Coups de sabre en récidive : L'alcool au cœur des débats

Jean-Denis A., 53 ans, est bien connu des services de la justice. Si ce quinquagénaire, à l'apparence plutôt calme, se déplace avec difficulté pour atteindre la barre du tribunal judiciaire, il fait tout de même état de sept mentions à son casier judiciaire. Dans la nuit du 6 au 7 septembre dernier, alors qu'il héberge un ami, les gendarmes sont appelés chez lui pour des faits de violences. Les militaires constatent, avec effroi, qu'il a porté des coups de sabre à son dalon à trois reprises. Un coup à la tête, un au bras et un troisième au tibia. Fort heureusement, les blessures de la victime, qui reçoit une ITT de 2 jours, s'avèreront superficielles, malgré 25 points de sutures au total. Les premiers éléments montrent que les deux hommes étaient fortement alcoolisés au moment des faits. La victime explique aux militaires que le mis en cause s'est défoulé sur lui car il était énervé.
Jugé ce mercredi dans le cadre de la comparution immédiate, le prévenu explique qu'il voulait que son dalon parte de chez lui et que celui-ci a refusé. La suite est malheureusement connue. À sa décharge, c'est lui qui a appelé les secours et les gendarmes lorsqu'il a pris conscience de son acte. Le problème, même s'il explique qu'il ne voulait que "lui faire peur", est qu'il a été condamné pour des faits identiques en 2021 à une peine de prison avec incarcération à l'audience. Le tribunal avait tenu compte de sa problématique addictive à l'alcool en le soumettant à une injonction de soins dès sa sortie de détention. Aujourd'hui, le tribunal ne peut que constater l'échec de ce suivi alors que le mis en cause a déjà effectué sept cures de désintoxication. L'expertise psychiatrique conclut tout de même que son discernement n'était ni aboli, ni altéré au moment des faits, mais relève une dangerosité lorsqu'il est sous l'emprise de l'alcool.
"N'importe quel objet utilisé contre quelqu'un devient une arme par destination"
De son côté, la procureure de la République rappelle que "n'importe quel objet utilisé contre quelqu'un devient une arme par destination", ajoutant que "dans ce cas, il s'agit de coups de sabre qui auraient pu amener le prévenu devant la Cour d'assises compte tenu de la gravité des coups portés dans un état d'inconscience dû à son l'alcoolisation importante". La magistrate met l'accent sur la nécessité impérieuse "d'en finir avec son comportement", fustigeant le fait qu'"il utilise toujours une arme lorsqu'il est alcoolisé". Notant un "état de dangerosité avéré" du prévenu, le parquet requiert une peine de 2 ans de prison dont 8 mois de sursis probatoire renforcé avec maintien en détention et une obligation de soins.
"Il a effectivement une grosse, grosse, grosse problématique alcoolique", reconnait la défense, qui insiste sur son taux de 3,27 g/l d'alcool dans le sang après les faits. La robe noire précise que son client "a continué de se faire suivre après son suivi probatoire, mais qu'il montre de grandes difficultés d'expression et de compréhension dues à son handicap". Et conclure : "II n'a pas sa place en détention, car il est capable de s'astreindre à des obligations par une détention à domicile. Il est conscient de son problème et est capable de changer". Notant des "faits particulièrement graves", le tribunal prononce une peine de 2 de prison dont 1 an de sursis probatoire renforcé avec obligation de soins, une interdiction de fréquenter les débits de boissons et un maintien en détention.


