Poursuivi par les policiers, il ose appeler le 17 pour les éloigner

Les faits se sont déroulés les 16 et 19 juin derniers au Port. Alors qu'ils circulent dans l'agglomération, les policiers sont surpris par une moto qui emprunte un rond-point en sens inverse. Ils le prennent en chasse pour tenter de l'interpeller, mais le motard prend la fuite malgré les sirènes et le gyrophare qui lui intiment l'ordre de s'arrêter. Tout y passe : vitesse excessive, passage sur les trottoirs avec la présence de piétons et contre-sens. Par soucis de sécurité, les policiers le laissent partir. Pour autant, un détail les a marqués : le pilote porte un casque Jet, ce qui leur permet de pouvoir l'identifier, tout comme sa plaque d'immatriculation qui est, pour une fois, à son nom. Trois jours plus tard, alors qu'il est recherché, une patrouille aperçoit un homme sur une grosse cylindrée qui roule à vive allure et à contre-sens. Cette fois encore, il s'enfuit. Même moto, même conducteur que le 16 juin.
Toujours à sa recherche, le 19 au soir, les policiers reconnaissent le fuyard dans un bar. Cette fois, ils l'appréhendent et procèdent à son interpellation. Ce qu'ils ne savaient pas, c'est que lorsque le contrevenant les a aperçus, il a, en bon stratège, appelé le 17 et dénoncé des "pseudos" coups de feu et une personne avec un fusil. Pensant faire partir les policiers de BAC, il leur indique un lieu à l'opposé. Peine perdue puisqu'il est quand même embarqué et placé en garde à vue.
L'état de récidive et son double refus d'obtempérer le conduisent en comparution immédiate ce mercredi. À la barre, contrairement aux auditions de garde à vue, ce n'est plus lui l'auteur : "J'ai vendu ma moto en février, ce n'était pas moi. J'ai reconnu en garde à vue, car la police m'a mis la pression, j'ai été obligé de dire que c'était moi", affirme le prévenu. Idem pour l'appel au 17, ce n'est pas lui. L'enquête montre pourtant que le numéro appelant est le sien, ajoutez à cela que sur l'enregistrement de l'appel, il s'agit bien de sa voix et la messe est dite. De plus, il conduit sans permis et sans assurance, faits pour lesquels, il est également en récidive.
S'appuyant sur les 15 mentions de son casier, le sursis probatoire en cours et sa sortie de prison en mars pour des faits identiques, le parquet se fend, non sans ironie, d'un : "Les prévenus ont toujours le droit de mentir, c'est un droit fondamental et c'est au parquet de soutenir l'accusation. Mais, ils ont aussi le droit de garder le silence et il aurait dû en faire usage aujourd'hui". Et de poursuivre : "Il est formellement identifié les 16 et 19 juin, il vous ment". La magistrate requiert une peine de 6 mois de prison pour la conduite sans permis, 8 mois pour le premier refus d'obtempérer, 8 mois pour le deuxième et enfin, demande la révocation de 3 mois du sursis probatoire en cours, avant de conclure : "Vous avez fait le choix de mettre tout le monde en danger, vous êtes un habitué".
"Je doute de la caractérisation de certaines infractions comme le défaut d'assurance, car rien ne lui a été dit à cet égard", répond la défense. "Quant à la qualification de l'appel au 17, la prévention retenue n'est pas la bonne, je vous demande la relaxe pour ce fait. Pour les refus d'obtempérer, rien ne vous empêche de ne prononcer qu'une seule et unique peine. Concernant le surplus, vous apprécierez", plaide la robe noire.
Après délibération, le tribunal, retenant une erreur de prévention, prononce la relaxe pour le fait d'appel au 17. Pour le surplus, le tribunal prononce des peines de 8 mois de prison pour la conduite sans permis, 8 mois pour le premier refus d'obtempérer, 8 mois pour le second, la révocation de 3 mois de sursis probatoire et une amende de 300 euros pour le défaut d'assurance. La moto est confisqué et le prévenu est maintenu en détention.


