Les élections cantonales de 2011
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D’autres travaux à faire et des occupations contraignantes, ne m’ont pas permis de rédiger mon journal sur les dernières élections cantonales, plus tôt. Même avec du retard, il me paraît important de m’arrêter un instant sur le sujet.
Cette élection, comme toutes les autres, entre dans la perspective de l’action – modeste – que je mène sur le thème de "l’électeur souverain".
Dans les pays à haut niveau de vie, le taux d’abstention aux élections est important. Les vrais abstentionnistes sont des électeurs qui mènent leur vie, ne pensent plus à la communauté ni au bien commun. C’est le "chacun pour soi", l’individu roi. La société doit leur assurer la sécurité, la possibilité de gagner leur vie, la liberté de faire ce qu’ils veulent . Au mieux, pour ces gens-là, les élections sont une occasion de s’amuser des querelles d’ambitions qui opposent les candidats et les partis.
Comment André Thien Ah khoun va-t-il récupérer sa Mairie du Tampon ? Comment va-t-il chercher à nuire à Didier Robert pour atteindre son but? Pourquoi certains socialistes, sont-ils réticents pour reconduire Nassimah Dindar à la présidence du Conseil général ? Pourquoi Paul Vergès, au contraire veut-il introniser la présidente sortante ? Comment les Virapoullé attaquent-ils le maire de Saint-André, pour le déloger en 2014 ? Ce furent les thèmes développés aux dernières cantonales. Les intrigues, les peaux de banane, les coups bas, les trahisons, les changements de veste, voilà ce qui intéresse le peuple.
Ceux qui se moquent de la politique et qui s’abstiennent aux élections, ne sont pas seuls à en demander. Les autres aussi. Ceux qui militent dans les partis, ceux qui en parlent en famille, avec les copains, ceux qui votent. Tous attendent des histoires croustillantes, sont avides du spectacle que leur offriront les politiciens-comédiens sur les tréteaux du grand théâtre de la République. Les électeurs ne sont plus "souverains", ils ne sont même plus "clients", ils sont devenus "spectateurs", pour faire la claque ou pour siffler.
Entre les élections, les licenciés de l’ARAST, les retraités, les transporteurs et les entrepreneurs du bâtiment, les fonctionnaires, les étudiants et les lycéens, les enseignants et les parents d’élèves défilent, font du sit-in devant la préfecture, tiennent meetings et conférences de presse, s’agitent. Entre les élections, les demandeurs de logements, les demandeurs d’emplois, les consommateurs écrivent dans "les courriers de lecteurs", interviennent sur les ondes de Freedom, défilent et sont reçus par un collaborateur du préfet. Mais pendant les campagnes électorales, tout ce monde disparaît de la scène.
C’est pourtant là qu’il faudrait, au contraire, faire pression sur les candidats. Le préfet ou le recteur que l’on interpelle quand il n’y a pas d’élection, n’ont pas de comptes à rendre au peuple. Ils ne doivent pas leur place au peuple. Ils font leur temps et sont affectés ailleurs. C’est devant l’Hotel de Région, le Palais de la Source, les mairies qu’il faut défiler et faire du sit-in, tout le temps et plus encore en campagnes électorales. Ce sont les élus de la Région, du Département, de la Commune qui sont désignés ou congédiés par "les électeurs souverains", qui doivent répondre devant eux ; ce sont les élus que "les électeurs souverains" doivent interpeller. Les périodes électorales devraient servir à examiner les bilans des candidats sortants, et à tester les capacités des candidats d’alternatives, dans des rencontres candidats/électeurs.
Aux dernières cantonales, les candidats, les sortants et les autres, n’ont guère senti le poids des "électeurs souverains" pour les pousser à répondre, à s’engager et à s’expliquer sur les problèmes de fond que connaissent les hommes, les femmes, les jeunes, les familles, les chefs d’entreprises, les fonctionnaires, les salariés et les vieux. Chacun a sorti son couplet et ses promesses sur ces questions, et tout le monde s’en est contenté.
Trois observations : sur les média, les corps intermédiaires, le vote blanc.
Tout le monde accuse les média de détourner les "électeurs souverains" des vrais problèmes, pour les amuser aux spectacles des politiciens-comédiens. C’est en partie faux. Ce sont les électeurs qui en demandent. Il fut un temps où les média éveillaient les consciences, traitaient au fond, des problèmes, parfois prenaient parti. Aujourd’hui, exciter "l’électeur-client", "l’électeur-spectateur", rapporte davantage que de servir "l’électeur-souverain".
Un de mes combats depuis que je participe à la vie publique, a été de sortir les acteurs de la vie civile – syndicats, associations, corps intermédiaires divers – de la mainmise des politiques, pour qu’ils en deviennent "partenaires". J’ai toujours été contre les associations-courroies-de-transmission des collectivités, vivant, souvent, exclusivement, des subsides de celles-ci. On en a vu, et pas des moindres, disparaître au lendemain d’un changement de majorité à la Région. Si les corps intermédiaires sont parvenus à se constituer, à sortir de la tutelles des partis, ils n’en sont pas encore devenus partenaires. Il n’y a pas aujourd’hui, partenariat entre les corps intermédiaires et les politiques, mais, trop souvent, collusion. Dans une campagne électorale, ils devraient interpeller les candidats, sans faire de distinction, et expliquer au corps électoral le sens et les résultats de leurs démarches. Les corps intermédiaires doivent pouvoir être partenaires de n’importe quel élu ou parti au pouvoir
Enfin, je milite pour la prise en compte des votes blancs comme "suffrages exprimés". Aujourd’hui, l’électeur qui vote blanc, ne compte pas. Alors il ne vote pas. Il est confondu avec tous ceux qui se moquent de la vie publique. C’est illogique et injuste.
A tous ceux qui disent que les élections ne servent plus à rien, je voudrais souligner deux vérités que personne ne peut contester.
1. Ce sont les votes des électeurs et eux seuls qui donnent le pouvoir ou le retirent. Lorsqu’il y a fraude, il y a lieu de protester, de dire que l’élection est une comédie. A La Réunion, aujourd’hui, cela n’est plus le cas. Quand l’électeur réunionnais, met son bulletin pour un petit canard dans l’urne, il n’en sort pas un petit poulet. Lorsqu’un candidat est élu, ce sont les électeurs et eux seuls qu’ils l’ont élu.
2. Le vote est secret. Personne ne sait pour quel candidat l’électeur a voté lorsque, dans l’isoloir, il met un bulletin dans l’enveloppe. Personne ne peut faire pression sur lui dans l’isoloir. L’électeur, dans l’isoloir, est seul, absolument seul, devant sa conscience. Il est souverain. Ce qui veut dire que seule l’idée qu’il a de l’intérêt général du pays et du bien commun des personnes, doit dicter son vote. Il n’est tenu, moralement, par aucun autre engagement. C’est cela qui découragera ceux qui pensent pouvoir "acheter des voix", et embrigader les consciences. S’il est un endroit et un moment où le mot "liberté" a un sens, c’est bien dans l’isoloir quand on glisse le bulletin de son choix dans l’enveloppe que l’on mettra dans l’urne.
Paul Hoarau


