un gros bêta qui n'a pas réfléchi”. En revanche, elle s'insurge contre l'interprétation des faits par la partie adverse. S'il est indéniable que Maria souffre, “le responsable est peut-être quelqu'un d'autre”. Maria aurait confié à Gauthier que son mari est violent et alcoolique, développe l'avocate, pour obtenir la relaxe de son client.
Le délibéré est attendu pour le 12 décembre prochain.
*prénoms d'emprunt


