Les directeurs et directrices d’école : maillon faible de l’Education nationale !
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Monsieur le Président de la République,
Le mois de janvier se termine, et avec lui la période des vœux… Vos vœux ! Nous y voyons le résultat de l’effort et du travail que nous accomplissons en vue d’aider à la reconnaissance du métier de directeur d’école et c’est donc avec à la fois curiosité et motivation que ce mercredi 19 janvier nous étions attentifs à votre discours. Nous y avons entendu, Monsieur le Président, votre attachement au monde de la culture et de l’éducation, votre volonté, malgré les difficultés budgétaires de voir des réformes permettant plus de qualité du système éducatif et votre vœu de voir nos rêves se réaliser en 2011.
Nous avons fait un rêve ; celui de la reconnaissance des Directeurs d’école par un statut spécifique. Depuis des années, nous rêvons de voir l’école être enfin dotée du pilotage de proximité dont elle a un besoin impérieux pour retrouver son efficacité.
Pour cela vous pourriez vous appuyer sur les Directrices et les Directeurs actuellement en poste. Ce personnel, essentiel non seulement au bon fonctionnement de l’école mais aussi au maillage social de proximité, devrait avoir la considération que mérite son dévouement, son implication et sa place dans le système éducatif de notre pays.
Or, paradoxalement, et cela s’est confirmé à chaque enquête parue (MGEN, DEGESCO, CSS…) c’est un personnel en grand désarroi et en grande difficulté. Depuis plus de 10 ans la situation des directeurs ne cesse de se dégrader. Alors que, sous la pression d’une société toujours plus exigeante, leur rôle ne cesse de s’amplifier, leurs tâches ne cessent de s’accroître et leurs responsabilités ne cessent de s’étendre, aucun moyen n’est venu soulager la pression déjà forte qui pèse sur les directrices et les directeurs d’école. Une situation alarmante puisque ce sont près de 5000 postes de directions qui restent vacants lors des mouvements du personnel et qu’une proportion toujours plus grande de professeurs des écoles inexpérimentés sont nommés d’office à la tête des écoles.
En juin 2007, nous avions attiré l’attention de votre conseiller à l’éducation, Monsieur de Froment, lors d’une audience qu’il nous avait accordée, sur l’état alarmant dans lequel se trouvaient les directeurs d’école et de leurs attentes fortes pour une reconnaissance statutaire.
Des réformes ont été mises en œuvre, puis démises… Des rapports ont été écrits et transmis au ministre (juin 2010 rapport de l’institut Montaigne, septembre 2010 rapport du député REISS, octobre 2010 rapports M. Attali…pour ne citer que les derniers). Et malgré cela, aucune amélioration n’est venue soulager le quotidien des Directrices et Directeurs d’école. Pire, on nous supprime le peu d’aide que les EVS pouvaient nous apporter, on nous conteste le bonus pour accéder à la hors-classe et, alors que rien ne le justifie (puisque cela ne concerne que 15 à 20% des élèves) et que notre manque de temps est de notoriété publique, on impose aux Directeurs, surchargés de travail, un face à face devant les élèves pour l’Aide personnalisée…
Le rapport Pisa de l’OCDE vient de montrer une nouvelle fois que les systèmes éducatifs performants sont ceux qui ont su se doter de pilotage et de management efficace pour leur école.
Nous avons en France la chance d’avoir des personnels motivés volontaires et engagés qui occupent les fonctions de Directrices et Directeurs d’école. Malheureusement, ces personnels sont en souffrance, car ils ne peuvent assumer correctement leur travail. Leurs missions ne peuvent être conduites sereinement, car ils n’ont aucune existence juridique. Un statut spécifique leur donnant à la fois reconnaissance, formation et rémunération est maintenant attendu avec impatience.
Notre ministre ne semble ni entendre ni voir dans quelles difficultés se trouvent les Directrices et Directeurs d’écoles du premier degré. Malgré des rencontres régulières avec ses conseillers, les choix politiques qui doivent être faits et que nous leur avons suggérés, ne semblent pas être à l’ordre du jour.
Ces choix Monsieur le Président nous les souhaitons, pour ces personnels bien sûrs, mais surtout pour l’école qui doit permettre à tous les enfants de réussir. Sans pilote l’avion tombe.
Monsieur le Président l’avion de l’école du Premier Degré est en train de tomber.
S’il s’écrase les dommages seront nombreux pour ceux qui sont dans l’avion, mais également pour le pays sur lequel il s’écrasera.
Monsieur le Président nous ne pouvons imaginer que vous laissiez cet avion tomber et cette situation perdurer.
Afin que les Directrices et les Directeurs ne soient plus les oubliés du système, il est urgent de faire un geste fort envers eux:
- les exempter de l'aide personnalisée comme tous les autres enseignants ayant une spécificité reconnue (à part la reconnaissance, cela ne coûterait rien)
- l'accès automatique à la Hors-Classe.
Dans le même temps, ouvrir les discussions sur le fonctionnement de l'école et la direction promises par le ministre de l'Éducation nationale suite au rapport Reiss , afin d'asseoir une réforme aussi nécessaire qu'urgente sur le plus large consensus possible.
Que cette école de la République puisse encore permettre le rêve, le rêve que chaque enfant peut faire en voyant son instituteur ou son directeur d’école et se dire un jour peut-être je serai à sa place. Monsieur le Président, ce rêve d’enfant que vous avez évoqué ce mercredi 20 janvier, permettez-nous de l’avoir.
Ce rêve d’enfant que nous avons encore en tête : devenir des Directrices et Directeurs d’école reconnus. Ce rêve est celui d’un choix politique engagé : oser donner à l’école les vrais moyens qui lui font toujours défaut : une vraie DIRECTION.
Ce choix Monsieur le Président peut être fait. Ce choix Monsieur le Président doit être fait. Les Directrices et Directeurs de ce pays l’attendent. L’Ecole de la République en a besoin.
Nous espérons que nos vœux pourront s’exaucer durant cette année, et qu’une audience nous permettra de vous présenter nos travaux sur le dossier de la Direction d’école.
Certains de votre compréhension et de votre attachement à l’école de la République, nous vous prions d'agréer, Monsieur le Président de la République, l'expression de nos sentiments fidèlement dévoués.
Les Directrices et Directeurs d’école


