Rolande Cazal : "Les femmes qui s'en sortent ont un potentiel immense"

La Légion d'honneur qu'elle a reçue à sa grande surprise le 14 juillet dernier n'est pas encore accrochée à son élégant blazer. Car Rolande Cazal, qui dirige depuis 12 ans l'association bénédictine AFECT qui lutte contre les violences intra familiales (VIF), est plus préoccupée par le sort des femmes victimes qui font appel à elles. Comme celle de ce mardi soir qui, à 23 heures, isolée dans un village des hauts, l'a appelée au secours.
En 2022, l'association féminine de l'Est contre tristesse, tyrannie, traumatisme (AFECT) a accompagné plus de 1500 femmes victimes de violences en 2022 et près de 950 hommes qui, eux aussi, ont besoin d'aide et d'accompagnement suite à leur passage à l'acte. Accompagnée de son équipe, Rolande Cazal, qui a commencé sa carrière comme membre fondateur de Chancegal, l'Agence pour l'intégration de l'égalité des chances, a multiplié les expériences, du local collectif résidentiel (LCR) à St-Benoit en passant par un point d'information situé au coeur de l'ancien hypermarché Jumbo.
"On y a reçu 2500 personnes en 2022, certains jours de permanence avec la collaboration très appréciée des gendarmes de la compagnie de Saint-Benoit. Puis, on a reçu l'annonce de notre départ du jour au lendemain comme une coup de massue. A notre place trône un Photomaton tout neuf", résume Rolande Cazal sans amertume. Car des difficultés, celle qui est à 100% investie dans la lutte en a vu d'autres qu'elle a surmontées. AFECT a connu ses débuts à son domicile avec les moyens du bord.
Aujourd'hui, dans des locaux flambants neufs, AFECT est un tiers-lieu ouvert au public et à l'ensemble des acteurs économiques. "Trouver un emploi à une victime qui veut s'en sortir est capital pour elle. L'idée de collaborer avec les entreprises, que ce soit pour faire de la sensibilisation ou pour qu'elles nous aident à trouver des emplois n'y est pas étrangère", détaille Samuel Ablancourt qui, au sein d'AFECT, réalise une thèse sur l'estime et la valorisation de soi et donne en même temps un sérieux coup de main pour mettre en valeur le travail de l'association et de Rolande Cazal.
"Notre ambition, c'est de faire de plus en plus de travail dans le domaine de la parentalité à destination des enfants, victimes collatérales des VIF. Nous sommes aidés par une psychologue et une sophrologue et utilisons aussi le théâtre forum dans la prévention du harcèlement scolaire, un autre de nos chevaux de bataille", commente Rolande Cazal qui insiste sur le déficit en hébergement d'urgence à La Réunion et l'importance de la réinsertion des femmes qu'elle accompagne. "Celles qui s'en sortent ont un immense potentiel".


