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Banques : La guillotine du XXIème siècle

Ecrit par zinfos974 – le vendredi 17 décembre 2010 à 14H26

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Oui, la guillotine existe encore, elle nous décapite brutalement, lourdement, cruellement, sans autre forme de procès, sous le visage d'une interdiction bancaire injustifiée.

Du jour au lendemain, après une profonde humiliation à une caisse de supermarché, devant une queue de personnes  énervées par une longue attente due à l'entêtement de toutes mes cartes bancaires à refuser le paiement, j'ai dû honteusement remettre tous mes articles à leurs rayons respectifs. De son côté, mon mari a subi la même humiliation dans un autre magasin mais il a été encore plus profondément humilié, quand, au moment de la finalisation du montage d’un dossier de demande de crédit, déjà négocié et verbalement accordé, le Directeur d’une agence de la Société Générale à Paris l'informe de l’impossibilité de finaliser ce dossier en raison d’une  interdiction bancaire. Sonné, mon mari le fut et c'est peu dire et de crédit, il n'en  était plus  question !
 
Ce triste épisode s'est passé lors de notre séjour à Paris.
 
Pris de court, nous avons aussitôt contacté  le Crédit Agricole de  La Réunion, notre banque principale, dépositaire de nos avoirs financiers. Elle nous apprend que la Bred est à l’origine de cet interdit bancaire  en date du 27 octobre 2010.
 
Je dois préciser qu’étant à Paris, nous n’avions pu prendre connaissance des deux lettres envoyées par la Bred, à notre domicile de La Réunion. Il s’agit d’une lettre d’information en date du 22 octobre 2010 et de deux lettres d’injonction, en date du 29 octobre 2010 envoyées en recommandé avec AR, à mon époux et à moi puisque nous avons un compte-joint.
 
Amputés de tous nos moyens de paiements, chèques et cartes à puce, nous ne disposions que de très peu d’argent de poche en guise de ressources pour nos déplacements et notre nourriture.
 
Nous avons aussitôt appelé l’agence de la Bred de St Denis, rue Victor Mac Auliffe. Puis, tous les trois jours, pendant  les dix jours suivants, nous avons lancé des appels de détresse expliquant la situation dramatique dans laquelle nous avons été soudainement plongés, insistant sur le fait que nous n'avons émis aucun chèque d'un montant de 271,44 € et que donc, nous n’avions pas à régulariser la situation. A la banque de procéder aux vérifications nécessaires. Invariablement, il nous a été rétorqué que l’agence attendait la photocopie du chèque incriminé.
 
De guerre lasse, face à une situation insoutenable, le 14 novembre 2010, j’ai dû interrompre mon séjour à Paris afin de régler ce problème à la Réunion. J’ai dû laisser mon mari bloqué à Paris. Il avait planifié d ‘aller auprès de sa mère, malade et âgée de 87ans. Il ne pouvait même pas acheter un billet de train.
 
Dés ma descente d’avion, je me rends aussitôt au bureau de notre conseillère à la Bred. Je lui ai fait remarquer qu’elle n’a pas donné suite à nos appels de détresse en provenance de Paris et que j'ai dû prendre la décision de revenir à la Réunion, toute affaire cessante. Accueil froid, sur la défensive. Je n’ai eu aucune explication, sinon encore et toujours la même réponse, attendre  et attendre encore qu'on retrouve les traces du mystérieux chèque.  
 
Alors, je lui demande de vérifier si nous avons un chéquier. Un seul clic sur le clavier de l’ordinateur, seulement l'espace d'une fraction de seconde, et l'ordinateur répond "1986" !
 
Incroyable, notre dernier chéquier remonte à 1986 ! A l’époque des francs, au siècle dernier !  Là, ça sent le brûlé, sauve qui peut, vite, il faut agir pour le confort de son poste ! Métamorphose instantanée de la conseillère. De sa propre initiative, elle appelle aussitôt le centre technique pour accélérer la recherche du chèque : "Allo… dit-elle à une collègue, "peux-tu accélérer la recherche du chèque n°766 5000 ?".
 
Et comme par hasard, dans l'après-midi, un coup de téléphone (celui que j'attendais désespérément à Paris depuis le 8 novembre), m'apprend que le chèque a été présenté à Paris par la CIC et qu'il faudra attendre encore  trois jours pour savoir exactement ce qu'il en est. J’en conclus que rien n’avait été fait auparavant.
 
Cela ne débloque pas pour autant notre insoutenable inconfort financier.
 
Je rappelle donc la Bred de Saint Denis. Cette fois-ci, c'est le directeur de l’agence en personne qui me répond ; Tel Sisyphe, je lui rappelle notre situation, tout en demandant si avant de frapper un client d'interdiction bancaire, il ne déclenchait pas un processus de vérification, me gardant bien de lui dire que je n'avais pas de chéquier depuis 1986. Telle une gifle, je me suis entendue répondre, d’une voix agacée "Mais, madame, vous êtes 5000 clients, nous n'avons pas le temps de nous attarder sur chaque cas…".
 
J'ai bien assimilé la leçon. Le temps, il l’aurait pris le temps… si le compte était une pierre lourde de milliers d’euros, qui plus est, depuis des années, ce compte n’a connu aucun mouvement d’opération. Non, je n’ai pas tendu l’autre joue mais j’ai bien ressenti la brûlure d’une seconde gifle.
 
