Le Tampon : Condamné à ne plus approcher son ex-compagne, il boit le café sur sa terrasse dès le lendemain

Vendredi 2 juillet, le juge des affaires familiales (JAF) du tribunal de Saint-Pierre était saisi pour une ordonnance de protection par Josiane* contre son ex-mari, Jacques*, pour des faits de violences physiques, morales et des menaces de mort fin juin. Divorcés depuis plusieurs années, les ex-conjoints partagent la même maison, où chacun vit dans une partie séparée. Le JAF a donc ordonné une interdiction de contact et fourni à Josiane un téléphone grave danger (TGD).
Le soir même du jugement, la victime préfère aller dormir chez sa fille. Elle retourne à son domicile le lendemain et voit Jacques tranquillement sur sa terrasse buvant un café. Elle active directement son TGD et il est placé en garde à vue, avant d'être jugé en comparution immédiate lundi dernier.
Face aux juges, le septuagénaire affirme avoir des problèmes d'Alzheimer et qu'il ne se rappelait plus de la décision du juge. Si les magistrats possédaient bien un certificat médical déclarant que Jacques a bien "une dégradation avec perte de mémoire", ils n'ont aucun diagnostic qui certifie qu'il est atteint d'Alzheimer.
Mais si le prévenu ne se souvenait plus de la décision de justice, il se souvient parfaitement qu'il a payé la maison et qu'il ne veut pas en partir. De quoi éveiller la méfiance des juges sur ses pertes de mémoire, surtout lorsqu'il se rappelle que tous les papiers prouvant ses dires sont toujours chez son ex.
"Il a un Alzheimer sélectif"
"Ça va se repasser ce soir ou demain et nous serons là à nouveau mercredi prochain. Il l'a dit : c'est sa maison. Il a un Alzheimer sélectif, c'est pratique quand on ne doit pas se rappeler d'une interdiction de contact", argue Me Ludivine Crauste pour la partie civile. Elle demande donc à nouveau l'interdiction de contact, une obligation de soin et 400 euros pour le préjudice moral.
Pour le procureur de la République, la difficulté se situe au niveau de la notification de la décision de justice qui n'avait pas encore été établie et donc n'était pas encore entrée en vigueur. C'est pourquoi il ne demande pas de condamnation pour le prévenu.
Du côté de la défense, Me Sameïdha Mardaye va évidemment insister sur le fait que "la décision de justice n'a pas été notifiée et que l'huissier n'a pas été prévenu". La robe noire va également appuyer sur les problèmes de mémoire de son client, rappelant que durant sa garde à vue, "il a dit qu'il n'avait pas d'enfants, alors qu'il en a six."
Finalement, en raison du manque de notification de la décision de justice, le tribunal va ordonner la relaxe pour le prévenu. Par contre, l'ordonnance d'interdiction de contact a été faite directement après l'audience.
*Prénoms d'emprunt