  La dépression s'insinuait insidieusement en moi, malgré moi, à travers  l’impuissant sentiment de n'être qu'un jouet dont on dispose sans une once d'humanité, un pantin désarticulé par le poids de l'interdit bancaire. Emotionnellement pulvérisé dans mon âme et dans ma dignité, je ne pouvais réprimer mes larmes ni à la maison, ni dans la rue. C'était incontrôlable, tout simplement incontrôlable !
 
Un sursaut de révolte est parvenu toutefois à m'insuffler la force nécessaire pour envoyer une lettre recommandée avec AR, le 18 novembre 2010, réclamant cette fois, par écrit, la photocopie du chèque. En guise de réponse, et cette fois ci, comme par enchantement, le responsable de la Bred se souvient  que nous avons des téléphones. N'ayant pu me contacter, il a poussé la délicatesse jusqu'à retrouver le numéro de Paris, et de laisser le message suivant à mon mari "le souci concernant votre compte est dû à une erreur de la banque". Cette fois ci, la voix est étonnamment bienveillante.
 
Nous ne recevons toujours pas la photocopie du mystérieux chèque.
 
Le 29 novembre, lasse d'attendre la  dite photocopie, j'envoie une seconde lettre recommandée avec AR pour la  réclamer à nouveau. Les téléphones  se mettent à nouveau en branle, à La Réunion et à Paris pour annoncer cette fois ci la mainlevée de l'interdiction bancaire par la Banque de France. Quelle miraculeuse  vélocité  pour des démarches qui, d’ordinaire, nécessitent un long délai lorsque l’erreur provient du client. Quelle surprenante efficacité quand il s’agit de sauvegarder l’image de la banque !
 
Et… toujours pas la moindre trace de la photocopie du mystérieux chèque.
 
Le 7 décembre, à son retour de Paris, mon mari se rend à l'agence de la Bred. Comme par enchantement, il est tout de suite reçu avec empressement et attention par la conseillère, rejoint très peu de temps après par le responsable de l’agence. Mon mari leur a fait part des séquelles liées à l’inscription de notre nom au fichier des interdits bancaires à la Banque de France. En  réponse, le responsable a tenté de le persuader que toute trace informatique de l’interdiction bancaire a été effacée auprès de la banque de France. A la place de la photocopie du chèque, lui est remise officieusement la photocopie d'une lettre datée du 2 Novembre 2010, dans laquelle sont présentées :
   - de plates excuses pour une erreur interbancaire.
   - la mainlevée de l’interdiction bancaire, "effective depuis le 26 novembre 2011",  oui, j'ai bien lu et relu 2011.
 
Or, le Crédit Agricole nous a déjà informés de la main levée de l'interdiction bancaire par un courrier en date du 22 novembre 2010 !
 
Je constate donc que la date de la main levée de l’interdiction bancaire donnée par la Bred ne correspond pas à celle du Crédit Agricole. En outre, la Bred qui, elle, est à l’origine de l’interdiction bancaire, ne nous a informés officiellement de la mainlevée de l’interdiction bancaire que le 9 décembre, par voie postale, le cachet de la poste faisant foi.
 
Cette multitude d’erreurs à tous les niveaux, à l’image d’un lapsus, révèlent bien la désinvolture avec laquelle cette agence de la Bred peut, du jour au lendemain, sous divers arguments fallacieux, nous persuader que l’ensemble de leurs erreurs informatiques et humaines ne sont que des broutilles sans importance et sans conséquences.»
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Pour la banque l’affaire est close, par contre, pour nous, les séquelles sur le plan psychologique, social et financier sont  très lourdes de conséquences. Ajouter à ce lourd bilan un séjour avorté, un cadeau d’anniversaire volé. En effet, j’avais réservé la surprise d’un voyage à mon mari pour ses 65 ans le 20 novembre et j’ai dû tout annuler billets, hôtel. Il suffisait d’un simple clic sur l’ordinateur de la banque  pour nous épargner notre descente aux enfers.
 
En  dénonçant, dans la presse, cette interdiction bancaire injustifiée et décidée avec désinvolture, je ne cherche pas à me venger, mais à crier à l’injustice, à la déshumanisation et au manque de responsabilité d’une banque dont les services  sont censés aider, conseiller, et non pas abattre ses clients sur les plans psychologique et financier. En effet il est évident que le système bancaire n’est orienté que vers la ponction outrancière du client, pour preuve, les frais de rejet du chèque prélevés simultanément sur nos différents comptes s’élèvent à 261.87 euros (à ce jour), pour un chèque rejeté de 271.44 € !
 
Je souhaiterais simplement que ma voix puisse être entendue pour que ne se reproduise plus impunément ce que nous venons de vivre. Je veux seulement agir et oser espérer que ma petite voix, si faible soit elle, puisse contribuer au progrès de la société en humanisant les rapports de la banque avec ses clients qui ne doivent plus être réduits à de simples numéros de compte.
 
Il ressort de cette affaire, qu’une modification de fond des processus mis en œuvre dans le système bancaire actuel est nécessaire et urgente. De répressif le système devrait se transformer en système coopératif, l’argent déposé par les particuliers étant la matière d’œuvre de la banque et de son personnel.
 
Mon affaire personnelle démontre que, dans le système bancaire,  tout est tellement déshumanisé et uniquement axé sur la rentabilité à tous crins que les vérifications de prudence élémentaire (existence d’un chéquier, mouvement de compte…contact direct par téléphone avec le client) n’existent plus. Le bon sens tant sur le plan humain qu’informatique n’est plus de mise.
 
Césaire P.

 

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